Formation

La certification AMF a cinq ans

Créé le

25.09.2015

-

Mis à jour le

30.09.2015

L'AMF a mis en place en 2010 un dispositif de certification professionnelle des prestataires de services d'investissement. Celui-ci anticipe largement les réflexions menées par l'ESMA sur l'évaluation des connaissances des collaborateurs des PSI dans le cadre de la directive MIF2. En outre, le Haut Conseil certificateur de Place créé dans le cadre de ce dispositif étudie régulièrement des pistes d’évolution pour s'adapter au mieux aux transformations de l’activité.

La Directive MIF a mis en avant la responsabilité des prestataires de services d’investissement (PSI) en matière de protection des intérêts des clients. Les règles harmonisées au niveau européen ont renforcé la nécessité, pour ces prestataires, de se doter de moyens leur permettant de respecter leurs obligations professionnelles. Notamment, ils sont tenus d’employer un personnel disposant de l'expertise, des qualifications et des connaissances requises pour exercer les responsabilités qui lui sont confiées.

Dans ce contexte, l’AMF avait, dès 2008, confié à un groupe de travail dirigé par M. Jean-Pierre Pinatton [1] une mission d’étude sur le thème de la certification professionnelle des acteurs de marché. Le rapport remis en juillet 2008 préconisait l’instauration du dispositif aujourd’hui appelé « certification des examens par l’AMF ». Celui-ci a été mis en œuvre à compter du 1er juillet 2010.

Le dispositif en place : 4 principes, 12 organismes certifiés, 35 000 reçus

Le dispositif repose sur 4 principes :

  • la mise en place d’un mécanisme conduisant les prestataires de services d’investissement à vérifier que leurs collaborateurs exerçant certaines fonctions disposent d'un niveau adéquat de connaissances ;
  • l’identification des fonctions concernées : négociateur, vendeur, analyste financier, gérant, responsables de la compensation et du post-marché, responsables de la conformité (RCSI et RCCI) ;
  • la possibilité, pour les prestataires de services d’investissement, de conduire cette vérification soit de manière interne, soit en vérifiant que le collaborateur a satisfait à un examen externe certifié par l’AMF ;
  • l’instauration d’un « Haut Conseil certificateur de Place » chargé de rendre des avis sur le contenu des connaissances et sur les conditions pratiques de la certification des examens. Ce conseil a été présidé par M. Pinatton jusqu’en 2014.
Le Haut Conseil a eu, entre autres missions, celle d’analyser les dossiers de candidature des organismes de formation souhaitant voir leur examen certifié par l’AMF. Si plus de cinquante dossiers ont été étudiés, seuls douze organismes sont certifiés à ce jour. Ce travail de sélection se prolonge aujourd’hui par l’analyse régulière des demandes de prolongation. La liste des organismes certifiés figure sur le site Internet de l’AMF.

Parmi ces organismes, l’enseignement supérieur est largement représenté avec, d’une part, le BTS Banque [2] et, d’autre part, le CNAM, ainsi que quelques universités et écoles de commerce. De plus, la préparation à l’examen certifié est assurée en France dans plus de 200 programmes de licence ou de master qui ont passé un accord avec l’un des 12 organismes certifiés.

Depuis la mise en place du dispositif, 35 000 personnes ont passé avec succès un examen certifié, dont près de 8 000 en 2014. Le chiffre annuel est en hausse (6 500 en 2011) et, progressivement, le choix de passer un examen auprès d’un organisme certifié par l’AMF l’emporte sur la démarche de vérification interne au sein des prestataires. Ceci est dû en partie au nombre croissant d’étudiants qui passent l’examen avant même leur entrée dans la vie professionnelle, mais aussi au fait que certains secteurs comme la gestion d’actif ou la banque privée privilégient l’examen certifié.

Un dispositif vivant

L’examen certifié est composé de 100 questions réparties sur 12 thèmes différents et les organismes certifiés sont tenus de disposer d’une base de données d’au moins 600 questions. L’AMF veille à ce que ceux-ci mettent régulièrement à jour leurs questionnaires en tenant compte des évolutions réglementaires. À ce titre, chaque organisme certifié remet annuellement un bilan pédagogique intégrant la liste des questions ayant fait l’objet d’une modification dans l’année.

L’AMF a elle-même revu complètement le programme de l’examen en 2014, notamment pour y intégrer les changements induits par la directive AIFM [3] . Ce programme est disponible sur site Internet de l’AMF dans l’instruction AMF 2010-09 [4] .

De la même façon, la liste de questions-réponses (FAQ) sur la certification a été mise à jour en juillet 2015. Elle comporte aujourd’hui 47 questions sur le champ d’application du dispositif, son organisation, le contenu du programme de l’examen et la clause de grand-père (position AMF 2009-29).

Enfin, le Haut Conseil certificateur de Place a lui aussi évolué. Sa composition a été modifiée au 1er janvier 2015. Il est présidé par M. Jean-Luc Enguehard [5] et intègre à la fois des acteurs de la banque de détail, de la gestion d’actifs et de l’enseignement supérieur.

L’ESMA se penche aujourd’hui sur le sujet de la vérification des connaissances

Dans le cadre de la directive MIF2, l’ESMA [6] est aujourd’hui amenée à définir une ligne directrice sur l’évaluation des connaissances des collaborateurs des PSI. L’objectif est que les PSI puissent s’assurer et aussi démontrer aux autorités compétentes que les personnes qui donnent des informations ou des conseils sur les instruments financiers ont les compétences nécessaires à leurs missions. L’ESMA a donc lancé le 23 avril 2015 une consultation sur le sujet avec une date limite de réponse fixée au 10 juillet 2015. Elle a reçu 80 réponses émanant de professionnels de la finance et de la formation. Les questions portaient sur l’intérêt de la démarche, mais aussi sur des points très pratiques comme l’ancienneté professionnelle nécessaire pour bénéficier d’une clause de grand-père, la différence de niveau de connaissances nécessaires entre la personne donnant une information et celle dispensant un conseil, ou encore le coût éventuel de la mise en place d’un tel dispositif. Les Guidelines devront être publiées au plus tard le 3 janvier 2016.

Le système français de certification a largement anticipé ces réflexions. L’AMF avait en effet considéré que MIF1 conduisait déjà à s’intéresser au sujet, afin d’apporter aux épargnants les meilleures garanties quant à la prise en compte de leurs intérêts. La mise en place d’un cadre européen ne fait que renforcer la valeur du dispositif existant. Elle permettra peut-être aussi de développer un système d’équivalence avec les autres états européens si ceux-ci décident de mettre en place des dispositifs similaires.

Les pistes de réflexion sur l’évolution du dispositif

Le dispositif n’est pas figé et le Haut Conseil certificateur de Place étudie régulièrement des pistes d’évolution. Par exemple, le dispositif repose aujourd’hui sur deux systèmes de vérification des connaissances. Le système interne aux établissements est relativement plus souple mais il n’est valable qu’au sein d’un même groupe bancaire. Ainsi, d’après le questionnaire annuel complété par les responsables de conformité de PSI [7] , plus de 6500 salariés de prestataires de services d’investissement auraient été certifiés en 2014.

Le dispositif d’examen, dit « externe », est plus contraignant mais il constitue un sésame pour entrer dans n’importe quel établissement. Le développement important de l’examen certifié dans les formations initiales amènera les professionnels à recruter de plus en plus de jeunes diplômés avec leur certification AMF en poche. Il faudra peut-être un jour s’interroger sur l’utilité du maintien des deux systèmes.

Autre piste d’évolution : le dispositif s’applique aujourd’hui aux seuls prestataires de services d’investissement. Or ceux-ci ne sont pas seuls à conseiller et à distribuer des instruments financiers. La question se pose d’un élargissement aux autres populations et des adaptations nécessaires.

Enfin, l’ESMA dans son projet de ligne directrice s’interroge sur la révision périodique du niveau de connaissances. Or, aujourd’hui, la réussite à un examen certifié est considérée comme acquise ad vitam aeternam. Même si le règlement général de l’AMF précise que « le prestataire de services d'investissement s'assure que les personnes physiques placées sous son autorité ou agissant pour son compte disposent des qualifications et de l'expertise appropriées ainsi que d'un niveau de connaissances suffisant  [8] », il y aura probablement à mener une réflexion sur une éventuelle périodicité dans la vérification des connaissances.

Un élément fédérateur et valorisant

En conclusion, le dispositif de certification impacte aujourd’hui une partie importante de la population bancaire, mais aussi des étudiants futurs collaborateurs des banques. S’il a généré lors de sa mise en place certaines réticences, il est aujourd’hui considéré par les PSI comme un élément fédérateur et valorisant pour les collaborateurs.

Le système est loin d’être figé. L’AMF prendra en compte les futures contraintes européennes et, plus globalement, continuera de  s’appuyer sur le Haut conseil certificateur de Place et les consultations régulières des associations professionnelles, pour veiller à son adaptation permanente au contexte professionnel.

1 Président du conseil de surveillance d'Oddo & Cie. 2 Cf. François Laffond et Florence Le Texier, « BTS Banque – Conseiller de clientèle – La nouvelle formule prête pour la rentrée 2014 », Revue Banque n° 775, septembre 2014. 3 La directive « Alternative Investment Fund Managers » vise à réguler les gestionnaires de fonds de gestion alternative, de  fonds de private equity, de fonds immobiliers, et d’OPCVM non coordonnés à vocation générale. 4 http://www.amf-france.org/Acteurs-et-produits/Prestataires-financiers/Certification-professionnelle.html. 5 Membre du collège de l'AMF.

6 European Securities and Markets Authority. 7 Hors sociétés de gestion de portefeuille. 8 Article 313-7-1 du Règlement général de l’AMF.

À retrouver dans la revue
Revue Banque Nº788
Notes :
1 Président du conseil de surveillance d'Oddo & Cie.
2 Cf. François Laffond et Florence Le Texier, « BTS Banque – Conseiller de clientèle – La nouvelle formule prête pour la rentrée 2014 », Revue Banque n° 775, septembre 2014.
3 La directive « Alternative Investment Fund Managers » vise à réguler les gestionnaires de fonds de gestion alternative, de  fonds de private equity, de fonds immobiliers, et d’OPCVM non coordonnés à vocation générale.
4 http://www.amf-france.org/Acteurs-et-produits/Prestataires-financiers/Certification-professionnelle.html.
5 Membre du collège de l'AMF.
6 European Securities and Markets Authority.
7 Hors sociétés de gestion de portefeuille.
8 Article 313-7-1 du Règlement général de l’AMF.