Le point de vue de la CFDT

« Ces nouvelles formes de travail sont un espace en friche »

Créé le

17.11.2016

-

Mis à jour le

25.11.2016

La CFDT Banques et Assurances estime que les changements liés au numérique vont continuer de manière progressive.

Comment ont évolué les effectifs dans les banques depuis la crise de 2008 ?

Paradoxalement, ils n’ont pas baissé tout de suite, comme dans d’autres professions. Dans la banque, la baisse a été décalée dans le temps et a été en un sens relativement faible, mais quand même de l’ordre de 3 000 personnes par an. Depuis 2011, le rythme de réduction des effectifs est régulier, avec une baisse de 1 à 1,5 % par an, qui correspond au différentiel entre le volume des départs et le volume des recrutements. Suite aux embauches massives des années 1970, il y a un nombre important de départs à la retraite qui va continuer pendant une dizaine d’années, même si le mouvement commence à être moins fort.

La crise a entraîné un choc et une remise en cause. En 2011, il y a eu des plans de réduction importants d’effectifs dans les banques de financement et d’investissement, par exemple chez Société Générale ou BNP Paribas, qui a encore un plan de départ volontaire en cours.

Depuis 2011, il y a plus de départs à la retraite que de recrutements. En fonction des évolutions, cela pourrait aller plus loin. Notre scénario [1] le plus probable reste la poursuite d’une baisse légère des effectifs dans les années qui viennent. Au-delà de 5 % de baisse, cela commencerait à devenir compliqué. Dans le scénario noir, en cas de nouveau choc économique, la baisse des effectifs pourrait atteindre 20 % et serait dramatique.

Quels sont les facteurs qui expliquent cette baisse désormais tendancielle ?

Les banques sont aujourd’hui dans un contexte très particulier concernant leur compte de résultat, sur lequel pèsent beaucoup d’incertitudes. Les taux extrêmement bas ont un impact sur ce compte de résultat, qui va se ressentir très fortement d’ici quelques années. Les taux des crédits immobiliers, qui représentent 40 % des encours au niveau national, sont très bas. Une personne a renégocié cet été son crédit immobilier à 0,6 % ! Par ailleurs, il y a des incertitudes fortes en matière de réglementation et Bâle IV pourrait révolutionner le paysage en faisant disparaître le crédit immobilier à taux fixe.

La marge d’intérêt a du mal à se maintenir à des niveaux élevés. Les commissions ont baissé, même si les banques ont généralisé les frais de tenue de compte l’été dernier. Les commissions sur les moyens de paiement sont menacées par les nouveaux entrants, avec la DSP 2. Nous ne pensons pas que les Gafa vont se lancer dans la banque, qui est une activité très fortement réglementée, mais ils vont sans doute s’intéresser aux paiements. Tout cela fait que le Produit net bancaire (PNB) des banques est en baisse ou qu’au mieux il stagne, alors qu’elles font de bons résultats et ont quasiment retrouvé leurs niveaux d’avant crise en 2015.

La question de la densité des réseaux se pose. Les banques ont fait en sorte que les clients ne se rendent plus en agence, avec les automates puis les applications pour smartphone. Le réseau d’agences le plus dense d’Europe est aujourd’hui remis en question et des plans de fermetures sont désormais officiellement actés dans certaines banques comme Société Générale, ou mis en œuvre comme chez BNP Paribas. Les mutualistes sont soumises aux mêmes questions : est-ce que les banques vont pouvoir continuer à se payer leurs réseaux ? Or réduire son réseau a forcément des conséquences sur l’emploi.

Le numérique va-t-il modifier en profondeur les métiers ?

Cela fait quarante ans que les banques ont dématérialisé les process et fait de l’innovation technologique, et cela fait longtemps qu’elles exploitent des données personnelles. Il ne faut pas imaginer qu'il va y avoir un big-bang du jour au lendemain. Il y a des changements, mais le plus probable est que cela se fasse de manière progressive.

Les banques insistent dans leurs discours pour dire qu’elles sont lancées dans une révolution digitale…

Les établissements ont un intérêt à agiter un chiffon rouge. Il y a des discours très alarmistes sur le numérique, qui peuvent leur permettre de faire passer certaines évolutions. Nous pensons cependant que les changements liés au numérique vont plutôt se faire progressivement.

Comment évoluent les métiers en agence ?

Depuis dix ans, des automates de gestion des espèces ont été mis en place, la France a officiellement acté sa volonté de faire disparaître le chèque et les clients peuvent effectuer des tâches à distance via leurs applications.

Les postes de chargé d’accueil vont sans doute disparaître au profit d’un accueil partagé en agences, ce qui pose des problèmes. Tout le personnel est censé participer à un accueil tournant, y compris le directeur d’agence. La difficulté est que certaines personnes ont des réticences à y aller : cela ne compte ni dans leur évaluation ni dans leur rémunération (part variable) et pèse sur leur capacité à faire de la vente. Les banques n’ont pas assez travaillé en amont sur ce sujet. Or, alors que la relation est de plus en plus numérique, l’accueil physique des clients en agence reste quelque chose d’important.

Le chargé de clientèle particuliers, qui vend des produits simples comme le Livret A ou la carte, risque d’être impacté fortement par l’évolution des métiers dans les réseaux. Il va falloir le faire monter en gamme.

Quel bilan tirez-vous du pacte de responsabilité signé en 2015 ?

La CFDT s’est engagée seule à signer le pacte de responsabilité, qui comportait un volet emploi (l’engagement d’embaucher au moins 40 000 personnes entre 2015 et 2017), un volet employabilité (socle de compétences numériques minimales) et un volet insertion.

Nous n’avons pas tous les éléments pour juger du premier bilan du pacte de responsabilité. Les engagements en termes de recrutement ont été atteints. Pour ce qui est de l’employabilité, nous attendons la certification concernant le socle commun de compétences minimales en numérique. Le plan d’action sur l’insertion a été présenté par l’AFB en septembre sans qu’il soit mentionné, comme nous le souhaitions, que ce plan était le résultat du dialogue social.

Nous nous interrogeons donc désormais sur la capacité des employeurs de la branche AFB à assumer le dialogue social, alors que les établissements ne jouent pas le jeu du paritarisme, du partenariat.

Les nouvelles organisations du travail – télétravail, bureaux non attitrés… – entrent-elles dans le champ du dialogue social ?

Ces nouvelles formes de travail sont un espace en friche, on ne connaît pas encore bien les problèmes que cela peut poser. Nous souhaitons que le sujet figure dans l’accord sur la qualité de vie au travail qui doit être négocié prochainement. Ces nouvelles formes de travail posent des questions, en particulier sur le management, plus que sur le reporting ou le contrôle, qui sont normés et automatisés, ainsi que sur l’esprit d’équipe, et sur les solidarités professionnelles. Quand les salariés sont en télétravail une ou deux fois par semaine, ils sont absents 20 à 40 % du temps, et lorsqu’ils sont installés en bureaux non attitrés, ils ne sont pas rassemblés dans un même espace. Cela pose la question de la solitude du manager, qui doit manager sans voir ses collaborateurs.

Quid des accords concernant le télétravail au niveau des entreprises ?

Nous sommes en train de passer d’accords d’expérimentation du télétravail, qui ont été signés dans plusieurs entreprises, à des accords de généralisation du télétravail. C’est un sujet qui fait partie de la qualité de vie au travail. Il faut tenir compte des souhaits des salariés. Dans la branche AFB, 50 % des effectifs se trouvent dans la région Ile-de-France, ce qui pose des questions de temps de transport.

 

1 La branche banques-assurances de la CFDT a publié fin mars un rapport issu de ses travaux, « Évolutions du secteur à horizon 2025 – Quels défis pour la CFDT ? », qui propose trois scénarios : https://fba.cfdt.fr/upload/docs/application/pdf/2016-06/rapport_fba_prospective.pdf.

À retrouver dans la revue
Revue Banque Nº802
Notes :
1 La branche banques-assurances de la CFDT a publié fin mars un rapport issu de ses travaux, « Évolutions du secteur à horizon 2025 – Quels défis pour la CFDT ? », qui propose trois scénarios : https://fba.cfdt.fr/upload/docs/application/pdf/2016-06/rapport_fba_prospective.pdf.