Le secteur des FinTech connaît un essor important depuis quelques années, confirmé par la création, en juin 2015, de l’association professionnelle France FinTech. Ces entreprises, souvent des start-up innovantes, combinent finance et technologie pour offrir des services financiers et bancaires originaux. Si la France dispose de nombreux atouts dans ce domaine, elle rencontre aussi une concurrence croissante d’opérateurs étrangers, la plupart originaires des États-Unis ou du Royaume-Uni, très actifs en la matière.
Dans ce contexte, Bpifrance agit pour que les FinTech françaises puissent saisir les opportunités de croissance en favorisant, d’une part, l’émergence d’entreprises innovantes susceptibles de devenir des leaders, tout en confortant, d’autre part, les PME et ETI du secteur implantées en France.
Une prise de conscience tardive, mais réelle
Selon une étude récente d’Accenture, 12 milliards de dollars ont été investis dans le secteur des FinTech dans le monde en 2014, dont 21 millions en France. Les succès français dans le secteur du numérique hors services financiers existent, tels Blablacar dans le covoiturage ou Criteo dans la publicité en ligne ; l’émergence d’un secteur FinTech actif en Grande-Bretagne, fortement soutenu par des fonds publics, est une incitation à accélérer le développement des FinTech en France.
La France s’est en effet positionnée précocement sur ce secteur, dès juillet 2007, avec la création d’un pôle de compétitivité dédié, Finance Innovation. Porté par la profession, il vise à conforter la position de la Place financière de Paris en développant son expertise et son positionnement en matière de recherche et d'innovation.
Autre signe d’intérêt : la mise en place de plus en plus fréquente de partenariats par les banques et assurances françaises avec des start-up et des incubateurs du secteur. Outre une veille active des innovations dans le domaine financier, ces collaborations débouchent de plus en plus sur des prestations de services bancaires, par exemple sous forme de mise à disposition de plates-formes de paiement. Ceci permet en retour de faire évoluer l’offre des banques et des assurances. À ce jour, les investissements directs – prises de participation d’établissements financiers traditionnels dans des start-up – apparaissent néanmoins encore rares.
L’adoption d’un cadre juridique pour le financement participatif, au travers de l’ordonnance du 30 mai 2014, a permis de réguler le marché. L’exemple de la société Saint Jean Industrie (184 millions d’euros de chiffre d’affaires et 1 800 salariés) montre que même une ETI peut trouver avantage à recourir au financement participatif : l’entreprise vient ainsi de boucler plusieurs concours auprès de la plate-forme Lendix, pour un montant total d’1 million d’euros.
Face aux mutations du secteur financier, les défis à relever par les FinTech sont considérables. Ces nouveaux venus doivent en effet trouver un modèle économique pérenne, souvent sans disposer de licence bancaire, alors que les barrières à l’entrée apparaissent parfois fragiles. De même, et comme pour toute entreprise innovante, a fortiori pour ce qui est de l’immatériel, la mobilisation de fonds propres et de ressources financières reste souvent un obstacle majeur. Sur le plan opérationnel, il leur faut également démontrer une capacité à réunir les moyens humains nécessaires pour répondre à une demande en forte croissance, voire en hyper-croissance, large et hétérogène. Au-delà des premières années d’existence, le réel défi est de créer des champions européens, voir mondiaux, dans ce domaine.
L’action de Bpifrance
Le financement et l’accompagnement des FinTech constituent un cas d’école de l’appui qu’apporte Bpifrance aux entreprises innovantes. Ce secteur couvrant la majeure partie des services financiers – de la banque à l’assurance, la gestion d’actifs, le paiement et le conseil, etc. – utilise souvent des modèles d’affaires, technologiques et comportementaux, qui sont particulièrement ciblés par la nouvelle définition de l’innovation de Bpifrance dans sa démarche « Innovation Nouvelle Génération ».
Financement et soutien de la faisabilité
Entre 2012 et 2014, une centaine d’aides spécifiques à l’innovation ont été attribuées par la banque publique en faveur de projets de FinTech, pour un montant total de 10 millions d’euros. D’autres concours, y compris sous forme de prêts ou de participation en capital, ont pu être accordés à des entreprises de ce secteur, mais sans être clairement identifiés comme tels.
Les aides à la faisabilité représentent 61 % du nombre de concours, contre 39 % pour les aides en phase de développement. Les dépenses de mise au point de partenariat technologique, liées à la complexité des défis techniques associés à ces projets et au fort niveau d’innovation, nécessitent en effet des phases de validation amont longues et onéreuses (voir Graphique 1)
L’innovation dans le domaine des FinTech, telle qu’elle est enregistrée par Bpifrance, repose sur quatre grandes familles de technologies et d’applications :
- les applications très spécialisées dans le secteur de la finance, de la Bourse et de la banque visent avant tout l’optimisation de la gestion d’actifs, l’amélioration des outils de notation, mais aussi la recommandation de produits bancaires. Ce type d’application mobilise des technologies relevant du Big Data et des algorithmes de simulation qui présentent souvent un niveau d’innovation élevé ;
- les nouvelles formes de financement participatif génèrent pour leur part des applications intégrant certains traits caractéristiques de l’économie sociale et solidaire. En font partie les plates-formes de dons, les cartes bancaires « cobrandées » avec des organismes non gouvernementaux, le crowdfunding local de projets à impact social, etc. L’innovation repose ici sur des technologies numériques, mais également sur des approches organisationnelles et sociétales nouvelles ;
- des applications auparavant purement professionnelles s’ouvrent progressivement à des particuliers, de plus en plus actifs, dans leurs choix financiers, avec des outils de gestion de finances personnelles, des outils d’optimisation de financements multi-prêts et multi-banques, etc. Ces applications font appel à de l’innovation d’usage autant que technologique. De la même façon, certaines applications métiers dédiées, entre autres, aux hôpitaux, aux assurances et à l’immobilier génèrent de l’innovation de procédé et d’organisation appelée à s’ouvrir au grand public ;
- le e-commerce sur mobile voit pour sa part se multiplier les applications liées au déploiement ou à l’intégration de solutions de paiement sécurisé sur mobile (voir Graphique 2).
Accompagner les FinTech
Au-delà des soutiens évoqués précédemment, le renforcement de l’accompagnement est rapidement apparu prioritaire. Deux exemples de services donnent un aperçu des actions menées par Bpifrance et de leur contribution au développement des FinTech.
Face à une offre exubérante et de qualité inégale, Bpifrance a ouvert, dès 2013, une Place de marché du crowdfunding baptisée TousNosProjets.fr. Ce site rassemble, à la mi-2015, 750 propositions vivantes d’investissements portées par 30 plates-
Le second exemple d’accompagnement s’apparente davantage à du sponsoring. De septembre 2014 à juin 2015, treize étapes du Tour de France de la finance participative, organisé par l’association professionnelle Financement Participatif France et Bpifrance, en partenariat avec les CCI locales et les collectivités locales, se sont déroulées sur tout le teeritoire. Ces événements ont permis de rassembler plus de 1 300 personnes, la moitié étant des porteurs de projets. Ils ont également mobilisé les acteurs du développement local, sensibles à la problématique du financement participatif. Un second tour de France doit d’ores et déjà être lancé en septembre 2015.
Qu’il s’agisse de contribuer à la professionnalisation des équipes opérant des plates-formes de financement ou de les faire mieux connaître en région, l’objectif est toujours de contribuer à leur croissance, axe majeur de la stratégie de Bpifrance. Au-delà de ces actions, les FinTech, comme les autres entreprises, se verront prochainement proposer des solutions de formation, de mise en relation ou encore de conseil en lien étroit avec les partenaires professionnels et régionaux des entreprises.
Comment accélérer la croissance des FinTech ?
Fidèle à sa doctrine d’intervention, Bpifrance veut accompagner la montée en puissance des FinTech. Ces entreprises innovantes, qui font elles-mêmes face à des besoins de financement majeurs, sont également une classe prometteuse de partenaires financiers, au même titre que les banques ou les sociétés de capital-risque. Tournées vers le financement de projets peu soutenus par les acteurs traditionnels, elles élargissent et enrichissent l’écosystème du financement privé. Leurs modèles d’affaires inédits, fondés sur une relation directe entre épargnants et entrepreneurs, sont tournés en majorité vers les créations d’entreprises et les TPE. Les projets proposés aux investisseurs consistent le plus souvent en dépenses immatérielles à faible valeur de gage, donc difficilement finançables par les établissements de crédit, tant pour des questions de risque que de coût de gestion. Le recours au financement participatif peut combler cette faille de marché, justifiant un soutien public en raison de leurs potentielles retombées économiques positives.
Dans ce contexte, en proposant des financements, des investissements en fonds propres et des services d’accompagnement, les interventions de Bpifrance peuvent contribuer à cette dynamique.
En tant qu’établissement de Place, Bpifrance intervient toujours en partenariat avec un financeur privé et pour un montant de concours comparable. Cette règle pourrait s’appliquer, sous réserve de son financement, sous forme de cofinancements de Bpifrance, qui accompagneraient des interventions des FinTech. Ainsi un projet de petits prêts de développement pourrait être proposé prochainement. En adoptant le modèle des plates-formes en ligne, Bpifrance envisage de distribuer en ligne des concours assimilables à des quasi-fonds propres. D’un montant limité à 50 000 euros, sans garantie et d’une durée de sept ans, ces nouveaux prêts de développement utiliseraient les mêmes canaux digitaux de diffusion que ceux des FinTech afin d’en conserver les qualités de rapidité et de transparence. Sans distordre la concurrence entre Bpifrance et les acteurs privés, ce rôle d’entraînement permettrait également de créer un effet de levier bienvenu compte tenu des incertitudes potentielles sur le niveau de ressources que peuvent effectivement mobiliser ces plates-formes dans la durée.
Bpifrance se propose également de consolider l’action des FinTech par des apports directs et indirects de fonds propres. Dans ce cas, l’objectif est de renforcer les moyens des prêteurs via l’activité de fonds de fonds (sur ressources du Programme d’Investissements d’Avenir, d’investisseurs institutionnels…) et directement via les fonds gérés par l’établissement. Ces interventions en fonds propres de Bpifrance peuvent également concerner des ETI et des grandes entreprises de l’industrie financière. Ainsi en mai 2015, la banque publique est devenue actionnaire de long terme de la société Ingenico Group, leader mondial des terminaux de paiement électroniques, confirmant ainsi le rôle de fonds souverain de Bpifrance. À l’autre extrémité du marché, Bpifrance accompagne également des start-up en fonds propres. La société Famoco, spécialiste du NFC (Near Field Communication), est un exemple récent d’intervention. Hébergée au sein du Hub Startup de Bpifrance, elle a réalisé un tour de table de 4 millions d’euros en juillet 2015, avec notamment la participation du fonds Ambition Numérique, géré par Bpifrance.
Le financement participatif des entreprises offre des avantages incontestables à des emprunteurs trop souvent mal servis par les acteurs en place, car trop petits, trop risqués ou opérant dans des secteurs à la limite de l’économie marchande. Pour autant – et les exemples étrangers le confirment –, cette nouvelle activité économique qui bouscule les intervenants traditionnels ne saurait se passer de leur concours, que ce soit sous forme de services bancaires, mais également comme pourvoyeurs de ressources financières en capital ou en prêts. Le niveau d’innovation et de risque justifie une certaine dose d’intervention des pouvoirs publics, au-delà de l’établissement d’un cadre réglementaire acquis à ce jour. Le renforcement des moyens alloués à Bpifrance dans ce domaine montre qu’après avoir bousculé le marché, ces nouveaux entrants l’enrichissent, à leur manière, et trouvent bien leur place dans un continuum de financement recomposé et plus performant de financement de l’économie.
Sources : Bpifrance et Fing (Fondation internet nouvelle génération), Innovation Nouvelle Génération, janvier 2015, consultable sur www.bpifrance.fr
Nicolas Lesur, « Les défis posés par le crowdfunding », Revue d’économie financière, juin 2015
Sites consultés :
http://financeparticipative.org/
http://www.francefintech.org/
http://www.fintechinnovationlab.com