Fonds viager Certivia

Combiner impact social et potentiel de performance financière

Créé le

29.10.2018

-

Mis à jour le

27.11.2018

Marc Bertrand nous explique en quoi le fonds Certivia, véritable innovation, est une solution au vieillissement de la population. Pour répondre à la demande croissante, et forte du succès rencontré auprès des institutionnels, La Française prévoit d’ores et déjà une suite pour prendre le relais après la fermeture de la période d’investissement de Certivia, fin 2018.

Le fonds Certivia, actuellement fermé à la commercialisation, a été créé à l’initiative de la Caisse des Dépôts, en septembre 2014, et constitue le premier fonds viager mutualisé dédié aux investisseurs institutionnels français. Depuis son lancement, cette Sicav, d’une durée de vie de 25 ans prorogeable, a collecté 150 millions d’euros auprès de onze investisseurs institutionnels français de premier plan.

Un triple objectif

L’objectif de ce fonds est triple :

  • apporter une solution pour pallier la baisse structurelle des revenus des personnes âgées et améliorer leur quotidien ;
  • favoriser leur maintien à leur domicile ;
  • stimuler et sécuriser le marché du viager en France par des standards de qualité élevés.
Sa gestion a été confiée au groupement La Française Real Estate Managers (REM) et Renée Costes Viager. La Française REM est chargée des relations avec les investisseurs et de la gestion du fonds (acquisition et suivi des biens), en partenariat avec un Property Manager qui s’occupe de la gestion des flux (charges courantes propriétaires, taxe foncière, service de la rente, travaux…) et des relations entre le fonds et les vendeurs (crédirentiers). Quant à Renée Costes Viager, il apporte toute son expertise sur ce marché et a, à ce titre, un rôle pédagogique. Il veille aussi à la qualité du sourcing (l’approvisionnement du fonds en biens) grâce à ses 100 conseillers capables de réaliser un maillage de tout le territoire. Ces conseillers rencontrent et accompagnent les seniors dans leur « projet viager » et assurent un suivi dans la durée de la relation entre vendeurs (crédirentiers) et acheteurs (débirentiers).

Le viager : une réponse à l’allongement de la durée de la vie

Le vieillissement de la population est un enjeu de société majeur. Selon l’Insee, en 2060, 23,6 millions de personnes seraient âgées de 60 ans et plus en France, soit une personne sur trois [1] . Cette population doit faire face à une baisse de ses revenus, mais aussi à de nouveaux besoins entraînant des dépenses supplémentaires, souvent d’ordre médical.

Dans ce contexte, le viager, en rendant liquide le patrimoine immobilier, apparaît comme une solution à cette problématique de l’allongement de la vie. Il répond au besoin de complément de revenus des personnes âgées, souvent dotées de moyens modestes mais propriétaires de leur résidence principale (73 % des plus de 65 ans [2] ) et désireux d'y demeurer.

Un fonds à vocation sociale

Avec 4 000 à 5 000 transactions par an [3] – soit moins de 1 % du marché de l’immobilier résidentiel ancien –, le viager reste un marché de niche en France. Plusieurs raisons peuvent l'expliquer. Un viager classique est une relation entre deux particuliers, un crédirentier et un débirentier. Du côté des vendeurs, la question est sensible et la crainte de voir son bien sous-évalué réelle. Du côté de l’acheteur, l’incertitude sur la durée de vie de l’occupant, et donc sur le coût de la transaction, peut être dissuasive.

Dans le cas de Certivia, le débirentier est le fonds. Il acquiert les biens et verse au crédirentier un bouquet et une rente viagère. La relation entre deux personnes physiques disparaît. Cette solution permet de gérer les enjeux émotionnels inhérents au viager et d’éviter les blocages, tant du côté des vendeurs que des acquéreurs.

Pour le crédirentier, le viager mutualisé se veut plus rassurant : en raison de la solidité financière des investisseurs du fonds, il a la garantie de percevoir ses rentes. De même, il bénéficie d’une transparence dans l’approche, la détermination du prix et le suivi du contrat viager ainsi que d’une protection juridique.

L’arrivée d’un acteur institutionnel tel que Certivia sur le marché du viager permet ainsi de stimuler et d’accompagner le développement d'un secteur qui, compte tenu du patrimoine immobilier des retraités, présente un fort potentiel de développement. Certivia apporte également :

  • une amélioration et une homogénéisation des pratiques de marché, grâce à la présence d’investisseurs institutionnels de référence et l’application de standards de qualité élevés visant à sécuriser la personne âgée dans son « projet viager » ;
  • une meilleure compréhension du viager et une transparence accrue, grâce à la diffusion d’informations relayées par le réseau des notaires ;
  • une stimulation du marché et un développement du volume d’opérations viagères, par l’effet d’entraînement.
Enfin, les investisseurs se constituent un portefeuille diversifié de plusieurs biens avec une mutualisation des risques, tout en réalisant un placement combinant un impact social et un couple rendement-risque attractif sur long terme.

Un réel impact social

De par ses objectifs, Certivia a un impact social. À juin 2017, les crédirentiers ayant cédé au fonds leur bien en viager occupé ont reçu, en moyenne, un bouquet de 80 000 euros au moment de la vente et perçoivent une rente moyenne mensuelle de 1 000 euros, soit une augmentation de leurs revenus de plus de 50 % [4] . Ils ont ainsi sensiblement amélioré leurs conditions de vie tout en se maintenant dans leur logement. Par ailleurs, l’impact social de cette action est significatif, comme en témoignent les motivations recueillies auprès des crédirentiers ayant fait confiance à Certivia [5] :

  • pour 51 % d’entre eux, il s’agit de faire face à une situation de précarité actuelle ou à venir et/ou de protéger leur conjoint survivant grâce à la réversibilité de la rente viagère ;
  • pour 23 %, cette transaction leur permet d’effectuer des donations de leur vivant à leurs proches ;
  • 21 % des crédirentiers déclarent vendre à Certivia afin d’améliorer leur quotidien et profiter de leur retraite ;
  • 5 % le font avec pour objectif d’adapter et de rénover leur logement.
À noter qu’en cas de placement d’un crédirentier en établissement spécialisé, la rente versée est revalorisée puisqu’il renonce au droit d’usage et d’habitation. Le bien est ensuite cédé.

La stratégie d’investissement

Les caractéristiques du fonds ont été définies en cohérence avec ses objectifs. Il s’agit de sélectionner des actifs qui y répondent, tout en gardant à l’esprit de ne pas pénaliser le fonds à la revente. Par conséquent, la pertinence de ce fonds nécessite de respecter les règles d’investissement propres à l’immobilier résidentiel. La localisation des biens acquis est un élément essentiel dans la politique d’investissement et dans une optique de revente, une fois les biens libérés. Le fonds n’a en effet pas vocation à conserver les biens à des fins locatives et ils sont directement cédés à leur libération. Les actifs doivent donc être acquis occupés. À défaut, la cession d’un viager libre immédiatement après son acquisition pourrait être qualifiée en opération de marchand de biens.

La curiosité des marchés étrangers

La Française a été questionnée par des universitaires et diplomates japonais sur le fonctionnement de Certivia. Cette démarche répondait à un besoin de la société japonaise, qui connaît aussi un vieillissement de sa population, de monétiser le patrimoine immobilier de ses retraités.

Les spécificités liées à la gestion du fonds

Certivia se veut sélectif sur les biens achetés en viager occupés avec réserve de droit d’usage au profit du crédirentier. Cela revient à faire de l’immobilier résidentiel en démembrement. À ce jour, 345 biens [6] ont été acquis (et 80 biens sont en cours d’acquisition), dont 85 % d’appartements en copropriété et 15 % de maisons individuelles. Ces résidences principales se situent à 90 % en Ile-de-France et en Provence-Alpes-Côte d’Azur. Le solde pouvant provenir de biens acquis dans d’autres grandes agglomérations (Bordeaux, Lyon…). Pour céder leur logement, les propriétaires doivent avoir 70 ans et plus.

Les fonds sont appelés auprès des associés au fil des besoins, des acquisitions, du paiement des charges et des rentes sur toute la durée d’engagement. Il n’y a aucune compensation entre les produits de la vente et le paiement des charges et des rentes. Ces dernières doivent nécessairement faire l’objet d’un appel spécifique. Il est donc possible d’avoir en même temps une demande de fonds et un remboursement.

Les dernières acquisitions devraient être signées au plus tard à la fin du 1er semestre 2019. Au-delà de cette date, seules des rentes seront versées aux crédirentiers. Les versements du produit des ventes devraient être supérieurs aux appels de fonds dès 2021. Finalement, compte tenu des flux entrants et sortants, l’exposition maximale sera d’environ 75 millions d’euros.

Enfin, les actionnaires devraient percevoir dès 2018 les premiers versements résultant des ventes. Ils seront constitués de capital (par réduction) et de plus-values de cession. L’idée est de ne pas thésauriser dans le fonds la trésorerie issue de la vente de l’actif, d’où le reversement intégral du produit de la cession.

Performance cible, liquidité, risques

Le TRI (taux de rendement interne) dépend de l’évolution du marché immobilier et de la durée effective du viager. À noter qu’il n’y a ici aucun risque locatif puisqu’il s’agit d’une opération de plus-value de cession.

Durant la durée de vie du fonds, aucune liquidité n’est offerte aux investisseurs. Le capital des cessions, intervenant à la suite de la libération des biens, leur est restitué au fil de l’eau.

Deux risques principaux peuvent être retenus :

  • le premier risque est lié à l’évolution de l’espérance de vie des crédirentiers, mais il est limité au regard de la diversification et du nombre de biens détenus ;
  • le second porte sur la baisse du marché immobilier résidentiel sur longue période.
S’ajoute le risque de perte en capital et d’image, dont la gestion fait l’objet d’une attention particulière, avec la mise en place de pratiques et procédures spécifiques.

De nouveaux projets de fonds viagers

Fort du succès de Certivia, La Française envisage de commercialiser un deuxième fonds de ce type. Si les processus de gestion et de sourcing restent identiques, les objectifs en termes de levées de fonds et d’investissements seront revus à la hausse, et la stratégie d’investissement évoluera en conséquence.

Ce deuxième fonds viager mutualisé permettra aux investisseurs de continuer à profiter d’une classe d’actifs innovante, diversifiée, décorrélée (y compris de l’immobilier), à faible volatilité et combinant impact social et performance financière. Surtout, il valide le concept du viager institutionnel et structure davantage ce marché, en renforçant son image notamment auprès du grand public. Ce qui devrait créer des émules, d’autant que le viager constitue une solution aux besoins de financement liés au vieillissement de la population.

 

1 Insee, Tableau de l’économie française, Édition 2016, Collection « Insee Références », p. 27.
2 Insee, Les revenus et le patrimoine des ménages, Édition 2018 , coll. « Insee Références », p. 179.
3 Baromètre de l’Institut d’expertise et de formation au viager (IEFV).
4 La Française Real Estate Managers.
5 La Française & Renée Costes Viager.
6 La Française Real Estate Managers.
 

À retrouver dans la revue
Revue Banque Nº826bis
Notes :
1 Insee, Tableau de l’économie française, Édition 2016, Collection « Insee Références », p. 27.
2 Insee, Les revenus et le patrimoine des ménages, Édition 2018 , coll. « Insee Références », p. 179.
3 Baromètre de l’Institut d’expertise et de formation au viager (IEFV).
4 La Française Real Estate Managers.
5 La Française & Renée Costes Viager.
6 La Française Real Estate Managers.