La parole aux banques

Crédit Agricole, challenger sur le terrain de la RSE

Créé le

05.03.2013

-

Mis à jour le

12.03.2013

Dans certains domaines du développement durable, Crédit Agricole s'est laissé distancer par d'autres établissements. La banque verte affirme qu'elle rattrape son retard.

En tant que directeur du développement durable, vous vous occupez notamment des problématiques sociales. Pouvez-vous donner un exemple d'initiative menée dans ce domaine par Crédit Agricole ?

Le dispositif des points passerelle constitue l'un des points forts du réseau des caisses régionales de Crédit Agricole. Il a pour vocation de lutter contre l'exclusion bancaire et d'aider les particuliers en difficulté (surendettés ou interdits bancaires, clients ou non du Groupe). Dans certains cas, la solution pour ces clients qui ont souvent subi un accident de la vie ne se résume  pas à l'octroi d'un nouveau prêt ou à une restructuration, mais implique également des conseils et un accompagnement pour mieux gérer leur budget et repartir sur des bases saines. Dans 70 % des cas, nous parvenons à les aider et leur permettons ainsi de faire face à leurs engagements.

Les banques ont un fort impact sur leur environnement au travers des projets et entreprises qu'elles financent. Que faites-vous pour réduire ces impacts indirects ?

Dans ce domaine, les banques sont très attendues, à la fois par les clients, la société civile, les analystes extrafinanciers [1] … Crédit Agricole SA a été la première banque française [2] à souscrire aux Principes Équateur en 2003. Elle est la seule banque française présente au Comité de pilotage international de ces principes et nous militons activement pour rendre ce texte plus contraignant et élargir son champ d'application [3] . En vertu de ces principes, nous évaluons l'impact des projets sur l'environnement et pouvons renoncer à les financer ou demander des mesures correctrices.

Au-delà des Principes Équateur, nous nous sommes lancés dans l'élaboration de politiques sectorielles qui encadrent ce que nous faisons ou ne faisons pas et précisent nos critères d'intervention sur les secteurs d'implication du groupe susceptibles d'avoir des impacts environnementaux ou sociaux importants. Nos politiques sectorielles vont plus loin que les Principes Équateur : elles concernent non seulement les financements de projets, mais également les financements corporate d'entreprises et même les activités de conseil. Pour les élaborer, nous nous inspirons des grands textes élaborés dans le cadre des Nations unies ou de l'OIT, mais aussi des pratiques de référence dans les secteurs concernés. Nous avions pris un peu de retard par rapport à d'autres banques, mais nous le rattrapons vite :

  • nous avons publié en décembre 2012 notre politique globale en matière d'énergie (nucléaire, hydraulique, charbon, pétrole, gaz et gaz de schiste) ;
  • nous sommes en train de finaliser un texte sur les mines et métaux ;
  • nous préparons dans le même temps notre politique sur les moyens de transport (air, mer et terre) qui ont un impact sur l'environnement.
Notre politique armement date quant à elle de 2010.

Pouvez-vous donner un exemple de financement que vous avez refusé ?

Une bonne politique sectorielle ne peut pas se mesurer au nombre de refus. En effet, dans le cadre de nos relations commerciales, nous alertons très en amont les clients sur les financements que nous ne pourrons pas leur octroyer si nos principes nous l'interdisent. Par conséquent, il y a peu de décisions négatives  formelles de notre part puisque les demandes ne nous sont pas adressées.

Que pensez-vous du classement du cabinet Utopies qui a calculé la quantité de CO2 générée par 1 000 euros épargnés dans différents établissements et a placé Crédit Agricole en tête des banques les plus polluantes ?

Mesurer l'impact carbone indirect des banques est très difficile. La méthodologie d'Utopies est contestable, car elle comptabilise plusieurs fois les mêmes éléments. Nous avons demandé à la chaire Finance quantitative et Développement durable de l'université de Paris-Dauphine de travailler sur une méthode d'évaluation plus robuste, en fournissant aux chercheurs notre portefeuille de financement comme base de travail. Le calcul a abouti à la somme de 160 millions de tonnes de CO2 pour le Groupe Crédit Agricole, et non pas 1 050 comme le prétendait Utopies. Nous partageons actuellement cette méthode avec d'autres banques et institutions financières françaises et étrangères. Toutefois, il n'est pas forcément pertinent de comparer les établissements entre eux. Par exemple, une banque qui finance surtout les particuliers et peu d'entreprises sera inéluctablement moins polluante.

Comment expliquez-vous que la société civile ou les médias grand public renvoient parfois une image peu flatteuse pour Crédit Agricole en matière de développement durable ?

Concernant la perception par la société civile, nous avons traditionnellement été plutôt discrets : l'essentiel de notre communication donne des éléments économiques et financiers, même si une part croissante concerne la RSE. Nous nous attachons d'ailleurs aujourd'hui à toujours donner, en parallèle à nos résultats financiers, des éléments d'information sur nos résultats en matière extrafinancière.

N'avez-vous pas réalisé une publicité avec Sean Connery disant « It's Time for Green Banking » ?

Cette publicité date de 3 ans, elle n'a été diffusée que pendant 1 an et n'était qu'un élément de communication parmi d'autres. Notre objectif principal est de communiquer par la preuve, en disant ce que nous faisons concrètement. Nos actions en matière de RSE intéressent le grand public, mais aussi nos salariés – la génération dite « Y » y est particulièrement attentive –, les analystes extrafinanciers – nous souhaitons que Crédit Agricole SA soit éligible aux fonds ISR et figure dans les grands indices de référence en matière extrafinancière – et les investisseurs de long terme – qui accorde une importance croissante aux critères ESG.

Notre dernière campagne publicitaire illustre la façon dont nous investissons l'épargne que nous confient nos clients. Nous finançons des projets locaux, il s'agit donc d'investissements de proximité, au service des territoires, notamment sur des thématiques environnementales ou sociales.

Pourquoi ne figurez-vous pas dans le classement de Vigeo ?

Crédit Agricole ne figure pas dans le classement des meilleures performances 2012 car nous avons progressé moins vite que les meilleures références mondiales en matière de RSE. Il faut aussi tenir compte d'un effet rétroviseur : Vigeo note les secteurs économiques tous les 18 mois. Lorsque Crédit Agricole est sorti de l'indice Vigeo, cela s'est fait sur la base d'une notation vieille de 18 mois. Vigeo est justement en train de nous renoter et nous aurons les résultats cette année.

De plus, il faut relativiser l'importance de ces classements. Certes, ils donnent une indication sur les performances RSE des entreprises concernées et leur permettent de communiquer facilement, mais les investisseurs ISR ont aussi leurs propres critères et équipes internes pour évaluer les différents émetteurs. Nous avons des rapports directs avec les investisseurs plus importants et échangeons très régulièrement avec eux.

En octobre 2012, Crédit Agricole CIB a accompagné Air Liquide dans l'émission d'une obligation ISR. Cette opération fait-elle partie de vos actions en matière de RSE ?

Crédit Agricole CIB se positionne comme le leader mondial des obligations responsables – vertes ou ISR. Par exemple, nous avons accompagné la région Île-de-France dans l'émission d'une obligation responsable destinée à financer des transports collectifs, des logements sociaux ainsi que l'amélioration de l'efficacité énergétique de bâtiments de la collectivité. L'émission faite au profit d'Air Liquide était une première, s'agissant d'une entreprise privée, et a été un grand succès, notamment auprès des investisseurs ISR. CA CIB a arrangé cette opération. Les sommes levées vont permettre de maintenir des malades à domicile [4] .

Comment faites-vous pour diffuser la culture RSE dans les équipes ?

Nous avons mis en place le dispositif FReD, dont l'objectif est de mesurer les progrès en matière de RSE. Cet acronyme signifie Fides (pour la qualité de la relation avec les clients), Respect (pour la gestion des ressources humaines et les engagements sociétaux) et Demeter (pour l'environnement). Dans chacun de ces domaines, nous demandons aux différentes entités [5] du groupe (LCL, CA CIB, Amundi…) d'identifier 5 actions de progrès. Au niveau de la holding, nous  avons aussi imposé deux priorités aux entités : la progression de la mixité homme-femme et l'intégration des handicapés.  Chaque année, l'état d'avancement des actions est mesuré, ce qui permet de calculer un indice pour chaque entité. Ces chiffres permettent ensuite de déterminer un indice groupe qui impacte notamment la rémunération des cadres dirigeants. La part variable de leur rémunération est calculée :

  • pour un tiers sur la performance financière du groupe ;
  • pour un autre tiers sur la performance boursière ;
  • pour le dernier tiers sur l'indice FReD, audité par Price WaterHouseCoopers.

Les principes de Bâle III auront-ils un effet sur le financement des énergies renouvelables ?

Bâle III pénalise le financement des énergies nouvelles, car il s'agit souvent de projets risqués et donc très consommateurs en fonds propres sous la nouvelle réglementation. Or les besoins sont très importants. Par exemple, pour les parcs éoliens offshore planifiés en Bretagne et en Normandie, le besoin de financement bancaire est d'environ 6 milliards d'euros. Nous sommes déjà très engagés dans l'énergie éolienne, mais également solaire. Nous avons ainsi financé un quart du parc photovoltaïque français et un quart du parc éolien. Nous sommes également l'une des rares banques à soutenir la biomasse et notamment la méthanisation.

1 Les analystes extrafinanciers notent les entreprises sur les critères ESG (Environnement, Social, Gouvernance). A partir de leurs évaluations, les gérants d’actifs et les investisseurs en ISR (Investissement socialement responsable) décident d’écarter ou de retenir tel ou tel émetteur. 2 En 2003, le Crédit Lyonnais était la seule banque française parmi les premiers signataires des Principes de l’Equateur. Cette année-là, Crédit Agricole SA prend le contrôle du Crédit Lyonnais, ce qui permet à la banque verte de dire qu’elle a été la première banque française à souscrire aux Principes de l’Equateur. 3 Le champ d’application des Principes de l’Equateur se limite au financement de projets et n’intègre donc pas le financement « corporate » des entreprises. 4 Air Liquide est en train de renforcer son activité de soins à domicile tels que l’assistance respiratoire (oxygénothérapie, ventilation, etc.). 5 Il y avait 10 entités participantes en 2012 et il y en aura 13 en 2013, regroupant la quasi-totalité du Groupe Crédit Agricole SA.

À retrouver dans la revue
Banque et Stratégie Nº312
Notes :
1 Les analystes extrafinanciers notent les entreprises sur les critères ESG (Environnement, Social, Gouvernance). A partir de leurs évaluations, les gérants d’actifs et les investisseurs en ISR (Investissement socialement responsable) décident d’écarter ou de retenir tel ou tel émetteur.
2 En 2003, le Crédit Lyonnais était la seule banque française parmi les premiers signataires des Principes de l’Equateur. Cette année-là, Crédit Agricole SA prend le contrôle du Crédit Lyonnais, ce qui permet à la banque verte de dire qu’elle a été la première banque française à souscrire aux Principes de l’Equateur.
3 Le champ d’application des Principes de l’Equateur se limite au financement de projets et n’intègre donc pas le financement « corporate » des entreprises.
4 Air Liquide est en train de renforcer son activité de soins à domicile tels que l’assistance respiratoire (oxygénothérapie, ventilation, etc.).
5 Il y avait 10 entités participantes en 2012 et il y en aura 13 en 2013, regroupant la quasi-totalité du Groupe Crédit Agricole SA.