Services financiers

Covid-19 : un accélérateur de la digitalisation des paiements ?

Créé le

05.06.2020

La crise sanitaire a favorisé l'accélération de la digitalisation des paiements, à court terme pour répondre au respect des gestes barrières et à la maîtrise de la contamination ; mais ces transformations dans les parcours clients vont probablement s’installer dans la durée. 

La pandémie du Covid-19 a changé la face du monde : ses conséquences ont été considérables sur le plan économique et social. Ainsi, de nombreux secteurs ont été transformés, en particulier celui du paiement : chamboulement des habitudes des Français dans ce domaine, report de projets, nouvelles initiatives en faveur des professionnels et des entreprises… Tour d’horizon du monde des paiements à l’aune de la crise.

Une prise en compte importante des gestes barrière

La mise en place de gestes barrière, afin de se protéger du Covid-19, a eu des répercussions sur les habitudes de paiement des Français. Face à ce contexte, les moyens de paiement compatibles avec le respect des mesures d’hygiène ont pris de l’ampleur.

Le paiement sans contact est devenu un véritable moyen de prévention des sources de contamination. Il permet aux consommateurs d’éviter de saisir leur code sur un terminal de paiement, vecteur de propagation du virus. Pendant la période de confinement, son utilisation a progressé de 4 % en moyenne en France [1] , plus particulièrement dans les boulangeries (+6 %) et les pharmacies (+10 %).

Cette massification des paiements sans contact a poussé le Groupement des cartes bancaires CB à augmenter le plafond des paiements sans contact de 30 € à 50 € en France. Ainsi, à partir du 11 mai, jusqu’à 70 % des paiements [2] par carte en magasin sont éligibles au paiement sans contact. Pour sécuriser au maximum ses clients, Carrefour Banque a d’ailleurs décidé d’augmenter le plafond sans contact de sa carte Pass à 100 € pour les achats dans ses magasins.

À l’échelle européenne, le relèvement du plafond des paiements sans contact a été recommandé par l‘Autorité Bancaire Européenne et a été adopté par de nombreux pays européens, à l’instar des Pays-Bas ou de l‘Angleterre dès la fin du mois de mars. À terme, le plafond à 50 € deviendra la norme en Europe.

Autre moyen de paiement qui connaît une forte progression : le paiement mobile. Il combine la sécurité d’un paiement sans contact au plafond d’un paiement par carte bancaire. Encore très peu utilisé en France, il a été pourtant plébiscité ces derniers mois. Paylib, application de paiement mobile conçue par les banques françaises, a été très utilisée en magasins, alors que, de manière concomitante, la consommation des Français avait baissé.

Un recul des paiements à risque

En revanche, les paiements par carte bancaire et par espèces ont été largement délaissés par les Français, pour éviter tout risque de contamination. Ainsi, une chute [3] de 50 % des collectes d’espèces auprès des commerçants a été constatée par Brink’s, ainsi qu’un recul de près de 60 % des retraits d'espèces [4] .

Ces changements d’habitudes sont directement liés à la situation actuelle. Néanmoins, à plus long terme, se profile une diminution du paiement liquide en France au profit du paiement sans contact et du paiement mobile, sans plafond de paiement.

Des initiatives reportées, d’autres mises en avant

Au-delà de son impact sur les habitudes de paiement des Français, la crise sanitaire actuelle a également ralenti l’activité économique. À l’instar de nombreuses entreprises, les acteurs du paiement n’ont pas été épargnés. Ainsi, plusieurs reports de projets ont été annoncés : le plan de migration pour se conformer aux exigences de la DSP2 (deuxième directive sur les services de paiement) défini par l’observatoire de la Banque de France, le lancement de l'offre « Cashback » de la néobanque du Crédit Mutuel Arkéa, Max, ainsi que le déploiement de la solution de LyfPay chez Monoprix.

En parallèle, de nombreuses initiatives solidaires émanant d’acteurs du paiement ont vu le jour afin d’accompagner au mieux leurs clients à traverser cette crise. Par exemple, Lydia et Lyfpay proposent gratuitement leurs solutions d’encaissement aux professions médicales, artisans et petits commerçants ; Qonto offre l’ensemble de ses cartes virtuelles à ses clients professionnels ; la fintech française Cashlab met, quant à elle, à disposition gratuitement sa plateforme de gestion de trésorerie en ligne, et Boursorama lance une offre de carte bancaire virtuelle afin de contourner le rallongement des délais d’expédition.

Covid-19 : une crise et des opportunités

Certes, la crise a frappé de plein fouet les entreprises, et en particulier les acteurs du paiement. Néanmoins, elle représente également une opportunité intéressante de fidéliser les clients existants, ainsi que d'aller vers ceux qui sont en recherche d’accompagnement pendant cette crise.

Par ailleurs, il s’agit aussi de répondre aux nouveaux défis du monde digital engendrés par le confinement et les gestes barrière. D'une part, les acteurs du paiement pourront accompagner davantage les médecins et commerçants de proximité dans l'optimisation du parcours client, notamment à travers la mise en place de solutions de paiement sans contact en magasin et d'encaissement pour les achats en ligne et les téléconsultations. D'autre part, ils pourront proposer aux 5 % de Français non-détenteurs de cartes bancaires des solutions de paiement en ligne, notamment à travers les virements instantanés.

La crise du Covid-19 a favorisé l'accélération de la digitalisation de la société. Cette transformation s'accompagne de nouveaux enjeux, liés à la redéfinition des parcours client et à la dématérialisation des échanges (lire aussi l’encadré sur les nouveaux usages et perspectives dans les services de paiement ainsi que l’étude de Talan Consulting L’observatoire de paiements 2020). Avec leurs différentes initiatives, les acteurs du paiement devront relever les défis de ce nouveau monde.

 

1 Boursorama, 3 avril 2020, https://bit.ly/2Wf6vDE.
2 Groupement Carte Bancaires, 17/04/2020, https://bit.ly/2T0OuXJ.
3 Brink’s France.
4 Boursorama, 3 avril 2020, https://bit.ly/2Wf6vDE.

À retrouver dans la revue
Revue Banque Nº846
Notes :
1 Boursorama, 3 avril 2020, https://bit.ly/2Wf6vDE.
2 Groupement Carte Bancaires, 17/04/2020, https://bit.ly/2T0OuXJ.
3 Brink’s France.
4 Boursorama, 3 avril 2020, https://bit.ly/2Wf6vDE.