Le financement du commerce international (Trade Finance) reste une priorité majeure pour l’ensemble des acteurs concernés : États et agences de crédit export, agents publics ou privés, établissements financiers. Le FMI, la Banque Mondiale et l’OMC concourent à sa préservation en s’appuyant sur les banques de développement régionales.
Le marché du Trade Finance
Le commerce international import/export court terme (matières premières, produits manufacturés et biens d’équipement légers) représente environ 15 000 milliards de dollars par an. 80 % du financement du Trade Finance sont intermédiés. Le Trade Finance bénéficie d’un corps de règles héritées du droit cambiaire, sous l’égide de la Chambre de commerce internationale (CCI) et de la Commission des Nations unies pour le droit commercial international (CNUDCI).
Les établissements financiers proposent plusieurs familles d’instruments, en particulier les crédits documentaires, les remises documentaires et les garanties, afin d’offrir trois types de services commerce sécuriser les règlements, proposer un financement ou assurer la bonne fin d’une opération.
En outre, ces opérations présentent deux spécificités commerce au contraire de l’orthodoxie bancaire, les sûretés font les financements et elles sont autoliquidatives, c'est-à-dire que le règlement de la revente du bien financé vient éteindre l’opération entre le négociant et sa banque. Enfin, le Trade Finance comprend aussi les offres d’affacturage international (« factoring ») et de financement sans recours (« forfaiting »).
Comment la crise s’est-elle traduite ?
Bien que le Trade Finance soit faiblement risqué, il n’a pas échappé à la contraction de la liquidité inhérente à la crise de 2008. La baisse annuelle du volume, estimée à 19 % en 2009 puis à 4 % en 2010, est due à 80 % à une baisse de la demande finale et à 15 % à un renchérissement de l’offre (marges de l’ordre de 300 à 400 points de base, soit trois fois plus qu’avant la crise). Les situations régionales sont contrastées : l’Asie montre un accroissement annuel des volumes de 25 % en 2010 et l’Europe hors Euro une baisse de 31 %.
Par ailleurs, les délais de règlements augmentent ainsi que le nombre d’actions en justice destinées à bloquer les paiements liés aux crédits documentaires.
Il existe un premier consensus pour évaluer le manque de liquidités à 25 milliards de dollars. La contraction de liquidité s’étendant aussi aux pays émergents, qui représentent un tiers du commerce international, ce montant pourrait s’avérer bien supérieur.
Dans l’autre sens, les conséquences sur l’économie réelle d’un assèchement du Trade Finance sont majeures :
- en termes de croissance de PIB, de marché de l’emploi ;
- eu égard à l’intégration entre le financement et la chaîne logistique (trade & supply chain) ;¶
- avec une acuité accrue pour les pays émergents.¶
Les évolutions réglementaires récentes
Les dernières évolutions réglementaires peuvent être regroupées en trois domaines qui englobent respectivement les règles et pratiques, les processus et les risques. Les éléments relatifs aux règles et pratiques concernent principalement :
- l’amélioration permanente des Règles et usances uniformes (RUU 600) qui constituent le cadre réglementaire s’appliquant aux lettres de crédit ;
- la nouvelle révision sous deux ans des Pratiques bancaires internationales standard (PBIS 681), avec comme gain de réduire le taux de rejet des opérations pour irrégularités qui dépasse encore 50 % ;
- la mise en œuvre des Incoterms 2010 ;
- la formalisation du premier jet des règles applicables aux opérations de financement sans recours ;
- les Règles uniformes relatives aux garanties sur demande (RUGD 758).
Enfin, pour ce qui est des risques, la dotation prudentielle en fonds propres pourrait passer de 20 % sous Bâle II à 100 % sous Bâle III, sauf à convaincre les régulateurs que les transactions sont parfaitement sécurisées. Son impact est évalué à une contraction de 2 % du commerce international.
L’évolution du panorama suite à la crise
Dans un premier temps, les banques internationales ont réduit les lignes de crédit destinées à financer des actifs circulants. Ces crédits commerciaux sont en effet les premiers à être touchés, puis à redémarrer. La CCI a lancé la constitution d’un registre de défauts Trade Finance, afin de mieux maîtriser les coûts prudentiels inhérents à ces opérations autoliquidatives. Il s’agit de mesurer le pourcentage moyen de défaut pour les transactions Trade Finance pour un pays déterminé.
Lors du sommet du 2 avril 2009, le G20 a annoncé le déblocage en deux ans de 250 milliards de dollars pour soutenir le financement du commerce international. En mai 2009, la Banque Mondiale, le FMI et l’OMC lancent pour trois ans le Programme de liquidité pour le commerce international (GTLP), doté de 50 milliards de dollars, en association avec les banques de développement régionales et les principales banques internationales. En janvier 2011, la phase 2 du GTLP est lancée avec de nouveaux concours sous forme de garanties. Elle s’appuie sur la plate-forme existante, fondée sur des ressources standardisées partagées (processus, documentation, rôle d’agent).
Enfin, la Chine a transformé le « programme pilote de paiements monnaie du peuple » en promouvant l’usage du Renminbi Trade Settlement (RTS) comme monnaie concurrente du dollar (USD) pour libeller les paiements internationaux, tant dans les échanges Sud-Sud que dans les échanges Sud-Nord.
Une industrialisation accrue des processus
Dans le champ concurrentiel ainsi recomposé, deux pratiques tendent à se dégager en termes de financement du commerce international :
- le recours accru au crédit fournisseur tout au long de la chaîne logistique avec des acteurs industriels de plus en plus intégrés et en dépendance les uns des autres ;
- l’usage d’instruments financiers de plus en plus sécurisés quand la confiance n’est pas totale entre les différents acteurs commerciaux.
Il en est résulté la constitution de centres opérationnels localisés dans des pays dotés de fortes capacités universitaires et disposant d’une main-d’œuvre compétente avec des coûts salariaux réduits. Les organisations retenues permettent ainsi de proposer un service qui « suit le soleil », ou de réduire les délais de traitement d’une journée.
De tels établissements peuvent donc proposer un service satisfaisant, avec les standards de qualité les plus élevés pour des coûts extrêmement réduits. Dans un contexte concurrentiel où la sécurisation des opérations et la réduction des coûts sont des critères essentiels, cette orientation constitue une pression majeure sur les banques internationales qui sont moins avancées dans une telle démarche.