Bpifrance peut-il être considéré comme un fonds souverain ?
Un fonds souverain, selon une définition assez communément admise, est un portefeuille d’actifs géré directement ou indirectement par un gouvernement pour satisfaire des objectifs nationaux. Bpifrance entre clairement dans cette catégorie pour son activité d’investissement. Plus précisément, au-delà de cette définition globale, les fonds souverains peuvent avoir trois types d'objectifs :
- maximiser leurs revenus : il s'agit pour la plupart de grands fonds souverains issus de pays à fortes ressources naturelles, mais avec un risque d'épuisement à terme. Ces fonds souverains placent les réserves pour financer les charges futures et équilibrer les richesses entre générations ;
- stabiliser une économie, en essayant d’équilibrer les ressources budgétaires ou les réserves de change. Cela concerne les économies qui ont des excédents réguliers, mais qui peuvent être affectées par certaines évolutions comme, par exemple, la baisse du prix du pétrole ;
- soutenir le développement économique et l’accroissement de la productivité du pays à long terme, en investissant dans les infrastructures lourdes, les infrastructures sociales ou dans les entreprises.
Pour autant, Bpifrance a aussi des spécificités par rapport aux fonds souverains…
Nous affichons, en effet, certaines différences par rapport aux autres fonds souverains. Tout d’abord, Bpifrance investit principalement en France et dans une bien moindre mesure en Afrique, qui est une zone d’intérêt stratégique pour les PME françaises, alors que la plupart des fonds souverains investissent à l’étranger. Dans certains pays, au Koweït et en Arabie Saoudite par exemple, l’investissement dans l’économie nationale revient à une banque nationale de développement économique, institution distincte des fonds souverains du pays.
Autre différence, Bpifrance est un des plus gros investisseurs français, mais il détient parallèlement deux autres branches d’activité, la branche bancaire et celle d’assurance export, qui ne sont en général pas rattachées à une activité de fonds souverains. Il n’est pas interdit aux fonds souverains de faire des prêts – et une partie d’entre eux le font, mais sans être des banques. Bpifrance a un statut de banque supervisée par la BCE. Notre activité annuelle en prêts est de l’ordre de 13,6 milliards d’euros, un montant important comparé à nos investissements annuels en equity qui est de 2,4 milliards. Mais cela fait de nous un très gros investisseur sur le marché français et une banque plus petite, spécialisée dans les PME et ETI.
Bpifrance cumule ainsi les missions de fonds souverain et de banque de développement nationale, comme la banque de développement du Canada, ou la
Quelles sont les ressources de Bpifrance en tant que fonds souverain ?
Bpifrance a été capitalisé grâce aux apports d’actifs et de cash de ses deux actionnaires, la Caisse des Dépôts et l’État. Il nous revient de gérer ce patrimoine national de façon intelligente, pour être rentable et continuer à investir, ce qui suppose de faire tourner dans une certaine mesure notre portefeuille : nous avons ainsi cédé notre participation dans le groupe Accor, ou partiellement celle détenue dans Orange. Nous intervenons, comme d'autres acteurs, aux conditions de marché et n’avons pas de rôle de type subventionnel.
Par ailleurs, l'État ou la Caisse des Dépôts nous confie des mandats de gestion, par exemple pour gérer une partie des programmes d’investissement d’avenir (PIA) dont le Fonds national d’amorçage (fonds de fonds) et des fonds d’investissement directs thématiques de capital-risque.
Nous opérons également une partie de gestion pour compte de tiers privés, avec par exemple notre fonds Innobio dont les souscripteurs sont les neuf principaux laboratoires pharmaceutiques mondiaux, ou le fonds de fonds Averroès Finance, pour le développement du capital investissement en Afrique qui a su attirer des investisseurs privés étrangers dans lequel interviennent deux banques privées libanaises.
Mais nous ne pratiquons aucun effet de levier sur la partie investissement. Bpifrance n’emprunte pas pour son activité de fonds souverain, mais uniquement au titre du refinancement de ses activités de prêts.
Quelle est la stratégie d’investissement de Bpifrance ?
Nous investissons soit en direct dans les entreprises, selon des modalités très variées, soit en fonds de fonds, avec un objectif de développement de l’industrie du capital investissement. Nous investissons de façon minoritaire, et toujours aux côtés d'investisseurs privés.
Nous ciblons des secteurs qui ne sont pas suffisamment couverts par les investisseurs privés, comme les éco-technologies, le hardware en technologie de l’information ou la biotech. Nous avons ainsi une stratégie très active dans le domaine des entreprises innovantes, celles-ci représentant une part importante de notre portefeuille. Elles sont un vecteur majeur de la compétitivité de l’économie française, mais il s’agit d’un secteur plus risqué. Nous sommes également présents, sous forme de prêts et en equity, dans la transition énergétique, par exemple dans le domaine des LED, de la gestion intelligente des bâtiments ou des piles à combustible, mais aussi auprès des développeurs de projets d’énergie renouvelable. Cette activité a connu un grand essor en France et poursuit aujourd'hui son développement à l’international. Nous venons aussi d'investir dans le domaine des énergies marines aux côtés de DCNS. Enfin, nous avons aussi des stratégies sectorielles, dans le tourisme, les industries créatives, le secteur automobile, le nucléaire, par exemple.
L’annonce conjointe de Bpifrance et la Direction Générale de l’Armement (DGA) pour la création d’un fonds de 50 millions d'euros, géré par Bpifrance, destiné à investir dans les PME et ETI de défense, est significative d’une activité de fonds souverain.
Une de nos particularités est d'avoir un réseau de directions régionales dans toute la France, ainsi qu’un réseau de fonds partenaires en région. Bpifrance a ainsi un fort ancrage territorial et régional qui lui permet d'être proche des PME et ETI notamment familiales. Plus de la moitié de nos effectifs sont en région.
Autre spécificité, nos clients bancaires peuvent aussi être des clients en fonds propres. C’est une de nos forces de savoir accompagner un secteur avec les outils qui conviennent, equity, prêts ou garanties, selon les besoins des entrepreneurs. L'activité de Bpifrance Assurance Export crée dorénavant un axe fort sur le financement à l’international des entreprises. Nous avons également structuré une offre d’accompagnement stratégique, de mise en relation et de formation, pour les PME et les ETI pour leur permettre de grandir avec de l’argent, mais aussi avec les outils méthodologiques ad hoc.
Nous faisons jouer les synergies entre nos métiers et assurons un continuum de financement au sens large, en dette, equity, garantie ou autre et en accompagnement qui constitue dorénavant un métier à part entière de Bpifance.
Comment les entreprises accueillent-elles Bpifrance à leur capital ?
Les entreprises ne nous voient pas comme un fonds souverain, mais comme un outil français de développement, présent sur le long terme, ce qui les rassure. Les enquêtes d’opinion menées auprès de nos clients montrent un niveau de confiance et de recommandation très élevé, notamment de la part des entreprises dont nous sommes investisseurs. La présence de Bpifrance au capital d’une entreprise joue aussi un rôle de caution et permet d’attirer plus facilement des investisseurs privés.
D'autres entités en France peuvent-elles aussi être considérées comme des fonds souverains ?
La Caisse des Dépôts, qui est notre actionnaire à parité avec l’État (l’Agence des participations de l’État), est globalement un fonds souverain. Hormis ses activités de services comme la gestion des retraites, la grande majorité des activités de la Caisse se situe dans l'investissement. La Caisse des Dépôts est très principalement orientée sur les grandes infrastructures et infrastructures sociales, le logement. Son action est clairement en soutien du développement économique domestique.
L’agence des participations de l’État, qui est directement un service du ministère des Finances, en revanche intervient dans une logique différente : elle intervient pour des motifs de préservation de la souveraineté nationale dans les secteurs sensibles de l'activité économique comme les réseaux, l’énergie, les grands industriels de la Défense… C'est la raison pour laquelle la participation dans Peugeot a été transférée de l’APE à Bpifrance : c'est un investissement, qui a été réalisé à l’origine par l’État aux côtés d’un investisseur chinois, pour permettre à Peugeot de sortir d'une période difficile, sans pour autant intervenir dans un secteur de souveraineté. En revanche, c'est une participation stratégique dans un secteur qui connaît de profondes mutations avec les réflexions autour du véhicule autonome, sur la mobilité urbaine, le passage de la propriété au service.