Perspectives

« Le Climate Finance Day a joué un rôle de déclic »

Créé le

20.07.2015

-

Mis à jour le

31.08.2015

La conférence internationale Climate Finance Day organisée par Paris Europlace en mai dernier a été l’occasion de faire un état des lieux des initiatives dans ce domaine, mais aussi, pour les acteurs de la Place, de prendre de nouveaux engagements.

Quelles conclusions tirez-vous du Climate Finance Day organisé à l’Unesco le 22 mai dernier ?

Selon les participants, cette manifestation a joué le rôle de déclic pour montrer que le secteur financier était déjà engagé de manière significative sur le dossier de la transition énergétique et sur celui de la finance durable, et que de nouvelles avancées seraient faites de manière rapide, y compris en vue de la CoP 21. Elle s’est inscrite dans la continuité du sommet de New York, qui s’était tenu en septembre 2014 sous la houlette des Nations Unies. À cette occasion, plusieurs investisseurs s’étaient engagés, au travers du Montreal Carbone Pledge [1] , à produire des données chiffrées d’ici la fin de l’année.

Quels sont les principaux engagements faits à Paris ?

Ils concernent essentiellement la réorientation des actifs des portefeuilles des investisseurs vers des entreprises et/ou projets qui participent à la lutte contre le réchauffement climatique et notamment la « décarbonation ». Les grands fonds de pension mondiaux ou les gérants d’actifs, y compris en France, déjà engagés accélèrent cette stratégie qui consiste à sélectionner leurs investissements vers des secteurs qui ont pris en compte la réduction de leur empreinte carbone. Il y a quelques semaines, le fonds de pension norvégien a par exemple annoncé son retrait de secteurs industriels, notamment les compagnies minières ou entreprises d’énergie qui tirent plus de 30 % de leur chiffre d’affaires du charbon.

Qu’en est-il du secteur de l’assurance ?

Des annonces ont été faites, notamment par Axa. Henri de Castries envisage une nouvelle stratégie pour l’ensemble des fonds gérés par l’assureur qui vise au retrait des compagnies les plus exposées aux activités liées au charbon, soit plus de 500 millions d’euros et à l’introduction de critères ESG (environnement, social et gouvernance), dans l’ensemble de ses portefeuilles « fonds généraux ». Axa va également consacrer plus de 3 milliards d’euros d’ici à 2020, soit un triplement de ses volumes, à des investissements verts. Globalement, le secteur de l’assurance est engagé dans l’analyse des risques pour les entreprises qui sont exposées à des empreintes carbone élevées et qui n’œuvrent pas suffisamment en faveur du climat, y compris d’ailleurs pour permettre d’offrir des instruments de couverture, mais surtout analyser et voir comment tenir compte dans leurs appréciations de ces caractéristiques. La réassurance est également engagée à tirer les conséquences en matière d’instruments de couverture pour les sociétés d’assurance engagées dans les entreprises en question.

Et celui des banques ?

Le secteur bancaire est également actif, à travers la participation de plusieurs établissements, notamment nos quatre grandes banques françaises, qui ont fixé un certain nombre d’objectifs pour orienter leurs investissements en fonction des critères ESG. Crédit Agricole et Natexis ont, en outre, annoncé depuis ces dernières semaines leur engagement de cesser leurs financements de mines de charbon et exploitants spécialisés dans ces activités. BNP Paribas et Société Générale développent une analyse plus poussée des impacts positifs et négatifs sur l’environnement de leurs portefeuilles d’engagements. Certains fonds d’investissements spécialisés ont, en outre, été lancés. Par exemple, celui d’Amundi EDF en janvier : 150 millions d’euros seront investis dans des entreprises qui concourent à l’économie durable, notamment à la lutte contre le réchauffement climatique.

Comment Paris EuroPlace compte-t-il orchestrer ces actions ?

Au cours du Climate Finance Day, Paris Europlace, avec l’ensemble des fédérations professionnelles concernées, a lancé une déclaration « de Place » indiquant une stratégie engageant les différents métiers de la Place financière, en vue d’accélérer les actions dans ce domaine. Parmi nos priorités figure l’intensification du dialogue entre le secteur financier, les entreprises et les pouvoirs publics en vue de préparer la CoP 21, ce qui est une première. Dans la même veine, l’UNEP FI [2] , qui est le programme environnement des Nations Unies pour la partie finance, a lancé, à cette occasion, deux plates-formes au travers desquelles investisseurs et assureurs font part de leurs engagements. Celles-ci vont rassembler les informations et permettre d’organiser les échanges entre les acteurs.

Croyez-vous au développement du marché des obligations vertes ?

Oui, nous pensons que le marché va se développer, y compris en Chine où nous sommes très actifs et où le marché obligataire est en expansion. Sur ce segment, la Place de Paris a pris une position leader, avec plus de 10 milliards d’encours début 2015, et le lancement de diverses émissions, dont celle d’Engie, ou des collectivités locales, comme la région Ile-de-France. Des initiatives fleurissent ici et là. Ainsi, Mirova, la filiale investissement responsable de Natixis AM, vient de créer un fonds greenbonds dédié.

Où en sont les négociations sur le prix du carbone ?

À l’occasion du Climate Finance Day, Gérard Mestrallet  (président de Paris Europlace) a souligné que la fixation d’un prix du carbone était une priorité essentielle. Nous pensons qu’il est urgent que les pouvoirs publics, au niveau européen, se saisissent du dossier et de la fixation d’un prix qui puisse à la fois permettre d’orienter les acteurs industriels et financiers et faciliter les transactions.

Êtes-vous confiant sur cette issue et de manière générale sur celle de la CoP 21 ?

À tout le moins, une vraie dynamique se met clairement en place. La visite de son Premier Ministre a été l’occasion pour la Chine de marquer un engagement important en affichant un objectif à 2050 significatif. Et les grandes entreprises, françaises, internationales, y compris les investisseurs, prennent désormais réellement conscience des risques et des coûts politiques, industriels, sociaux qu’elles encourent si elles ne font rien et si l'on ne respecte pas l’objectif de réduire le réchauffement à 2 degrés.

Cette prise de conscience est-elle vraiment nouvelle ?

Oui, elle est plus forte et plus affirmée qu’avant. Car ce sont avant tout la rentabilité des investissements et la prise en compte des facteurs de risque, et non de simples motifs généreux et altruistes, qui portent cette dynamique forte et pérenne.

La finance française est-elle, selon vous, à la pointe sur la question de la transition énergétique ?

Je dirais qu’elle est bien positionnée. Je ne pense pas qu’il faille mettre des superlatifs : la finance britannique est également bien présente, la chinoise aussi… Disons qu’elle accélère sa démarche grâce, notamment, à l’action de Paris Europlace, qui est très présent sur ces sujets depuis le début des années 2000.

Quels rapports entretenez-vous avec les ONG qui pointent du doigt le retard du secteur ?

Nous avons des contacts avec elles : WWF, Carbon Tracker, qui est spécialisée sur le risque carbone des investissements et promeut un modèle financier et économique bas-carbone, et Leapfrog étaient présentes dans les tables rondes. Nous les écoutons, mais nous prenons aussi en compte les contraintes industrielles des entreprises. Nous défendons une démarche progressive dans les objectifs et non pas l’imposition de nouvelles contraintes réglementaires, qui aboutirait à freiner le mouvement et à pénaliser les entreprises dans la compétition mondiale. Selon nous, la démarche doit être menée par les entreprises elles-mêmes, avec de vrais objectifs concrets et chiffrés. Et cette démarche ne peut être qu’européenne et internationale.

 

 

1 Les investisseurs signataires du Montreal Carbone Pledge s’engagent à mesurer et publier annuellement l'empreinte carbone de leurs portefeuilles.
2 United Nations Environment Programme Finance Initiative.

À retrouver dans la revue
Revue Banque Nº787
Notes :
1 Les investisseurs signataires du Montreal Carbone Pledge s’engagent à mesurer et publier annuellement l'empreinte carbone de leurs portefeuilles.
2 United Nations Environment Programme Finance Initiative.