Chèque : quelles leçons tirer des expériences à l’étranger ?

Créé le

28.04.2011

-

Mis à jour le

31.05.2011

Au-delà de l’étude sur l’utilisation du chèque en France, il est intéressant d’observer le positionnement du chèque et son évolution dans d’autres pays.

Le chèque est en très forte baisse en Australie

Au début des années ​1990, le chèque représentait le moyen de paiement principal hors espèces. Cependant, aujourd’hui, il devient un moyen de paiement qui tend à être de moins en moins utilisé. En effet, le nombre de chèques émis en Australie a diminué d’environ 30 % depuis ​2007 pour atteindre 291 ​millions en ​2010 soit environ 4,5 % du nombre de paiements hors espèces. Une extrapolation a été effectuée sur la base des 20 ​dernières années et révèle que si cette baisse est maintenue, une fin théorique du chèque est prévue en 2018.

Cette diminution du nombre de chèques a un impact négatif dans le court terme pour certains acteurs selon l’APCA (Australian Payments Clearing Association) en augmentant le coût unitaire de traitement du chèque. D’après EDC, ce coût unitaire est susceptible d'augmenter de plus de 37 % au cours des 5 ​prochaines années en Australie.

C’est dans ce contexte que l’APCA a réalisé deux enquêtes dans le but d’analyser la place actuelle du chèque sur ce marché en  2010 [1] . L’APCA s’est principalement intéressée aux acteurs dans le secteur des paiements ainsi qu’aux utilisateurs (en émission et en réception) de chèques. Les conclusions des études soulignent que les professionnels se disent prêts à remplacer le chèque par un autre moyen de paiement s’ils sont bien prévenus à l’avance. Les entités publiques qui considèrent les chèques comme un instrument de paiement onéreux, souhaiteraient avoir l’option d’utiliser différentes formes de paiement avant la disparition du chèque. Du côté des consommateurs, seulement 5% ont indiqué que la suppression des chèques « est un problème majeur », incluant les personnes âgées, les retraités et les personnes sans accès à Internet.

Certains acteurs du secteur des paiements sont favorables à la suppression du chèque en Australie. En effet, cela représente une opportunité pour eux de proposer et développer des alternatives (comme BPAY par exemple) ciblant les secteurs avec une forte utilisation du chèque.

Sous réserve de l’approbation de son conseil d'administration, l’APCA prévoit de lancer une consultation publique sur l’avenir du chèque en impliquant les parties prenantes clés dans le débat.

La fin du chèque britannique en 2018 ?

Comme de nombreux pays européens, le Royaume-Uni a connu une baisse considérable du nombre de chèques avec une diminution de 60 % de ​1990 à 2009. Il représente 8% du nombre de paiements hors espèces au Royaume-Uni, ce qui très inférieur à ce que l'on observe en France (20%) en 2009.

En décembre 2009, notant la tendance à la baisse de l’utilisation du chèque, le secteur bancaire (UK Payments Council) a annoncé un plan de suppression du chèque au Royaume-Uni en visant la date butoir d’octobre ​2018. Le UK Payments Council a mentionné la nécessité de gérer cette baisse et d’identifier des alternatives.

Toutefois, le « Treasury Select Committee » (organe législatif encadrant le secteur financier au Royaume-Uni) a pris la décision de relancer son enquête sur l’avenir du chèque étant donné la préoccupation constante des utilisateurs de chèques.

Il semblerait que les caractéristiques démographiques et technologiques jouent un rôle majeur dans l’avenir du chèque au Royaume-Uni. En effet, une majorité de la population de la nouvelle génération (représentant le segment des consommateurs les plus susceptibles d’adopter des nouvelles méthodes de paiement) n’utilise pas ou très peu le chèque : seule ​1 personne sur 60 dans le segment des moins de 24 ​ans a utilisé un chèque pendant un mois typique en ​2009. Une alternative qui contribue à sa façon au remplacement du chèque est « Faster Payments », une solution de virement quasiment instantané qui répond à certains besoins et suscite de l'intérêt.

Ainsi, le chèque est confronté à un avenir incertain au Royaume-Uni en attendant la décision du ​UK Payments Council et les conclusions de l’enquête du Treasury Select Committee attendues en mai 2011. Cependant, les exigences des personnes âgées ou des handicapés contrastent avec les habitudes des jeunes consommateurs, ce qui pourrait rendre ces décisions complexes.

Les États-Unis : les champions du monde du chèque, mais en très fort déclin

En avril 2011, la « Federal Reserve » a publié son étude [2] sur les moyens de paiement aux États-Unis, soulignant l'utilisation décroissante du chèque aux États-Unis. L'étude indique que le nombre de chèques a diminué de 7,1 % par an entre 2006 et 2009, passant de 32 % à 22 % du nombre de paiements hors espèces. Ainsi, les Etats-Unis restent les premiers utilisateurs de chèques dans le monde, mais le chèque est clairement en très forte baisse.

Cette forte baisse peut être expliquée par plusieurs raisons. Il y a des alternatives qui tendent à remplacer progressivement le chèque, notamment la carte de débit qui progresse très fortement aux États-Unis (passant de 26% à 35% du nombre de paiements hors espèces de ​2006 à 2009). En plus de la carte de débit, les banques ont réussi à capter un pourcentage élevé des paiements de factures qui étaient traditionnellement effectués surtout par chèque. D’après Financial Insights, 43% des factures payées de manière électronique (electronic bill payment) ont été payées  en 2008 via le site Internet des banques par rapport à seulement 22 % en ​2003. Les banques ont développé un service de paiement de factures via leur site Internet avec une très bonne ergonomie en partenariat avec des prestataires tels que « MasterCard Remote Payment and Presentment Service » (RPPS) ou Fiserv.

En plus de ces alternatives au chèque, le secteur public américain a adopté une attitude volontariste pour remplacer le chèque (voir Encadré ​1). Le Trésor américain a décidé de ne plus payer d’allocations fédérales par chèque à partir de ​2013, et a commencé à éduquer les particuliers à ce sujet (voir Encadré ​2). Les allocations seront seulement payées par virement sur un compte bancaire ou sur un compte carte MasterCard. Pour le Trésor américain, il s’agit d’économiser 0.63 euro par opération.

La secrétaire d’état au Trésor Rosie Rios a déclaré : « It costs 92 cents more to issue a payment by paper check than by direct deposit ».

Le remplacement du chèque ne sera pas immédiat et nécessitera une coordination de plusieurs initiatives

L'étude de ces expériences à l’étranger indique qu'il y a sûrement certaines leçons pertinentes à tirer. Tout d’abord, les cycles sont très longs comme le montre l'exemple des Britanniques qui visent une fin du chèque d’ici à ​2018 (au plus tôt). Ensuite, il n'y a certainement pas une seule « recette miracle » pour remplacer le chèque mais il faudra déployer une combinaison d’initiatives. Il faudrait certainement considérer des initiatives telles que la priorisation du remplacement de certains cas d'usage du chèque, l’amélioration de l’ergonomie et du réseau d’acceptation des autres moyens de paiement existants, le déploiement de nouveaux services de paiement sur la base de nouvelles technologies telles que le mobile, et, si possible, une approche volontariste de l’ensemble du secteur public. La combinaison de ces différents éléments sera un élément clé pour arriver à un remplacement efficace du chèque en France.

1 http://www.apca.com.au/PM/2010_Quarter4/8.html 2 http://www.frbservices.org/files/communications/pdf/press/040111_2010_payments_study_press_release.pdf

À retrouver dans la revue
Banque et Stratégie Nº292
Notes :
1 http://www.apca.com.au/PM/2010_Quarter4/8.html
2 http://www.frbservices.org/files/communications/pdf/press/040111_2010_payments_study_press_release.pdf