Bénéficiant d'une réduction drastique des taux d'intérêt réels après l'union monétaire, le taux d'endettement des ménages et des entreprises espagnoles – largement intermédié par le système bancaire local lui-même s'endettant auprès d'investisseurs nationaux – avait progressé très rapidement, engendrant en particulier une élévation des prix immobiliers qui s'est vite révélée totalement non soutenable après la « grande récession » de 2008. Les superviseurs locaux ont nié l'évidence de la détérioration profonde des banques espagnoles jusqu'à l'été 2012, lançant des programmes de concentration – en particulier dans le secteur des Cajas, les plus faibles étant absorbées par les plus fortes – assortis d'une recapitalisation publique insuffisante (au cours de ses deux premières années d'existence le FROB, le véhicule de recapitalisation de l'État, n'avait dépensé que 17 milliards d'euros). Même les stress-tests de 2009, 2010 et 2011 sous l'égide de l'EBA, en principe harmonisés au niveau européen mais dont la conduite effective restait la prérogative des superviseurs nationaux, continuaient à donner une image idéalisée du système bancaire. En définitive, ayant perdu la confiance du marché, l'Espagne fut forcée de demander l'appui du MES pour financer la recapitalisation de ses banques en 2012. Quatre ans plus tôt, alors que la dette publique était encore faible et que l'Espagne bénéficiait d'un accès aisé au marché, ce pays aurait pu recapitaliser sur ses ressources propres et s'épargner les effets toxiques sur la croissance d'une incertitude majeure sur sa situation financière.