Bourses en développement : les grandes lignes d’une stratégie d’action

Créé le

21.02.2011

-

Mis à jour le

02.03.2011

Cette analyse se veut une feuille de route, donnant de façon pratique et concrète les grandes lignes des actions à mener par une Bourse qui souhaite croître nationalement et régionalement, classées par grands groupes thématiques.

Le développement économique des pays émergents passe notamment par celui de leurs marchés financiers et des Bourses qui  permettent d’en assurer le fonctionnement. Cette analyse s’adresse aux Places boursières qui souhaitent développer le marché des actions dans leur pays et augmenter les volumes transactionnels et leurs revenus. En découlent des recommandations, classées par grands groupes thématiques [1] .

Liquidité des titres

La Liquidité structurelle des titres (LS) est à développer en augmentant le gisement coté et le flottant (par introductions en Bourse, stock splits), en incitant à une privatisation via la Bourse et à une détention de titres avec une logique financière et non de contrôle (donc sans raisons stratégiques ou pactes d’actionnaires).

La Liquidité conjoncturelle des titres (LC) peut être développée en créant des contrats d'animation entre société cotée et partenaire financier, qui devient market maker du titre de la société, et en favorisant la création de Sociétés de Bourses (SB) et d’OPCVM.

Économie

Les points positifs de l’économie nationale (potentiel de croissance, émergence de groupes privés, grands projets d’infrastructure) seront mis en avant pour encourager les acteurs du marché et la présence d’investisseurs étrangers.

Sociétés cotées

Il est nécessaire de communiquer sur la situation financière des entreprises cotées, avec idéalement une fréquence de publication trimestrielle ou semestrielle des résultats. L’asymétrie de l’information, favorisant l’hétérogénéité du marché et les volumes, n’est pas à considérer négativement. La perception par les acteurs d'une valorisation équilibrée des titres est à favoriser. On communiquera donc sur la sur- ou la sous-valorisation du marché si elle existe pour inciter à un retour à la normale des cours.

Holdings et filiales

Il paraît par ailleurs plus judicieux, sur les aspects de volumes, de favoriser une structure de filiales cotées par rapport à une holding cotée. La cotation des filiales doit être encouragée, à condition qu’elles soient toutes de taille assez grande pour avoir une LS satisfaisante et que toutes soient destinées à terme à la Bourse. Mieux vaut éviter les doubles cotations holding/filiales ou holding/holding pour avoir une meilleure représentativité de la Bourse par rapport à l’économie. La holding doit donc être radiée de la cote et les holdings intermédiaires absorbées pour simplifier l’organisation et réduire les coûts. Enfin, on incitera les sociétés cotées à ouvrir plus leur capital, et les holdings à réduire leurs parts dans les filiales matures au profit du marché.

Opérations sur titres

Il faut encourager les introductions en Bourse, avec la part flottante la plus élevée possible, faire des tournées ou « caravanes » et mettre en avant les avantages : outil de financement, de croissance, de réduction de l’endettement, gain de notoriété. De même, les cotations d'entreprises étrangères dans la place boursière du pays doivent être encouragées, afin d’en faire un hub financier permettant d’investir sur d’autres pays ou de lever des fonds. La double cotation des entreprises déjà cotées sur leur marché est donc à favoriser.

Des compartiments pour chaque taille d’entreprise (dont un dédié aux PME) devront être créés et les seuils d’éligibilité pour les petites entreprises, réduits.

Lors d’une introduction en Bourse, le recours à la sous-évaluation initiale du titre peut être utile pour augmenter la demande et par la suite le cours.

De même, devraient être encouragées :

  • les augmentations de capital avec un flottant le plus élevé possible, en présentant leurs avantages et en militant pour un assouplissement fiscal et réglementaire ;
  • toute modification de la parité de conversion en faveur d'une conversion en action ;
  • les OPA qui permettent une meilleure répartition des titres sur le marché et augmentent le flottant (mais on découragera celles aboutissant à une détention importante de titres par une seule société ou réduisant le flottant). Les OPE, OPV, OPO, OPF et OPM seront également favorisées. Les offres publiques de rachat d'actions ne seront encouragées que si la société vise à favoriser la LC de ses titres, si ce rachat n'est pas massif et que les titres ne sont pas gardés à long terme. On découragera donc les rachats massifs de titres gardés ensuite à long terme, ainsi que les OPR ;
  • la reconstruction d’actions par fusion de certificat de droit de vote et d’investissement, surtout si ces actions se retrouvent dans le flottant. Enfin, on encouragera les stock splits et on découragera les regroupements d'actions.

Investisseurs

Il faut vulgariser la Bourse pour les personnes physiques, en la présentant comme un lieu privilégié pour le placement de l’épargne, en proposant des produits adaptés, en simplifiant les démarches administratives, en rendant plus visible l'évolution des cours en temps réel et en réduisant le temps d'exécution des ordres.

On encouragera par ailleurs les mouvements de prises de bénéfices tout en profitant au mieux de la capacité des investisseurs, notamment les caisses de retraites, les compagnies d’assurance et les différents fonds d’investissement. Enfin, une politique de communication doit être menée pour améliorer la visibilité de la Bourse à l’international ; et il faudra militer pour un assouplissement fiscal et réglementaire et optimiser les commissions.

Sociétés de Bourse (SB)

Il faut inciter les SB à une plus grande couverture des valeurs de la place (en communiquant sur les small caps et éventuellement en différenciant la fiscalité et les commissions) et favoriser la création de nouvelles SB pour dynamiser le marché.

Bourse

La Bourse doit se doter de systèmes d’information modernes et sécurisés, renforcer si besoin la capacité serveurs, s’assurer d’un back up en cas de défaillance et maximiser l’efficacité de sa plate-forme de cotation/négociation. Mieux vaut avoir plusieurs systèmes de négociation en fonction de la liquidité du titre, en privilégiant une cotation en continu pour les titres liquides et au fixing pour les titres peu échangés. Il est conseillé de structurer les différentes phases de la séance de cotation (avec la création par exemple d’une phase du premier et/ou du dernier cours) et de fixer leurs durées de façon à optimiser les volumes.

Un indice indexé aux valeurs cotées en continu pourra être mis en place, ainsi qu’un autre composé seulement des valeurs les plus liquides. La confrontation des ordres par les contreparties doit être favorisée pour faciliter la négociation et accroître la liquidité.

On recommande aussi d’assouplir les conditions exigées sur le marché de blocs, en diminuant la taille minimum de blocs et en élargissant la fourchette de prix autorisée pour augmenter les volumes sur ce marché, mais tout en restant mesuré pour ne pas nuire au marché central.

Il faut bien communiquer, garder une transparence, une indépendance et une impartialité et contribuer activement avec le régulateur à l’élaboration de procédures de contrôle et de sanctions, et veiller avec lui au respect de la déontologie. Il sera exigé des SB des moyens techniques, humains et financiers suffisants pour un exercice correct de leur rôle.

Enfin, ouvrir le capital de la Bourse peut être justifié, en particulier si elle a un problème de capitaux ou de fonds propres, mais il ne faudra pas négliger l'aspect organisationnel, de nouveaux actionnaires voulant dire de nouveaux administrateurs.

Produits ou marchés alternatifs de placements

En cas de faible rendement obligataire, on communiquera sur l'intérêt de se placer sur le marché action ; et en cas de fort rendement, sur le risque de retournement de tendance. Il faut pousser les investisseurs habitués à l’obligataire à se diversifier et communiquer sur la phase en cours du cycle économique quand elle est propice à un investissement en action.

On militera par ailleurs pour une surliquidité monétaire de l'économie.

Enfin, les corrélations doivent être étudiées, entre les prix ou indices du secteur immobilier et les indices boursiers d’une part, et les cours des immobilières et cimenteries d'autre part. On comparera les rendements sur un historique long terme (par exemple une décennie) et on mettra en place un produit d’épargne (organismes de placements collectifs) lié à ce secteur.

Sophistication des produits

La vente à découvert augmente la liquidité de l’action, que ce soit les achats ventes ou les prêts emprunts, et fait bénéficier d’un intérêt sur les titres prêtés, mais elle favorise une spéculation excessive et des pratiques douteuses (par ex. propagation de rumeurs pour faire baisser le cours avant le rachat de l’action) et ne nécessite pas même une mise de fonds initiale. Il faut donc avoir une réglementation efficace. Celles qui peuvent s’avérer dangereuses devraient être interdites, comme les ventes à découvert « nues », dites naked shorts, qui consistent à vendre sans détenir les titres vendus, sans les avoir empruntés avant ou s’être assuré de leur disponibilité, et sans position à couvrir. Une règle possible, appelée « uptick rule », serait d’interdire la vente à découvert d’une action en baisse, mais la volatilité est telle qu’on peut avoir plusieurs hausses et baisses le même jour. Il faut donc préciser les conditions (par exemple interdiction si la baisse pendant la séance est supérieure à un pourcentage donné ou si le dernier cours à la clôture ou deux clôtures à la suite est en baisse). On peut aussi n’autoriser que les ventes à découvert liées à des positions à couvrir. Un assouplissement de la réglementation peut donc être le bienvenu mais il faudra bien en fixer les conditions. Il sera en outre nécessaire de développer le marché de prêt emprunt de titres (avec versement d’un collatéral).

Par ailleurs, il faut encourager et être partie prenante dans la mise en place de marchés à terme taux et action et d’un marché d’option sur actions. Il conviendra de s’assurer au préalable de la liquidité du sous-jacent, de la formation des intervenants et de résoudre la problématique de la chambre de compensation (lieu, autorité de tutelle, règles).

Réglementation

Un assouplissement de la législation sur l'investissement en action des personnes morales non-résidentes, l’éligibilité des sociétés à l’introduction en Bourse et l’activité de capital-risque, est souhaitable. À l’inverse, on s’opposera à tout assouplissement réglementaire de l’investissement des sociétés nationales à l'étranger qui ne passerait pas par la Bourse nationale. On sera favorable au renforcement des pouvoirs du régulateur favorisant la confiance des investisseurs.

Fiscalité

Un assouplissement fiscal de l’investissement en action des personnes morales (résidentes ou non) et physiques, et des introductions en Bourse (par exemple, une réduction temporaire de l'IS) est souhaitable. Par ailleurs, dans l'intérêt de la Bourse, il faudrait militer contre une fiscalité différenciée selon la durée de détention car elle favorise l’épargne longue et nuit à la LC et aux volumes. À l’inverse, dans l'intérêt du marché, cette différenciation est souhaitable car elle favorise l'accompagnement des entreprises par les investisseurs sur le long terme et diminue les risques de crise baissière.

Enfin, on militera pour un assouplissement fiscal du Plan d'épargne en actions (PEA). Le PEA favorise l'épargne longue et donc sur ce point nuit aux volumes, mais comme il peut drainer une nouvelle épargne, cela peut être globalement bénéfique.

Commissions

On incitera par le biais des commissions d’introduction en Bourse, de séjour annuel à la cote et de transaction, à une détention des titres avec une logique financière et non de contrôle. Les nouveaux entrants pourraient aussi se voir appliquer des frais de cotation réduits sur une période donnée. Au sujet des commissions des SB, la Bourse a intérêt à militer pour leur baisse. Si elle s’avère possible, il faudra en déterminer le niveau en arbitrant entre le bénéfice direct sur les volumes et l'effet négatif indirect sur le nombre et la viabilité des SB, et donc sur la liquidité et les volumes. Les commissions de transfert peuvent être augmentées à condition de rester à un niveau raisonnable.

Enfin, les commissions de conversion d'obligations en actions sont à optimiser, tout comme les commissions citées plus haut, en arbitrant entre le bénéfice direct pour la Bourse et la perte indirecte sur les volumes. On augmentera fortement les commissions de modification de la parité de conversion d'obligations quand la modification est en défaveur de la conversion en action. Si celle-ci est en faveur, on arbitrera comme pour les autres cas.

Développer des Bourses actives et contribuer à la croissance économique

Nous avons identifié les déterminants qui ont un effet sur les marchés boursiers. Pour assurer leur développement, il convient d’avoir distinctement à l’esprit l’effet de toute nouvelle règle ou de tout nouveau produit mis en place, à la fois sur l’investissement et sur les volumes. Les recommandations présentées ici forment les grandes lignes d’une stratégie globale et concrète qui pourra être déployée par les Bourses qui souhaitent se développer et participer de façon active à la croissance économique de leur pays.

1 Des notions telles que la liquidité structurelle et la liquidité conjoncturelle des titres sont utilisées ici. Elles ont été définies dans un précédent article intitulé « Comment définir la liquidité des titres ? », Revue Banque n° 728, daté octobre 2010.

À retrouver dans la revue
Revue Banque Nº734
Notes :
1 Des notions telles que la liquidité structurelle et la liquidité conjoncturelle des titres sont utilisées ici. Elles ont été définies dans un précédent article intitulé « Comment définir la liquidité des titres ? », Revue Banque n° 728, daté octobre 2010.