Oseriez-vous partir en balade, en novembre, sans regarder la météo pour décider s’il convient de prendre ou non un parapluie ? C’est pareil pour ce qui concerne la Bourse : il serait un peu hasardeux d’investir sans consulter la météo boursière.
Depuis trois
Des experts ont observé la nature des cycles boursiers et ont tenté de corréler ces évolutions à tout et n’importe quoi, allant même jusqu’à réaliser des modèles économétriques sophistiqués basés sur la position de la Terre par rapport à la Lune et les étoiles. Les cycles électoraux comptent parmi les fluctuations boursières les plus analysées. Les années électorales sont, en effet, traditionnellement propices aux interrogations des investisseurs sur l’éventuel lien entre le calendrier présidentiel et la performance boursière.
Aux États-Unis, les années électorales sont des périodes boursières fastes. Depuis 1928, l’indice S&P 500 a progressé, en moyenne, de 4,9 % après les élections présidentielles et de 6,2 % l’année suivante. En France, ces périodes ont eu, dans le passé, un impact ponctuel : hausse puis retour relativement rapide à la tendance précédente. Aujourd’hui, quelle stratégie faut-il adopter : faut-il renforcer/diminuer le poids des valeurs françaises dans son portefeuille ? Quels secteurs faut-il privilégier/éviter ? Et à quel terme ? Remarquons que si certains considèrent que les réponses à ces questions dépendent essentiellement du programme du candidat en tête des sondages, du contexte économique, etc., il apparaît cependant qu’en périodes électorales, les cours boursiers suivent une dynamique relativement similaire.
Qu’en est-il pour la consultation populaire qui s’est déroulée, en France, en 2017 ? Que nous enseigne l’histoire électorale ?
L’histoire électorale
S’il existe un cycle législatif en France (relance économique avant les scrutins, puis ralentissement de la croissance après), celui des élections présidentielles est beaucoup plus ténu. En nous focalisant aux mois entourant les scrutins, nous constatons qu’aucune tendance caractéristique à l’approche des présidentielles ou après n’est perceptible, tout au plus une légère progression des cours saluant la victoire de la droite (1965, 1995). Les consultations anticipées (1969, 1974) ont cependant provoqué une baisse du prix des titres malgré la victoire de la droite. Sans doute, les investisseurs ont-ils devancé les mesures restrictives qui ont été prises par la suite, sans avoir le temps – élections anticipées oblige – de constituer des marges de progression inexploitées. Il n’en demeure pas moins, que la période électorale étant passée, le mouvement observé avant le scrutin reprend : hausse (1969), baisse (1965, 1974, 1995, 2002 et 2007).
De manière plus précise, si l’on étudie le cas de 5 élections présidentielles, on constate que le CAC 40 a baissé le jour qui a suivi le premier tour, soit fortement (-1,99 % en 1988 ; -2,83 % en 2012), soit plus faiblement (-0,51 % en 1995 ; -1,02 % en
Ainsi, au regard des élections passées, l’indice CAC 40 aurait dû baisser le 24 avril 2017 et remonter le 8 mai. Il n’en a rien été. Le baromètre boursier a enregistré une forte hausse le lendemain du premier tour (+4,14 %) et terminait en baisse (-0,91 %), le jour après le scrutin final, vérifiant l’adage que les performances passées ne présagent pas de l'avenir.
Par ailleurs, depuis 2002, les élections présidentielles sont couplées avec les législatives. Or, dans une perspective historique, les législatives de 1962, anticipées de quelques mois, de 1967 et 1973 sont les cas les plus proches du modèle actuel : progression des cours avant, inflexion à l’occasion des élections, baisse ensuite. En 1986 et 1993, l’arrivée de la droite donne lieu à une petite progression, mais comme pour les consultations présidentielles, le scrutin passé, la tendance à l’œuvre auparavant reprend ensuite. En 1968, la crainte anime les électeurs qui votent massivement pour la majorité gaulliste et la Bourse encaisse une forte hausse. Tous les partis d’opposition sont laminés. Le gouvernement obtient la première majorité absolue de la Ve République (294 députés sur 485) démontrant que la Bourse n’aime pas l’agitation, les fins de règne, les assemblées introuvables et… l’inconnu.
Ainsi, l’histoire politique de la France ressemble plus à une accumulation d’exceptions qu’à la reproduction à l’identique d’un modèle de scrutin.
Une dynamique intrinsèque
Mais, une observation plus fine montre qu’en isolant certains facteurs exogènes (programme électoral, clivage droite/gauche du candidat, militantisme, contexte économique international…), la Bourse est soumise à une dynamique intrinsèque relativement similaire en périodes électorales.
Lors des 5 dernières élections présidentielles françaises (1995, 2002, 2007, 2012, 2017), le CAC 40 a, en effet, toujours affiché, le semestre précédant l’élection du nouveau Président de la République, un rendement positif (+8,6 % en moyenne) puis une tendance opposée, le mois suivant la consultation (-3,5 % en moyenne). De manière plus précise, en analysant les mouvements de l’indice MSCI France EUR sur la période 2000-2017, il ressort (voir Tableau 1) que :
- le rendement moyen des semestres précédant les élections présidentielles est 8,04 % plus élevé que celui des mêmes périodes hors années présidentielles ;
- le rendement moyen des semestres suivant les élections présidentielles est 9,23 % plus bas que celui des mêmes périodes hors années présidentielles.
Par ailleurs, la libéralisation financière et la mondialisation de l’économie rendent les politiques économiques moins autonomes et indépendantes des marchés financiers. Le recours au modèle d’évaluation des actifs financiers
Les résultats se confirment (voir Tableaux 1 et 2) : la surperformance de l’indice national durant les périodes préélectorales est supérieure à celle observée précédemment (+8,75 % contre 8,04 %) tandis qu’un moindre écart de performance (-8,07 % contre -9,23 %) est noté pour les périodes post-électorales.
Si par le passé, la réaction du marché en période électorale a été influencée autant par les décisions
Le cas des présidentielles de 2017
En outre, la dernière élection présidentielle (Le Pen - Macron) a été sans doute la plus importante pour les marchés financiers nationaux depuis 1981 pour trois raisons :
- les deux principaux candidats étaient jeunes et montraient des velléités de réforme ;
- une cohabitation était peu probable ;
- l’influence de l’Allemagne poussait à des changements importants.
Il semblerait, en effet, que les investisseurs aient été plutôt rassurés par le résultat du premier tour (Emmanuel Macron devant Marine Le Pen) puisque la Bourse de Paris a connu un net rebond dès le lendemain matin en gagnant 4,1 %. Lors de l’ouverture du marché asiatique, les investisseurs ont montré un vif regain d’intérêt pour l’euro qui affichait une hausse importante face au dollar et au yen. L’ouverture du marché américain accentuera encore cette hausse, permettant à la monnaie européenne d’atteindre un niveau qu’elle n’avait plus touché depuis la victoire de Donald Trump aux États-Unis.
Ces évolutions semblent démontrer que les investisseurs envisageaient une victoire d’Emmanuel Macron au second tour. Une finale entre Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon aurait fortement pesé sur le marché boursier français.
Au second tour, l’élection du candidat pro-euro et pro-marchés a donné un nouvel élan aux marchés financiers français et européens et notamment aux actions des entreprises françaises. Tous les facteurs sont encore aujourd’hui réunis pour garantir une envolée des prix en Bourse avec notamment un environnement économique favorable en Europe, que soutient fermement la politique menée par la Banque centrale européenne. De plus, les rendements, par le biais des dividendes versés aux actionnaires, des sociétés françaises et européennes devraient rester largement supérieurs à ceux des produits de placement comme l’assurance vie ou d’épargne comme le Livret A qui ne rapporte plus que 0,75 %.
L’arrivée d’Emmanuel Macron au pouvoir en France est également synonyme d’espoir pour l’économie française avec une idée de fond : le renforcement de la compétitivité des entreprises par le biais de diverses mesures comme la baisse de certaines charges ou de l’impôt sur les sociétés, la défiscalisation de l’Impôt de solidarité sur la fortune (ISF) des investissements et davantage de flexibilité pour le marché du travail… afin d’accroître rapidement le Produit intérieur brut (PIB) français. Les sociétés cotées en Bourse seraient, en effet, directement impactées par ces réformes et verraient sans aucun doute leur cours s’envoler.
Dans ce contexte, quelle stratégie adopter ?
Notre démarche a consisté à classer, selon leur pondération, les valeurs du CAC 40 en 9 catégories. Puis, sur les 4 dernières élections françaises, nous avons comparé, avant et après chaque élection, la rentabilité de chaque secteur par rapport au rendement du CAC 40. Ensuite, nous avons ordonné les titres en fonction d’un rapport
Nous en avons conclu que :
- dans une perspective préélectorale, il convient de renforcer les valeurs industrielles, cycliques, des secteurs de l’« Énergie » et des « Technologies » et d’alléger fortement le poids des valeurs des secteurs « Communication » et « Services » ;
- pour ce qui concerne les évolutions post-électorales, le CAC 40 ayant un rendement moyen négatif, il convient d’effectuer des opérations de vente à découvert sur des valeurs de secteurs qui sous-performent le CAC 40 post-élections (« Technologies », « Communication », « Services ») et/ou d’achat en privilégiant des valeurs non cycliques et/ou issues du secteur « Energie ».
Qu’en est-il à l’étranger ?
Durant l’année précédant des élections présidentielles françaises, d’autres consultations nationales ont eu lieu dans des pays européens partenaires (Allemagne, Italie…) ou aux États-Unis. Les constats précédents se retrouvent-ils ? En appliquant la même
Le cas allemand
Outre-Rhin, la Bourse est peu sensible aux élections nationales. En effet, en moyenne, les semestres hors années électorales surperforment les périodes préélectorales (+2,03 %) et sous-performent celles post-électorales (-1,59 %). Après neutralisation de l’incidence de la conjoncture internationale, ces écarts se confirment, passant à 2,41 % sur les périodes préélectorales, et devenant peu significatifs voire quasi nuls après les élections (-0,06 %).
Ce constat peut être expliqué par la grande stabilité politique du pays durant la période
Le cas italien
En Italie, les rendements moyens lors des périodes électorales sous-performent significativement ceux des périodes hors élections, même après neutralisation de la conjoncture mondiale. Ainsi, hors élections, l’investisseur obtient une rentabilité semestrielle supérieure de 5,78 % à celle observée sur les semestres préélectoraux. De même, il obtient un surcroît de rentabilité de 10,25 % par rapport à celle observée en périodes post-électorales.
Ces écarts de rentabilité ne peuvent pourtant s’expliquer par un risque plus élevé hors période électorale puisque le risque systématique (β) apparaît sensiblement plus élevé avant et après les élections qu’au cours d’un mandat. Les élections générales italiennes semblent, au final, avoir un impact négatif sur la Bourse
Le cas américain
Aux États-Unis, le MSCI USA USD se comporte, en général, mieux que l’indice mondial (MSCI World) le semestre précédant les élections (1,25 %) et relativement moins bien le semestre post-élections (-0,6 %). Pour autant, lors des années présidentielles, le MSCI USA USD a une rentabilité moyenne significativement plus faible (-8,01 % pré-élections et -1,98 % post-élections) que lors des semestres hors années présidentielles. Ces résultats se confirment même une fois l’impact de la conjoncture économique neutralisé (respectivement -7,97 % et -1,59 %).
En outre, la victoire de Donald Trump, qui n’a pas été plus anticipée que le Brexit, devrait conduire les marchés à mieux prendre en compte, désormais, le risque politique. Car par deux fois cette année-là, les marchés, comme les sondeurs, se sont trompés.
Mise en perspective
L’évolution du calendrier électoral (couplage des élections présidentielles et des législatives depuis 2002), les mutations politiques (moindre crainte que suscite une gauche recentrée par exemple), le faible nombre de cas comparables (élections anticipées de 1969, 1974, 1997) et l’absence de continuité dans le suivi des objectifs économiques (lutte contre l’inflation, respect des règles européennes relatives au déficit budgétaire et à l’endettement public, lutte contre l’évasion fiscale…) réduisent le nombre de situations
- les scrutins présidentiels ont eu peu d’impact sur la Bourse, tout juste observe-t-on un sursaut à l’occasion de la victoire de la droite en 1965, 1995, 2002, 2007, soubresauts absents lors des élections anticipées de 1969 et 1974 ;
- la crainte de la gauche a caractérisé certaines consultations (législatives de 1978, présidentielles de 1981), sentiment moins marqué par la suite (présidentielles de 1988, législatives de 1997). Des études montrent que la Bourse enregistre de meilleures performances sous la gauche que sous la
droite ;[10] - de manière générale, les tendances à l’œuvre avant les élections reprennent après le scrutin (législatives de 1986 et de 1993 ; présidentielles de 1965, 1969, 1974, 1995, 2002, 2007). Il faut y voir vraisemblablement la conséquence de la perte d’autonomie des politiques économiques, de la mondialisation de l’économie et de la globalisation des marchés financiers.
Enfin, nous nous sommes intéressés aux périodes immédiatement proches de l’élection. Or d’autres études menées sur l’ensemble d’un quinquennat montrent l’existence de liens entre les cycles électoraux et le pouvoir d’achat, l’inflation ou le chômage.