Epargne

Comment les dépôts bancaires européens profitent de l’open banking

Créé le

05.06.2018

-

Mis à jour le

14.06.2018

Renforcement des exigences prudentielles sur la liquidité, évolution de la gestion actif-passif depuis la crise, attentes plus fortes des épargnants… les dépôts bancaires sont au cœur de plusieurs mutations. Des FinTechs de type plates-formes se sont saisies du sujet pour proposer des offres aux banques, en BtoB. L’allemand Deposit Solutions est l’une d’elles. Depuis 2017, elle permet par exemple à Deutsche Bank de proposer à ses clients retail des offres de dépôts de banques tierces comme HSH Nordbank, Pbbdirekt ou Mymoneybank.

La portabilité des numéros mobiles vient de fêter ses 11 ans en France. C’est aussi en 2007 qu’a été adoptée la directive sur les services de paiement (DSP 1), qui vient d’être remplacée par la DSP 2 en janvier 2018. La portabilité des comptes bancaires se rapproche donc. Un des buts de cette directive est de baisser les barrières à l’entrée afin de favoriser, par l’émergence de nouveaux acteurs, une plus grande concurrence et un meilleur service aux consommateurs. Face à cette menace, les banques traditionnelles ont l’opportunité, comme leurs challengers, de miser sur les innovations permises par l’open banking, en particulier grâce à l’utilisation d’API (application programming interfaces) développées par des FinTechs.

Au-delà d’un environnement réglementaire nouveau, les attentes des clients ont changé. Mieux informés et devenus plus exigeants, ils accordent beaucoup d’importance à la transparence des prix et à la variété de l’offre qui leur est proposée. Ils attendent cela aussi des services financiers et il s’ensuit que la fidélisation des clients devient un enjeu clé, au risque pour les banques de devenir victimes de cette mobilité bancaire. Il devient donc nécessaire de proposer aux clients de nouveaux services pour les conserver, voire les attirer.

Un refinancement bancaire en mutation

C’est également en 2007 que s’est produit un autre événement, la crise des subprime, qui a engendré une raréfaction sans précédent des liquidités et dont les effets se font encore sentir aujourd’hui. Cette crise ayant provoqué la défiance des établissements de crédit entre eux, elle a conduit les régulateurs à exiger des sources de financement stable et quantifier la qualité de ce financement par des ratios, les Liquidity Coverage Ratio [1] et Net Stable Funding Ratio [2] . Cette nouvelle réglementation a contraint les établissements spécialisés dans le crédit à la consommation à revoir leur stratégie de financement, historiquement axée sur les marchés, et à s’intéresser aux dépôts de la clientèle des particuliers, ressource de financement privilégiée par sa stabilité.

Les dépôts bancaires retail croissent à un rythme de 1,7 % depuis 2006 [3] et atteignent en Europe près de 10 000 milliards en 2018. Surabondants dans les banques de détail, ces dépôts sont convoités par les établissements spécialisés dans le crédit. Pourquoi surabondants ? L’épargne augmente en période de crise, tandis que les banques diminuent la taille de leur bilan. Plus d’offre, moins de demande : mécaniquement, les taux de rendement sur les dépôts baissent. L’Allemagne est particulièrement touchée par ce phénomène, en raison d’une aversion particulière des consommateurs au risque, qui leur fait privilégier les dépôts bénéficiant d’une garantie jusqu’à 100 000 euros par banque et par épargnant, d’où un montant cumulé d’épargne retail de 2 200 milliards [4] .

En ce qui concerne le marché français, les banques de détail sont partiellement protégées de cette surabondance par la centralisation de l’épargne réglementée à la CDC ; les Livrets A et LDD attirent près de la moitié des 1 400 milliards de dépôts des ménages [5] . L’alignement progressif de la fiscalité de l’épargne bancaire (PEL, CEL, livrets non réglementés) avec le régime général et la décorrélation entre le taux du Livret A et l’inflation rabotent doucement cette exception française, mais leur permettront d’abaisser le coût de la collecte retail.

Des plates-formes de transmission des dépôts

L’open banking permet de répondre à ces préoccupations des épargnants retail. Une plate-forme propose un mécanisme de transmission qui permet de faire coïncider l’offre et la demande de dépôts : d’un côté les banques voulant augmenter leur collecte retail (par souci de diversification des ressources ou des canaux, ou pour améliorer la qualité de leur funding), et de l’autre celles qui bénéficient déjà d’une large base de dépôts et peuvent être intéressées à offrir à leurs clients un choix de dépôts attractifs en faveur de banques tierces. Cette offre BtoB permet aux clients d’une grande banque de détail allemande de placer des dépôts dans d’autres établissements de crédit, aussi facilement que d’acheter des actions et gérer son portefeuille. Par ailleurs, des plates-formes BtoC proposent aujourd’hui des dépôts de banques partout en Europe et facilitent l’ouverture de comptes de dépôt chez ces banques, sur le sol national comme à l’étranger. Rassurés par les fonds nationaux de garantie des dépôts (100 000 euros ou équivalent pour les pays de l’UE hors zone euro), les épargnants européens s’intéressent de plus en plus à ces nouvelles offres.

Avant de parler d’open banking, le terme en vigueur était l’architecture ouverte. Jusqu’à la fin des années 1990, lorsqu’on était séduit par les performances ou l’innovation d’un fonds, on devait ouvrir un compte dans la banque dépositaire. En constatant les effets négatifs sur la fidélité de leurs clients, les banques se sont mises à proposer à leurs clients les fonds d’asset managers hors réseau. Ce fut ensuite au tour des prêts hypothécaires d’être décorrélés des banques de référence dans certains pays, puis celui des produits structurés. Aujourd’hui en facilitant la réallocation des dépôts retail, l’open banking permet :

  • aux épargnants d’accéder à des offres de dépôts intéressantes sans devoir ouvrir de nouveaux comptes ;
  • aux banques qui n’ont pas d’infrastructure retail d’accéder à cette épargne stable convoitée sans avoir à mettre en place cette infrastructure (réseau, IT, back-office) ;
  • aux banques challenger et digitales de lever du financement sur de nouveaux marchés ;
  • aux banques de détail de fidéliser leurs clients en leur proposant des solutions externalisées sur des produits qu’elles ne souhaitent pas développer, d’utiliser cette plate-forme pour optimiser l’expérience client, voire comme outil d’acquisition de nouveaux clients.

Les API des FinTechs, briques de la transformation digitale bancaire

Qui aurait parié qu’il y a 2 ans, le produit le plus ringard au passif des banques, le dépôt, ferait l’objet d’une innovation le décorrélant du compte bancaire. Il n’y a pas de concurrence avec les banques retail, car la ressource stable (le dépôt) est le véritable but de la démarche, et pas un moyen d’attirer le client pour lui proposer d’autres produits. C’est pour cela que les banques généralistes sont prêtes à coopérer avec les FinTechs et proposer leurs ressources, sur ces plates-formes, à des banques en Europe et potentiellement au-delà, qui, une fois munies d’un passeport européen, trouveront abondance et stabilité pour leur financement.

Devant la multiplication des applications proposées par les FinTechs, les banques traditionnelles, bridées par des systèmes manquant d’agilité, sont souvent dans l’incapacité de renchérir sur le plan technologique. Mais leur avantage est celui de « posséder » la relation avec le client et les données qui vont avec. Les API proposées par les FinTechs ont l’avantage d’améliorer l’« expérience client » et deviennent un enjeu majeur de la relation bancaire. Les banques se trouvent donc devant une multiplication d’offres développées par des FinTechs et destinées à fidéliser les clients. Elles vont piocher parmi l’ensemble des applications proposées celles qui leur permettront de mettre en place une offre cohérente.

Les partenariats avec des FinTechs configurent la banque de demain, avec autour de la relation client personnifiée par la banque, toute une série d’API qui intégreront dans l’offre bancaire des market-places, comme c’est déjà le cas le cas sur le marché des dépôts retail.

 

1 LCR progressivement contraignant, à 100 % depuis janvier 2018 : http://europa.eu/rapid/press-release_MEMO-14-579_en.htm, question 10.
2 NSFR contraignant depuis janvier 2018 : https://www.bis.org/bcbs/publ/d302.pdf, p. 2
3 https://www.ebf.eu/facts-and-figures/lending-and-deposits/
4 https://sdw.ecb.europa.eu/quickview.do?SERIES_KEY=117.BSI.Q.U2.N.A.L20.A.1.DE.2250.Z01.E.
5 https://publications.banque-france.fr/sites/default/files/medias/documents/rapport-observatoire-epargne-reglementee-2016-20170726.pdf, p. 10.

À retrouver dans la revue
Banque et Stratégie Nº370
Notes :
1 LCR progressivement contraignant, à 100 % depuis janvier 2018 : http://europa.eu/rapid/press-release_MEMO-14-579_en.htm, question 10.
2 NSFR contraignant depuis janvier 2018 : https://www.bis.org/bcbs/publ/d302.pdf, p. 2
3 https://www.ebf.eu/facts-and-figures/lending-and-deposits/
4 https://sdw.ecb.europa.eu/quickview.do?SERIES_KEY=117.BSI.Q.U2.N.A.L20.A.1.DE.2250.Z01.E.
5 https://publications.banque-france.fr/sites/default/files/medias/documents/rapport-observatoire-epargne-reglementee-2016-20170726.pdf, p. 10.