PME

Comment réformer l'épargne financière ?

Créé le

12.11.2012

-

Mis à jour le

29.11.2012

Dans un contexte de raréfaction de la liquidité bancaire et de nécessité de préserver le financement de l’économie, le rapport confié aux députés Karine Berger et Dominique Lefèvre vise à réformer l’épargne financière. Attendu pour la fin de l’année, il sera sans nul doute très commenté.

Vous avez été chargés, avec Dominique Lefebvre, d’un rapport sur l’épargne longue. Quels vont être les axes de votre réflexion ?

Cette mission aura un spectre d’étude très large. Entre autres problématiques, nous allons réfléchir aux différents mécanismes permettant le financement de long terme des PME, l’allocation de l’épargne dans l’économie, la problématique du partage entre la liquidité et l’épargne longue.

Quels sont les leviers, notamment fiscaux, qui peuvent être actionnés pour « flécher » l’épargne ?

La réalité de l’épargne de long terme, c’est qu’elle n’est pas rentable au regard des taux actuels de long terme. Or je ne suis pas certaine que la fiscalité puisse modifier l’impact d’une politique monétaire, dès lors que les taux longs – et donc ceux de l’épargne longue – ont chuté de 230 points de base au cours des quatre dernières années (voir Graphe ​1).

Faire aux détenteurs d’épargne longue, l’obligation d’allouer davantage de fonds aux PME peut-elle être une autre option ?

Tout à fait. J’espère que dans le cadre de cette mission, nous aurons la possibilité de nous exprimer  non pas sur la durée de détention, mais bien sur l’allocation de l’épargne. C’est d’ailleurs l’arbitrage permanent auquel se livrent les établissements financiers.

Cette problématique prend toute son ampleur avec la crise financière, qui a fait naître une préférence absolue pour la préservation du capital.

En particulier, le rôle insuffisant des assureurs est souvent dénoncé, partagez-vous ces critiques ?

Ils ne sont en effet pas exempts de toute critique [1] . La future réglementation Solvabilité 2, si elle est appliquée en l’état, ne contribuera pas à améliorer cet état de fait. Il sera impossible aux compagnies d’assurance de détenir plus de 5 % en actions.

Allez-vous également vous pencher sur les FCPI ?

Oui, dans le cadre de réflexions qui porteront sur le croisement matriciel entre préservation du capital et prise de risque. Il apparaît que les fonds ciblant les PME sont peu nombreux. Quant aux banques, elles sont absentes de ce secteur de l’investissement.

Ce qui me frappe beaucoup, à la lumière des premiers entretiens, c’est la rareté des idées, aussi bien à la direction du Trésor que de la part des fonds d’investissement. Ces derniers nous demandent simplement de ne pas appliquer Solvabilité 2 ou Bâle III, décision qui ne nous appartient pas, bien évidemment.

Les banques ne savent pas intégrer les structures innovantes dans des modèles de risque…

Cela devrait être leur métier ! Une banque est censée financer une entreprise qui se crée. Il est vrai néanmoins que le cœur du problème des PME innovantes, ou des PME tout court, réside dans l’information.

Pour les banques, il ne serait pas rentable au regard des exigences de return on equity (ROE) qui ont cours – même si elles ont baissé –, d’investir dans des systèmes d’information adaptés, qui permettraient de mesurer la prise de risque sur un investissement. À ces arguments, j’oppose la proposition suivante, à savoir la baisse des exigences de ROE sur la population des PME.

Il est également question de créer un PEA-PME. Quelle forme pourrait prendre ce produit ?

François Hollande l’a effectivement annoncé. En outre, il est important, dès lors que l’on vise la cible des particuliers, de proposer des produits simples : le livret A, l’assurance vie, et d’une certaine manière, le PEL. Historiquement, le PEA l’était également. L’instrument d’épargne, simple, visible et destiné aux Français qui voudraient prendre plus de risques – s’il s’en trouve – n’existe pas aujourd’hui.

La question est de savoir s’il est possible de créer un « vrai » PEA pour les PME, c’est-à-dire un instrument non dénué de prise de risque, mais suffisamment incité, encadré, aidé, pour qu’il y ait un effet d’allocation de l’épargne sur les petites entreprises.

Les chiffres du crédit sont très commentés. Mais le vrai problème pour les PME n’est-il pas l’accès aux fonds propres ?

C’est le cœur de la réflexion. Cependant, pour les PME et les ETI existantes, les fonds propres ne sont pas un problème. En effet, les ETI françaises ont des ratios de fonds propres supérieurs à ceux des entreprises allemandes. Elles ont su rattraper un retard qui était une réalité dans les années 1990 [2] .

Pour ces entreprises donc, le cœur du sujet n’est ni le niveau des fonds propres, ni même le crédit, mais bien la trésorerie, qui représente la moitié des bilans des PME en France. Cela relève d’un dialogue entre les banques, les entreprises et l’État.

Dans ce paysage, les PME en croissance, confrontées à des passages de seuil, représentent un cas particulier. En France, il n’existe aucun investisseur capable de lever des « tickets » de 20 à 100 millions d’euros de capitaux, mis à part quelques rares fonds d’investissement. En dessous de 20 millions, la banque commerciale est chargée des dossiers. Au-dessus de 100 millions intervient la banque d’investissement.

Qu’est-ce qui explique cet état de fait ?

La raison principale réside dans le coût de l’expertise, qui fait baisser la rentabilité. C’est là où la comparaison avec l’Allemagne devient intéressante : en effet le réseau des Sparkassen, qui sont des banques commerciales, se positionnent sur des levées de fonds plus importantes, 30 ou 40 millions d’euros. A-t-on les moyens de créer cet échelon manquant ? Je ne vois pas d’autre solution que l’épargne, sur du fléchage de capitaux.

Quel rôle peut jouer la BPI dans cet ensemble ?

J’ai une double théorie sur la BPI. Tout d’abord, elle arrive à point nommé, parce que nous sommes confrontés à un phénomène de trappe à liquidité : la politique monétaire est à taux zéro, le crédit est en situation de stagnation, voire de rétractation sur certains segments, sans aller jusqu’à parler de credit crunch.

L’économiste qui vous parle considère que dans une telle situation, il n’y a pas d’autre option que l’action publique. Quelles que soient les liquidités mises à disposition par la Banque centrale, les banques, pour des raisons liées, par exemple, à une anticipation de baisse de nominal, ne peuvent pas créer autant de crédit que possible en temps normal. C’est donc à l’État de prendre le relais. La BPI est la solution d’intervention sur les marchés dont tous les articles de recherche parlent, dans le cas d’une trappe à liquidité.

Pour autant, il ne faudrait pas croire que cette BPI servira de rustine là où les banques commerciales ne veulent pas aller. C’est la tentation qui se fait jour dans les discussions qui se tiennent au niveau européen, parmi les plus libéraux des représentants de la droite européenne. Ce n’est pas possible, on ne peut pas continuer à mutualiser les dettes et privatiser les profits. Elle ne permettra pas davantage de résoudre tous les problèmes de financement de ce type de PME.

1 L’engagement des assureurs, à investir 2% de leurs actifs dans le non-coté, n'a été tenu qu'en 2008 seulement, pour des raisons de non-rentabilité, NDLR. 2 C’est l’une des conclusions du rapport de l’Observatoire du financement des PME paru en avril 2011, NDLR .

À retrouver dans la revue
Revue Banque Nº754bis
Notes :
1 L’engagement des assureurs, à investir 2% de leurs actifs dans le non-coté, n'a été tenu qu'en 2008 seulement, pour des raisons de non-rentabilité,
2 C’est l’une des conclusions du rapport de l’Observatoire du financement des PME paru en avril 2011,