Intermédiation

Bpifrance, un maillon essentiel entre marchés financiers et entreprises

Créé le

12.11.2020

Comment orienter les marchés financiers vers l’investissement productif des entreprises ? Pour répondre à cette question cruciale dans le contexte du plan de relance, l’auteur met en perspective l’environnement actuel et développe des solutions, portées par Bpifrance, en lien avec les marchés de capitaux.

Les mesures de confinement mises en place en réponse à la pandémie de Covid-19 ont conduit à une chute brutale de l’activité économique dont l’ampleur et la rapidité excèdent toutes les récessions intervenues depuis la Seconde Guerre mondiale.

La crise de la Covid-19 : un choc inédit sur l’économie, des réponses historiques des Pouvoirs publics

Ce choc, fortement différencié selon les secteurs, est inédit par sa nature, à la fois d’offre et de demande, puisqu’il affecte conjointement, l’offre de biens et services, en lien avec le ralentissement d’activité imposé à nombre d’entreprises par les mesures de prophylaxie, et la demande, avec un repli marqué de la consommation à très court terme et les conséquences à moyen terme du choc sur le revenu des ménages. Pour endiguer les effets du choc économique, les autorités publiques ont rapidement déployé un vaste arsenal de mesures d’urgence (budgétaires, monétaires et prudentielles), visant prioritairement à protéger les revenus des ménages et la trésorerie des entreprises afin de préserver le potentiel de production et d’assurer les conditions d’un redémarrage rapide de l’économie à l’issue de la crise sanitaire.

Du côté des ménages, l’impact sur le marché du travail des chutes d’activité a été amorti grâce aux dispositifs d’urgence (chômage partiel, fonds de solidarité pour les indépendants, aide exceptionnelle aux familles les plus modestes) et par un recours accru au télétravail. Il en est résulté une hausse modérée du taux de chômage en Europe et un quasi-maintien du revenu des salariés. Cette protection efficace des revenus dans une situation de dépenses contraintes pendant le confinement a conduit à une hausse du taux d’épargne, qui a atteint 24 % au premier semestre contre 15 % en moyenne en 2019. À fin juin, cette épargne contrainte additionnelle s’élève à 62 milliards en France [1] , mais masque des situations très hétérogènes au sein de la population. Un enjeu de la politique économique est que cette épargne forcée ne se transforme pas en épargne de précaution, mais soit un facteur de soutien à la reprise à travers la consommation et sa mobilisation vers le financement de la relance.

Les entreprises face à un double risque à terme

Du côté des entreprises, les Pouvoirs publics ont mis en œuvre des dispositifs de soutien ayant pour but de soulager la trésorerie (reports de cotisations, prêt garanti par l’État) et les coûts (activité partielle, fonds de solidarité, exonération de cotisations sociales). Pour pallier leurs besoins de trésorerie, les PME ont ainsi massivement mobilisé les dispositifs de soutien public : 90 % des PME ont eu recours à au moins un dispositif, 74 % à au moins deux et 49 % à au moins trois dispositifs [2] . Le prêt garanti par l’État (PGE), commercialisé par les banques et dont Bpifrance opère la garantie a ainsi été déployé rapidement et massivement, puisqu’à fin juin, soit moins de trois mois après son lancement, près de 540 000 entreprises pour un montant de 94 Md€ en avaient déjà bénéficié, touchant 475 000 TPE et près de 30 000 PME. À court terme, ces mesures ont permis d’améliorer la liquidité des entreprises et semblent avoir bien assuré leur objectif de pérennisation face au choc d’activité. À moyen et long et termes cependant, les entreprises françaises font face à un double risque : macroéconomique d’une part, pesant sur leur perspective de demande, et financier d’autre part, pesant sur leur solvabilité. Car au total, ce sont près de 150 milliards de dettes bancaires et fiscales que les entreprises ont accumulés depuis le début du confinement, représentant environ 25 % de la valeur ajoutée annuelle des TPE et PME. Et si une grande majorité des liquidités issues des PGE n’a pas été consommée mais utilisée comme réserve de précaution (un tiers des PME bénéficiaires déclarent ne pas y avoir encore touché), l’ampleur du choc reste malheureusement incertaine et sa résorption conditionnée par le rythme de la reprise de l’activité économique, en particulier pour les entreprises déjà fragiles en entrée de crise ou bien évoluant dans les secteurs les plus durement touchés.

Le secteur financier : un facteur de résilience qui participe plus de la solution que du problème

À rebours des grandes crises économiques récentes, un trait marquant de ce début de crise est la robustesse des marchés financiers et de l’intermédiation financière qui ont été un facteur de stabilité dans un environnement de forte incertitude pour l’économie réelle. En effet, depuis la forte correction boursière intervenue en février-mars en réaction à l’ampleur du choc initial, et une période de tension sur les conditions d’émission de dettes durant les premières semaines, les marchés financiers ont fonctionné de façon satisfaisante avec des niveaux de volatilité et de hausse des spreads de crédit globalement contenus.

Trois facteurs principaux ont contribué à cette résilience. D’une part, les pouvoirs publics à l’échelle internationale ont pris des mesures budgétaires exceptionnelles qui ont stabilisé les marchés et rassuré les investisseurs. D’autre part, l’assouplissement des politiques monétaires et la grande réactivité des principales banques centrales ont permis de réduire les tensions sur les marchés de capitaux et notamment sur celui de la dette des entreprises. En zone euro, la Banque centrale européenne (BCE) a adopté un nouveau programme d’achats de titres publics et privés (Pandemic Emergency Purchase Programme – PEPP) visant à maintenir des conditions de financement favorables dans l’ensemble de la zone. En complément, les programmes d’injection de liquidités (LTRO et TLTRO) et l’assouplissement des conditions de refinancement des banques commerciales auprès de l’Eurosystème ont permis le maintien de leur capacité de prêt à l’économie réelle. Enfin, les banques françaises ont abordé la crise dans une situation financière (niveau des fonds propres, situation de liquidité) nettement plus solide qu’en 2007-2008, tirant les bénéfices des réformes engagées dans le cadre international depuis 2009 et dans le contexte européen à la suite de la crise de la zone euro. Cette solidité, couplée à l’intervention de la BCE et de la Banque de France, leur a permis jusqu’à présent d’être un acteur clé de la solution – et non une origine du problème. Avec, sur le terrain, une écoute proactive des acteurs économiques, elles ont diffusé de la confiance, et font face efficacement au besoin de financement supplémentaire de l’économie.

À ce stade de la crise, les marchés financiers, appuyés par les banques centrales, ont donc bien fonctionné et ont en quelque sorte permis la transmission de la politique monétaire [3] . Mais en dehors des grandes entreprises et des banques qui ont un accès aisé aux instruments de marché, l’intermédiation par les réseaux bancaires de proximité reste la pierre angulaire du financement des TPE-PME-ETI du fait des avantages qu’il procure (efficacité coût, maillage du territoire, connaissance intime des entreprises). L’action de Bpifrance s’inscrit dans cette perspective.

Bpifrance à la manœuvre

Bpifrance cherche de manière systématique à fédérer les interventions privées, au premier plan desquelles celles des banques, au bénéfice des entreprises. Pour son activité de financement des investissements et du cycle d’exploitation, Bpifrance lève des ressources en procédant principalement à des émissions obligataires de moyen et long termes, à des refinancements interbancaires à court terme et à des opérations de refinancement auprès de la BCE. Forte de sa connaissance profonde des segments TPE-PME-ETI, de son expertise financière et de son fonctionnement en partenariat avec l’ensemble des banques commerciales, Bpifrance joue ainsi le rôle de courroie de transmission entre les marchés financiers et la politique monétaire d’une part et les besoins de financement des entreprises d’autre part.

Face à l’enjeu de l’investissement et de la transformation de l’économie française dans le cadre du plan de relance, ce rôle de tiers de confiance permet à Bpifrance de drainer l’épargne financière gérée par les investisseurs institutionnels vers le financement de l’investissement du tissu productif. Environ 390 investisseurs dans plus de 40 pays font aujourd’hui confiance à Bpifrance. Fin avril, au plus fort de la crise, Bpifrance a ainsi réalisé avec succès une émission obligataire de 1,5 milliard d’euros à 7 ans, « Covid-19 Response », dont le produit est intégralement fléché vers le financement de prêts dédiés au soutien des entreprises dont l’activité est affectée par la crise économique liée à la pandémie de la Covid-19. Cette émission thématique, première du genre sur le marché français tous segments confondus, a donné lieu à une forte demande de la part des investisseurs, en particulier ESG [4] . Dans le prolongement du plan de relance, Bpifrance et la Banque des Territoires ont par ailleurs lancé le déploiement d’un plan Climat commun 2020-2024 de près de 40 milliards d’euros, pour accélérer la transition environnementale des entreprises et des territoires, et contribuer ainsi à la relance économique. Sur le volet Entreprise, Bpifrance mobilisera environ 20 milliards d’euros sur la période, en utilisant largement sa capacité de refinancement sur les marchés financiers pour financer en particulier le doublement de l’activité de cofinancements dédiés aux énergies renouvelables (12,7 milliards d’euros) et des dispositifs de prêts (3,7 milliards d’euros) pour aider les entreprises à se décarboner via des actions d’amélioration de la performance environnementale (process industriels, efficacité énergétique des bâtiments, mobilité).

Dans l’environnement actuel de forte incertitude, il est enfin nécessaire de rappeler que la question de la confiance sera majeure pour la reprise de l’investissement des entreprises. Cette situation appelle, en complément d’une intermédiation bancaire efficace, le développement d’une palette complète et diversifiée d’instruments de financement. Bpifrance, dans son rôle d’acteur de place, accompagne et stimule cette évolution vers un système laissant plus de place au financement direct par les marchés de capitaux, à l’engagement des investisseurs institutionnels et aux financements alternatifs. C’est le sens du lancement du fonds Lac1 qui mobilise l’argent de grands investisseurs institutionnels francais et internationaux pour intervenir en actionnaire stable et actif au capital des grands groupes français. C’est le sens aussi du lancement du fond « Bpifrance Entreprises 1 » qui permet aux particuliers d’investir dans un portefeuille agrégé de plus de 1 500 entreprises, majoritairement françaises et non cotées, issues du portefeuille des fonds de capital-investissement partenaires de Bpifrance. Si le montant dédié, 95 millions d’euros, ne va pas changer l’économie de la classe d’actifs, c’est un pas de plus vers une démocratisation maîtrisée du capital investissement et vers la canalisation directe de l’épargne financière des ménages vers l’investissement productif.

  1. 1 OFCE, « Policy Brief 78 », 14 octobre 2020.
  2. 2 Bpifrance Le Lab, « 71e enquête de conjoncture semestrielle auprès des PME », juillet 2020.
  3. 3 Néanmoins, si ce décalage entre économie réelle et marchés financiers devait durer et surtout si l’activité économique tarde à se redresser avec de nouvelles vagues de contagion, on pourrait assister à un ajustement brutal des prix des actifs ou à des flambées périodiques de volatilité.
  4. 4 Environnement, social, gouvernance.

À retrouver dans la revue
Revue Banque Nº850bis
Notes :
1 OFCE, « Policy Brief 78 », 14 octobre 2020.
2 Bpifrance Le Lab, « 71e enquête de conjoncture semestrielle auprès des PME », juillet 2020.
3 Néanmoins, si ce décalage entre économie réelle et marchés financiers devait durer et surtout si l’activité économique tarde à se redresser avec de nouvelles vagues de contagion, on pourrait assister à un ajustement brutal des prix des actifs ou à des flambées périodiques de volatilité.
4 Environnement, social, gouvernance.