Le 6 août 2018, lors de l'annonce de ses résultats semestriels, la banque britannique HSBC annonçait le changement de rattachement juridique ou le rachat des activités de deux filiales et sept succursales européennes, dans un « contexte d’évolution politique et réglementaire en Europe ». L’acquisition des actifs et des passifs de ces activités devait être effective durant le premier trimestre 2019. Pourquoi ce choix ? Comment le transfert de ces activités d'un pays à l'autre a-t-il été pensé ? Quels sont les développements prévus en fonction des événements à venir ? Les explications de François Goberville, Chief Operating Officer (COO) pour la Banque de Financement, d'Investissement et de Marchés chez HSBC France.
Que signifie exactement le Brexit, dans le monde bancaire et chez HSBC ?
La décision du Royaume-Uni de quitter l’Union européenne (UE) a signé l’arrivée d’une nouvelle ère, mais elle a généré nombre de défis et d’incertitudes. Ce manque de visibilité est pour les banques un énorme défi, car il s’agit bien de mettre en place un nouveau cadre d’affaires, réglementaire et économique, auquel elles auront l’obligation de se conformer à partir du moment où l’accord sur le Brexit sera acté par les différentes parties prenantes.
La réglementation européenne et les accords qui existent actuellement avec le Royaume-Uni permettent aux clients de tous les pays européens d’être servis par une banque localisée au Royaume-Uni, grâce au « passeport financier européen ». Parmi les différents scénarios envisagés, cette possibilité se trouverait réduite ou annihilée en cas de réalisation d’un « Hard Brexit », sans accord de transition. Les clients européens feraient dans cette éventualité le choix de se tourner vers une banque localisée et réglementée au sein de l’UE.
Dans ce contexte, le rôle de toute banque, dont HSBC, consiste à revoir l’organisation de chacune de ses activités dans le but de pouvoir continuer d’accueillir les clients européens concernés, afin de leur offrir les mêmes services, produits et activités, dont ils bénéficiaient auparavant, sans interruption.
En quoi le plan de contingence d'HSBC consiste-t-il ?
Nous parlons plutôt d’un plan de développement, puisqu’il s’agit pour HSBC France d’une opportunité importante au sein de l’Europe. HSBC France est la première banque internationale en France, et l’entité du groupe HSBC la plus importante en Europe continentale avec plus de 8 000 collaborateurs.
Nous proposons en France tous les métiers du groupe et une large gamme de produits que nous sommes en train de compléter d’ici le 29 mars 2019. HSBC France avait déjà été identifiée, dès l’évocation d’un possible Brexit, comme la banque qualifiée pour reprendre les activités des clients européens suivis jusqu’à présent depuis le Royaume-Uni.
Nous avons donc annoncé en août dernier le rattachement à HSBC France de neuf filiales et succursales européennes, comme la Pologne, l’Irlande, le Luxembourg ou l’Espagne par exemple. Cette évolution nous permettra de consolider notre offre paneuropéenne en banque de financement, d’investissement et de marchés, et en banque d’entreprises pour tous les clients européens du groupe HSBC.
À partir de quel scénario le plan de développement a-t-il été construit ?
HSBC est la plus grosse banque européenne par capitalisation, implantée sur 34 marchés. Elle sert dans la région près de 7 000 multinationales.
Nous avons dès le départ envisagé un certain nombre de scénarios, qui incluaient aussi l’éventualité d’un « Hard Brexit » sans période de transition, puisque les incertitudes entourant l’issue des négociations amènent les différentes parties prenantes à se préparer à toute éventualité. Cette stratégie doit nous permettre d’être en mesure d’accueillir les clients européens du Groupe HSBC avant mars 2019, et de répondre à leurs besoins, quel que soit le scénario final. Nos clients potentiellement concernés ont été identifiés et informés très tôt de manière proactive afin de minimiser l’impact du Brexit pour leur propre organisation. Ils seront, après la mise en place de l’accord, les seuls à décider de la banque avec laquelle ils souhaitent opérer.
Cette approche prudente, au-delà d’une offre enrichie, devrait permettre également d’offrir aux clients une migration plus souple, adaptée à leur propre scénario, si une période de transition était décidée par les parties prenantes.
Comment le modèle bancaire transfrontalier d’HSBC a-t-il été adapté pour les activités directement impactées par le Brexit ?
HSBC France est une banque de plein exercice en France, qui est déjà totalement intégrée dans le réseau global du Groupe HSBC. Le groupe a pu rapidement mobiliser des équipes qui ont développé, en France, un mode opératoire identique à ce qui existait au Royaume-Uni, et que nous avons décliné sur les activités concernées, qui étaient déjà disponibles en France, Trading fixed income et actions ou couvertures de change par exemple.
Notre gamme de produits et d’expertises a ainsi été étendue ou améliorée dans de nombreux domaines : des services et produits de financements Import/Export élargis et innovants, plus de devises et plus de services sur les produits de cash management – pooling notionnel ou cartes corporate, par exemple.
Nous allons également utiliser nos futures filiales irlandaises et luxembourgeoises pour développer les activités de conservation de titres de HSBC Securities Services (HSS), destinées à tous nos clients européens.
Enfin, HSBC France devient aussi le principal compensateur (clearing) EURO pour tout le groupe HSBC et ses clients.
En Europe continentale, le groupe renforcera les capacités d’autres entités européennes, en Allemagne ou en Irlande par exemple, dans de nombreuses activités comme le Trade Finance, le cash pooling ou les gammes de devises.
Quels sont les risques et les opportunités liés à cette nouvelle organisation ?
Il y a toujours des risques, lors de changements majeurs d’environnement comme celui que nous expérimentons, avec toutes les incertitudes que cela comporte.
Le Brexit comporte de nombreux enjeux économiques, mais aussi réglementaires ou juridiques. Nous avons investi massivement, dans les plateformes informatiques, ou la modélisation des risques, afin d’assurer le continuum de nos activités et de nos procédures, en accord avec nos propres règles internes et en conformité avec les exigences des différents régulateurs nationaux et européens, avec lesquels nous travaillons en étroite collaboration dans le cadre de ce projet en particulier.
Ce projet de développement a été l’occasion d’accompagner au mieux nos clients mais aussi d’améliorer l’expérience client dans son ensemble. Au-delà de la multiplication des offres et services, les clients bénéficieront d’interfaces digitales plus homogènes et plus ergonomiques, dans les différents marchés dans lesquels ils opèrent.
Comment cette organisation est-elle appelée à évoluer en fonction des événements à venir ?
Après la mise en place du nouvel ensemble, notre ambition est de renforcer notre présence en Europe, une région stratégique pour le groupe HSBC et qui représente 25 % du PIB mondial.
L’UE est à la fois le bloc commercial le plus important au monde, le plus grand exportateur de biens et de services manufacturés à l’échelle internationale et constitue le plus gros marché à l’exportation pour 80 pays. Trois indicateurs qui montrent l’énorme opportunité commerciale que représente l’Europe pour notre groupe.
Ainsi combinées, ces trois dimensions nous permettent de connecter nos clients en Europe à la quasi-totalité des flux générés par le commerce mondial et d’accroître la contribution de l’Europe au groupe et réciproquement.