Une retraite suffisante pour vivre et s’assumer après une vie de travail ? Rien n’est moins sûr aujourd’hui. Et demain ? En 2010, 43 % des pensions liquidées au régime général sont portées au minimum contributif soit 596 euros mensuels (45 % des commerçants, 38 % des artisans, 73 % des salariés agricoles). Ces retraités n’ont pas les moyens d’assumer leurs besoins, sans compter les risques majeurs auxquels ils vont, comme nous tous, être confrontés à courte échéance.
Les cinq risques de la retraite
Il ne s’agit pas de statistiques comparatives du montant des pensions par profession ou CSP, mais bien de budget nominal pour faire face à des besoins mais aussi à des risques dont les paramètres classiques sont tous en train d’exploser.
Percevoir un revenu jusqu’à la fin de sa vie ou risque de longévité : actuellement, l’espérance de vie gagne environ 3 mois par année ; 20 000 centenaires sont dénombrés aujourd’hui, 140 000 sont projetés pour 2050 par l’
Préserver un niveau de vie ou risque de pouvoir d’achat : le financement de notre système de protection sociale dont la retraite constitue le tiers des dépenses est bouclé grâce à la dette. En période de récession (et ici de déflation), le risque de voir le niveau réel de pension amputé d’une année sur l’autre est celui de la double peine pour le retraité : d’une part, avec la faible revalorisation des points de service de la rente (baisse de pouvoir d’achat réel notamment au regard de l’inflation) et d’autre part, avec la hausse de la fiscalisation de sa pension (par exemple, à partir du 1er avril 2013, la
S’assumer financièrement quel que soit son état ou risque de dépendance : si l’espérance de vie augmente, le taux de morbidité à 65 ans augmente aussi, notamment chez les femmes qui se trouvent en moins bonne santé que les
Faire face à un imprévu ou risque de liquidité: comment se procurer du cash durant la retraite lorsqu’une situation d’urgence l’exige ? La seule réponse est l’épargne de précaution ; la solution la plus adaptée est celle de l’épargne du 2e pilier, constituée dans le cadre professionnel, et bénéficiant d’exonérations fiscales et sociales. Après la liquidation de la retraite des régimes obligatoires, les Perco comme les articles 83 ne sont pas systématiquement liquidés : chaque bénéficiaire décide du moment, du montant (total, partiel, dégressif…), de la périodicité éventuelle et des conditions de sortie parmi celles que proposent l’accord négocié de son plan et son assureur. Cette épargne peut être maintenue dans les plans jusqu’à un âge avancé (l’âge limite de conversion en rente viagère va de 75 à 99 ans selon les assureurs) et ad vitam pour la sortie en capital du Perco. Ainsi, en franchise d’impôt (hors
Transmettre l’épargne capitalisée grâce à son travail ou risque de transmission: lors de son décès, qu’advient-il des droits à la retraite acquis durant l’activité du bénéficiaire ? En l’état des dispositifs, s’il s’agit d’une rente à verser ou en cours, la réversion de pension est acquise pour le conjoint mais à un taux et conditions de partage avec les ex-conjoints fixes, et soumise à des conditions d’âge et de plafond de ressources pour le régime de base. Pour les régimes complémentaires (AGIRC/ARRCO), la réversion est de fait sans ces conditions. Pour les régimes supplémentaires (2e pilier), la situation diffère par contrat, selon que le décès survient avant ou après la liquidation du plan en question. S’il survient avant la liquidation du Perco, le capital est intégré à la succession ; si le décès survient après la liquidation, l’accord a pu prévoir une rente de réversion en faveur d’un bénéficiaire désigné. Si le décès intervient avant la liquidation de l’article 83, le capital revient au bénéficiaire désigné du contrat et est exonéré de droit de succession ; s’il survient post-liquidation, l’accord a pu prévoir une réversion mais uniquement en faveur du conjoint. Pour les Perp, le capital donne lieu au versement d’une rente au bénéficiaire désigné ou une rente d’éducation aux enfants de moins de 25 ans. Comme on peut le voir, les règles sont variées ; sans évoquer celles des autres formes d’épargne (3e pilier) que sont l’épargne réglementée, les PEA, les OPCVM ou l’assurance vie ; à condition d’avoir souscrit à l’une de ces solutions.
A besoin social, réponse sociale : l’épargne retraite pour tous
Quelles que soient les réflexions sur l’évolution de notre régime de retraite, de simples modifications paramétriques (solutions actuelles) ou une réforme systémique avec un régime notionnel ou à points, l’état actuel du service de la rente et la mesure des besoins de plus de la moitié des retraités ne sont pas superposables.
Les ressources supplémentaires ne peuvent provenir que d’une épargne personnelle régulière et dans la durée, qu’elle soit volontaire ou obligatoire dans un cadre professionnel négocié et ce, il n’y a pas de miracle, grâce à une fiscalité incitative.
Encore faut-il qu’à la liquidation l’épargne accumulée sur le long terme ait permis de dégager des plus-values ! Avec les actifs cantonnés de nombreux produits et des allocations d’actifs traditionnellement riches en obligations d’État, la rentabilité actuelle n’est pas au rendez-vous et cela ne date pas d’aujourd’hui : une étude du Trésor, avant la crise, sur la période 1979-2001, montrait que si les épargnants français avaient alloué leur épargne de la même façon que les ménages américains, le rendement eût été supérieur de 40 %…
L’État, assureur tout risque
Car si le
Financer la 3e révolution industrielle
Depuis ces dernières années de récession, les générations Y commencent à vivre les limites de cette conception sociale bien française avec une dégradation de leur accès à un job, notamment en CDI, et pour corollaire des difficultés pour couvrir des soins médicaux basiques. La confiance dans l’État et les politiques est désormais entamée. Mais ce qui les attend demain est bien pire : compte tenu du ratio de dépendance de 1,9, ils devront travailler et créer de la richesse pour 3 : 2 inactifs et eux-mêmes !
Aussi, notre pays a besoin de sortir de la spirale de déclin, notamment industriel, dans lequel il est engagé pour redonner espoir et visibilité. Les vecteurs de croissance et d’emplois pourraient bien venir des investissements dans des ETI de nouvelle génération, orientés vers des produits et services à haute valeur ajoutée, conditionnés par une forte maîtrise des processus d’innovation, des technologies en systèmes d’information et de télécommunications ; c’est-à-dire la 3e révolution industrielle.
Notre pays doit surinvestir pour rattraper son gap de compétitivité, face à une concurrence de pays voisins ou émergents dont la production monte en gamme. Financer de nouveaux segments de croissance à forte valeur ajoutée implique d’abord de déterminer si le système financier est en capacité de le faire au plan des critères :
- de ressources stables dans la durée ;
- de solvabilité et donc de régulation ;
- de prise de risques par rapport à des projets d'investissements très innovants et donc présentant un niveau élevé de volatilité de leurs cash flow, et ce dans un contexte de crise monétaire dont les causes ne sont pas traitées.
La France n’a pas une économie de fonds propres
Aux États-Unis, on le sait, au moins les deux tiers du financement sont assurés par le marché financier. C’est une économie de fonds propres, avec un système bancaire peu enclin à se soumettre aux contraintes de Bâle III. Le ferait-il que les conséquences sur le financement de l'économie américaine seraient faibles, du moins par rapport à celles qui vont pénaliser le système bancaire européen, dont on dit d'ailleurs, pour justifier le renforcement de la régulation, que son exposition aux risques est de 500 fois ses fonds propres, contre 100 fois pour les
Ce n'est donc pas un hasard si, au sein des encours des fonds de pension au plan mondial, soit environ 30 000 milliards de dollars, les États-Unis pèsent un poids important avec quelque 56,6 % de ce montant, et un flux régulier assurant avec les mutual funds une bonne diversification du financement de l'économie. Début 2013, les actifs des fonds de pension aux États-Unis sont investis à 47,3 % en actions, 32,9 % en obligations, 18,6 % en autres actifs, en particulier en classes d'actifs alternatives au sein desquelles figurent du non-coté et des
Le rôle des banques et leurs limites
Par nature, les banques font de la transformation (avec un ratio crédit/dépôts de 120 % en France), ce qui limite leurs concours et oriente ceux-ci vers du financement de bas de bilan des entreprises (trésorerie) ou d'investissements à moyen terme dont les
Dans ce contexte, les questions de doctrine, qui ont agité récemment, par voie de presse, certains responsables politiques concernant le rôle de la
Les assureurs contraints par Solvabilité 2
Quant aux assureurs, qui ont très bien fait valoir leurs arguments dans le cadre du Rapport Berger-Lefebvre, leur rôle générique est de couvrir, voire de lisser des risques dont les amplitudes sont de plus en plus fortes. Les inciter, du fait de leur fonction de collecte d'épargne, à un rôle d'intermédiation financière pour pallier celui des banques, se heurte à la contrainte de Solvabilité 2 qui n'est pas sans justification. Dès lors que les encours d'assurance vie ne sont pas « tunnélisés » comme le sont les produits d'épargne retraite – puisque les contrats d'assurance vie sont rachetables, d'où leur durée moyenne de 10 ans –, s'interroger pour savoir ce qu'il advient en cas de choc sur les marchés financiers est judicieux.
Là encore, le fonds de pension présente un avantage certain, car ce n'est pas un contrat juridique, mais un accord paritaire : c'est à la gouvernance du fonds où siègent les représentants de l'entreprise sponsor, des salariés, voire des retraités comme aux Pays-Bas, que reviennent les décisions concertées d'arbitrage dans la perspective d'une solidarité transgénérationnelle. L'horizon de décision s'inscrit dans le temps long et dans ce qui sera utile aux différentes générations. N'en déplaise aux détracteurs, ce sont les fonds de pension qui ont les premiers agi pour des règles de bonne gouvernance au sein des entreprises, qui ont défini les critères de l'ISR, qui souvent aux États-Unis ont encouragé les starts-up, à commencer par la Silicon Valley à la fin des années 1990.
L’assurance vie est-elle réellement de l’épargne long terme ?
Au plan mondial, le poids des fonds de pension par rapport au PIB est variable, mais il représente en moyenne 78 %. Il n'est donc pas étonnant que dans les pays qui favorisent leur développement, en complément d'un premier pilier de répartition (ce qui est majoritairement le cas, y compris aux États-Unis), le financement du non-coté et des infrastructures soit mieux assuré. Lorsque les encours gérés sont très importants, consacrer 5 ou 10 % à des actifs plus risqués sur un horizon de 20 à 30 ans ne pose pas de difficultés au gérant. Ce risque est lissé dans la durée et ce d'autant mieux que le fonds bénéficie d'un flux régulier de versements. De plus, les techniques d'ALM, notamment dynamiques, améliorent considérablement la maîtrise du risque. Bref, financer des projets à risque est possible dans une grille d'allocation d'actifs diversifiés, et ce d'autant plus si les encours du fonds sont très importants.
En réalité, l'horizon de gestion d'un fond de pension est encore plus long : entre 30 et 40 ans pour la phase de constitution de capital et entre 20 et 30 ans pour la phase de versement des rentes, soit entre 50 et 70 ans de durée de gestion et plus encore lorsque le fonds accueille de nouveaux cotisants ! Qui dit mieux ? Pourquoi se priver d'un tel véhicule d'investissement ? Imaginons que la France dispose de véhicules similaires, portant 78 % du PIB – environ 1 550 milliards d’euros ce qui équivaut à l’encours actuel de l’assurance vie dont 15 % seulement, soit 235 milliards d’euros, sont investis en unités de compte… –, cela changerait la donne, en particulier pour les PME et les ETI, y compris pour la mise en œuvre d'un PEA PME, car l'on aurait créé ainsi, de fait, un vrai marché financier du long terme. Et nous serions loin des 20 milliards annuels du rapport Berger-Lefebvre…
Reste que l'on pourrait flécher une part des encours de l'assurance vie vers des fonds de pension. Mais les assureurs veulent-ils réellement développer l'épargne retraite ? Qu'ont-ils à y gagner en l'état ? Le Rapport Berger-Lefebvre, qui d'ailleurs ne répond pas à la question d'une épargne de long terme pour relancer la compétitivité de l'économie, n'est que le reflet des ambiguïtés qui pèsent sur le devenir de l'assurance vie : trop populaire pour être remaniée en profondeur, sauf à prendre des risques électoraux, trop essentielle en l'état actuel pour la dette de l'État, trop nécessaire aux assureurs dans ces temps de vaches maigres... On comprend mieux que ce Rapport parlementaire, qui a dû être longuement discuté à Bercy, est un coup pour rien ! 85 % de l'assurance vie est placé dans des fonds euros ! Le contrat « euro croissance » pourrait faire sourire si la situation n'était pas si critique.
Un cercle vertueux
Pour conclure, la réponse au besoin social d’une épargne retraite supplémentaire pour tous est la capitalisation d’une épargne régulière collectée dans la durée ; la réponse au besoin économique de financement de la 3e Révolution industrielle est l’épargne longue, celle qui manque à la palette de l’intermédiation financière française ; et s’il y avait un rapport vertueux entre ces deux propositions ?