Il est pour le moins paradoxal de considérer le capital-investissement comme un financement alternatif, quand il correspond en réalité à une injection de capitaux propres sept fois supérieure à ce que la Bourse apporte aux PME. Le capital-investissement est en effet un acteur majeur du financement des entreprises, et tout particulièrement des PME. Sa vocation sociale est de permettre la concrétisation de projets portés par des entrepreneurs n’ayant pas le patrimoine nécessaire, qu’il s’agisse de création, de développement ou de transmission. C’est un véritable partenaire qui soutient et stimule, non seulement en injectant des capitaux propres, mais également et surtout en apportant des conseils qui s’appuient sur une expérience de terrain développée au fil des années dans l’accompagnement de projets de croissance.
Un investissement de proximité et de long terme
Quelques chiffres pour mesurer le poids en France de cette jeune industrie qui s’est construite au cours des 25 dernières années, et qui est aujourd’hui la première de sa catégorie en Europe continentale, représentant près de 20 % du marché mondial en nombre d’entreprises accompagnées.
L’an passé, les acteurs français du capital-investissement ont apporté 9,7 milliards d’euros dans près de 1 700 entreprises ; à titre de comparaison, il y a eu en 2011 seulement 22 introductions en Bourse. Cette irrigation des PME/ETI françaises est le signe d’une très grande capillarité entre l’entrepreneuriat et les apporteurs en fonds propres, unique en Europe.
Le capital-investissement est un investissement de long terme, d’une durée moyenne de 5 ans, qui réinjecte massivement de l’argent dans les sociétés déjà soutenues. Au 1er semestre 2012, 68 % des investissements ont été des réinvestissements, preuve de l’engagement responsable de la profession, y compris au travers des cycles économiques et des crises.
Le capital-investissement est un investissement avisé, professionnel, qui permet de dégager de fortes performances économiques grâce à une implication de proximité. L’augmentation du chiffre d’affaires et des effectifs des PME financées par le capital-investissement sont respectivement de 9,8 % et de 3,5 % en 2010, à comparer respectivement à 3,2 % et de 1,9 % pour l’ensemble des PME en France.
Les effets contre-productifs de la réglementation
Les capitaux apportés par le capital-investissement sont surtout une ressource recherchée à l’heure où désormais 9 % des entreprises ont des fonds propres négatifs, alors que 25 % des entreprises ont saturé leur capacité d’endettement et qu’une partie considérable du solde n’investit plus faute de financement adéquat et sécurisant.
Dès lors, on devrait voir son rôle progresser compte tenu de la baisse envisagée et de la plus grande sélectivité de l’intermédiation bancaire et du crédit que va imposer la réglementation Bâle III. Les PME, ainsi que celles dont l’activité est la plus risquée, et dont le niveau de collatéral ne sera pas suffisant à garantir les prêts octroyés, seront à l’avenir encore plus concernées par la diminution de l’offre de crédit. Ces entreprises seront contraintes de chercher d’autres modes de financement en s’ouvrant aux investisseurs en fonds propres. Cependant, cette dynamique trouve vite une limite face aux exigences imposées par Bâle III aux banques qui investissent dans le non-coté.
À cela s’ajoutent les règles prudentielles européennes inscrites dans Solvabilité 2 qui touchent les assurances également soumises à des ratios de fonds propres renforcés. Des normes prudentielles contestables et contestées : la mesure du risque pour les investissements en capital-investissement dans Solvabilité 2 est inexacte, l’AFIC le démontre au travers de propositions de révisions de la norme.
Un épuisement dramatique des réserves d’investissement
Mais pour l’heure et faute d’évolution réglementaire à court terme, le capital-investissement européen souffre d’un déficit criant de fonds collectés. Les chiffres sont explicites. En France, l’apport des banques et des assurances y a été divisé par 2,5 par rapport à 2008. Ce 1er semestre 2012, les banques ne totalisent plus que 13,5 % de la collecte et les assurances 6,9 % contre plus de 40 % globalement en 2008.
La baisse de la collecte s’étend désormais à toutes les autres catégories d’investisseurs, y compris les étrangers dont la proportion a brutalement chuté. Alors qu’ils progressaient fortement et dominaient en 2011, couvrant 52 % des apports en 2011, ils ne totalisent plus que 27 % des fonds levés au 1er semestre 2012, plongés dans l’attentisme généré par la période électorale en France et par l’incertitude sur les évolutions fiscales, et tétanisés par les conséquences potentielles de la crise de la zone euro.
Quant aux particuliers, le faible niveau de la collecte ISF du 1er semestre, largement insuffisant, auquel s’ajoutent à court terme les craintes sur la levée IR à venir sont la matérialisation des coups de rabot successifs qu’ont subis les FIP et les FCPI, dont l’avantage fiscal est une condition clé pour motiver des investisseurs privés de s’orienter vers des actifs illiquides, à risque, et donc au revenu incertain.
Ainsi, au total, au cours du 1er semestre 2012, les capitaux levés (1,8 milliard d’euros) représentent seulement 28 % du montant total collecté sur l’ensemble de l’année 2011 (6,5 milliards d’euros), et moins de 20 % des investissements réalisés en 2011 ! Une situation très inquiétante.
Par effet de ricochet, sur le front des investissements, la situation se dégrade. Les montants investis dans les entreprises ont ainsi reculé de 47 % entre le 1er semestre 2012 et le 1er semestre 2011 à 2,3 milliards d’euros.
En conséquence, tous les métiers sont désormais touchés par l’épuisement dramatique des réserves de capital à investir, mesurée par l’écart entre les levées de fonds et les investissements. Les levées de fonds sont depuis 3 ans et demi systématiquement inférieures aux montants investis et le différentiel cumulé atteint près de 6 milliards à la fin juin 2012. Cette situation n’est pas tenable. Si rien n’est fait, ce n'est pas seulement une profession qui va s’étioler, mais in fine les entreprises qu’elle accompagne.
Une très bonne rentabilité à travers les cycles
Une bonne nouvelle toutefois dans cet horizon si sombre : malgré la contraction des investissements, le capital-investissement a continué de soutenir l’activité de 834 entreprises en France durant le 1er semestre 2012, plus que l'Angleterre ou l’Allemagne sur leur territoire en une année pleine. Et il existe encore une marge de progression. En effet, si la France se situe dans une moyenne européenne, le ratio capital-investissement rapporté au PIB sur une période récente y est bien inférieur (0,3 % en 2011) à celui enregistré au Royaume-Uni (1,1 % en 2011) et aux États-Unis (1,1 % en 2011).
Car sans le capital-investissement, qui joue un rôle positif auprès des entreprises dont il contribue à développer la valorisation, où trouver la rentabilité ? Rappelons en effet que sa performance à long terme mesurée à fin 2011 s’élève à +8,31 %, supérieure à celle des autres marchés d’Europe continentale (Allemagne, Italie, Espagne). Bien supérieure au rendement des autres classes d’actifs financiers, dont les actions cotées. Sur 10 ans, le TRI (taux de rendement interne) atteint +8,5%, alors que le
Encore faut-il avoir les moyens d’apporter cette rentabilité et de disposer des ressources nécessaires en amont.
Les propositions de l’AFIC pour continuer l’apport en capital aux entreprises
Alors qu’il y a une impérieuse nécessité de réalimenter les PME en capital, il y a actuellement une incohérence entre l’abondance de l’épargne disponible en France et la faiblesse de son allocation dans le système productif, y compris dans le capital-investissement. Trois propositions essentielles ont été formulées par l’AFIC pour desserrer l’étau et redonner de l’oxygène à un métier crucial à la croissance de l’économie réelle.
Première proposition : la pérennisation du statut des FIP et des FCPI, incluant le maintien des plafonds d’allocation et des avantages fiscaux à la souscription et à l’échéance, contreparties indispensables à la durée d’immobilisation du placement et à son rendement potentiel. Les particuliers qui investissent dans ces véhicules apportent une part significative, bien que décroissante (64 % en 2010, 41 % en 2011), des ressources gérées par le capital-risque. Assécher cette source serait catastrophique pour les entreprises innovantes et régionales.
Deuxième proposition : l’orientation vers le capital-investissement de l’épargne collectée au titre des livrets et non affectée au logement social. Seulement 5 % de cette collecte, étalés sur 3 ans, alloués vers le capital des PME, permettraient de combler une partie des manques actuels, sans changer les équilibres financiers pour l’État, ni sérieusement créer de risque de conversion supplémentaire pour les établissements collecteurs, qui en pratique empilent déjà ces ressources en accordant des prêts à long terme.
Troisième proposition : la mise en place d’un fonds de garantie mutuelle pour les institutionnels pour réduire la contrainte de fonds propres des établissements soumis aux règles de solvabilité (assureurs et banques), auprès duquel pourraient s’assurer les investisseurs institutionnels, et qui plafonnerait la perte potentielle encourue dans le non-coté.
Espérons que nous serons entendus sur ces trois points. La situation est désormais extrêmement critique, pour un canal de financement de l’économie qui a patiemment été construit depuis 25 ans, a démontré son efficacité et est en danger d’effondrement.