Financement des entreprises

La Bourse des PME est-elle réellement nécessaire ?

Créé le

15.05.2013

-

Mis à jour le

02.07.2013

Dans le cadre de la mobilisation nationale pour le financement des PME et ETI, Nyse Euronext a annoncé la création d'une Bourse des PME. Pourtant les solutions de financement sous forme de prêts sont certes complexes mais nombreuses, tant en France qu’au niveau européen. En outre, les règles d’introduction en Bourse auraient pu être assouplies. Quel sera le rôle d’une Bourse des PME ?

Le 23 mai 2013, Nyse-Euronext a lancé EnterNext, une Bourse spécifiquement dédiée aux PME et ETI. Y seront accueillies les entreprises des anciens compartiments B et C d’Eurolist ainsi que les entreprises cotées sur Alternext. La structure, filiale de l’opérateur historique de la Bourse transtlantique, est dotée d’une marque, d’un compte d’exploitation indépendant et d’un Conseil d’administration de 15 membres (le directeur général de Nyse-Euronext, 7 membres de la Bourse et 7 administrateurs externes).

Au-delà de cette structure dédiée, la Bourse s’est engagée à accroître les moyens financiers à destination de ces PME et ETI. 18 millions d’euros devraient être alloués chaque année à la filiale nouvellement créée et des concessions financières devraient être faites : il est prévu de réduire de moitié les frais de transfert d’Eurolist vers Alternext et de diminuer de 10 % les frais d’introduction en Bourse.

Un enjeu crucial pour une sortie de crise en France…

En 2012, les marchés de Nyse-Euronext ont permis de lever 83 milliards d’euros, dont 57 milliards à Paris. Si l’on considère les compartiments B et C suscités et Alternext, ce sont, d’après l’opérateur de marché, 800 entreprises concernées par l’émergence de la nouvelle Bourse. Mais la France compte, au total, 3,2 millions de PME-ETI, un tissu qui contribue à hauteur de 49 % de la valeur ajoutée française et de 43 % des investissements réalisés dans l’Hexagone, et qui embauche 52 % des salariés.

Deux bureaux d’études, Alphavalue et Altares, ont créé un outil de valorisation des PME et ETI. Cet outil, nommé NextValue, a sélectionné 40 000 entreprises (sur un total de 92 000 susceptibles de faire appel public à l’épargne) dont le chiffre d’affaires est compris entre 2 et 1 500 millions d’euros et choisies dans 500 secteurs d’activité différents. Ces 40 000 entreprises affichent une valorisation totale de 560 milliards d’euros, tandis que les 40 plus grandes valeurs de la Bourse de Paris ont une capitalisation boursière de 1 000 milliards d’euros. Si l’on en croit la Banque de France, les encours des prêts aux PME et TPE ont progressé de 2,5 % en 2012 ; l’année 2013 annonce, quant à elle, un trend de 2 %, en légère baisse (voir Graphique). Et, selon une enquête de la BCE, 80 % des PME françaises auraient obtenu les crédits demandés.

…mais aussi en Europe

Au demeurant, notons que la France n’est pas la seule à vouloir capitaliser sur son réseau de PME. L’Union européenne tout entière se mobilise pour accroître les moyens de financements de ce tissu d’entreprises.

Ainsi, le vice-président de la Commission européenne et Commissaire chargé de l’industrie et de l’entrepreneuriat, Antonio Tajani, a-t-il déclaré, à la veille du Forum sur le financement des PME de mai 2013 : « L’accès des PME aux sources de financement demeure difficile et constitue l’une des principales raisons de la récession économique actuelle. C’est pourquoi nous avons l’intention d’élargir nos garanties de prêt aux PME dans le cadre du nouveau programme COSME [voir Encadré 2] à partir de 2014. Chaque euro investi dans nos garanties a le potentiel de débloquer, en moyenne, 30 euros de prêt bancaire. Cet élément est essentiel pour permettre à nos petites entreprises, qui sont le moteur de l’emploi en Europe, de renouer avec la prospérité. Pas moins de 85 % des nouveaux emplois créés leur sont à mettre à leur actif. »

Une large panoplie

Au total, plusieurs instruments de financement sont mis à disposition pour les PME en Europe :

  • le PIC : Programme-cadre pour l’innovation et la compétitivité ;
  • les prêts de la BEI (Banque Européenne d’Investissement), dont la capacité de prêts sera accrue grâce à l’augmentation de capital approuvée en janvier 2013 ;
  • l'instrument européen de micro-financement Progress, lancé en 2010, pour développer la capacité de prêts des institutions de microcrédit européennes ;
  • ou encore le mécanisme de financement du partage des risques, lancé en 2007 et revu sous le nom d’Instrument de partage des risques, fin 2011.
C’est donc toute une panoplie d’aides au financement que l’Europe apporte à ses PME aux côtés des organismes nationaux tels que, pour ne prendre que l’exemple de la France, Oséo, CDC Entreprise ou encore la BPI (dont la capacité de prêts est évaluée à 42 milliards d’euros) et autres fonds Stratégique d’Investissement (FSI).

Enfin, le crowdfunding, financement communautaire ou participatif, au départ mis en place sur le Internet pour financer des activités culturelles, se développe des deux côtés de l’Atlantique et permettra peut-être aux TPE de trouver des fonds sans passer par les banques.

Quel besoin de créer une Bourse des PME ?

Si l’on parvient à décrypter l’imbroglio des possibilités de prêts aux PME, on peut constater que, malgré le risque de credit crunch lié aux nouvelles réglementations bancaires dites Bâle III, les financements à destination des PME existent.

Plus encore, il est possible de désintermédier le financement par capitaux d’emprunt.

Certaines ETI parviennent à émettre des obligations par placement privé ; il en est ainsi de Touax, entreprise spécialisée dans la construction modulaire, qui a émis un emprunt de 7 millions d’euros en octobre 2012 au taux de 6,25 % et remboursable le 2 octobre 2018, ou encore du Groupe Gorgé, entreprise de robotique et de protection nucléaire, qui a émis un emprunt de 4 millions d’euros. Plus récemment, le menuisier industriel VM Matériaux a émis, le 16 janvier 2013, un emprunt de 3,1 millions d’euros au taux de 6,50 %. Ces emprunts ont en commun d’avoir été souscrits par le fonds Micado France 2018. Ledit fonds, opérationnel depuis l’automne 2012, est géré par Portzamparc Gestion et a levé 62 millions d’euros auprès d’investisseurs institutionnels pour ensuite souscrire à des obligations dont celles des émissions susnommées.

Le retour de la titrisation

D’autres entreprises encore usent de techniques spécifiques telles les fonds de prêts qui ne sont autres que des fonds de titrisation qui permettent un rapprochement entre entreprises demandeuses de financements et investisseurs en quête de placements rémunérateurs. Ce véhicule est tant à la mode que la Banque Centrale Européenne s’y intéresse ; depuis peu, elle envisage, en effet, de faire repartir le marché des ABS (Asset-Backed Securities) : « Le Conseil des gouverneurs a décidé d'entamer des consultations avec d'autres institutions européennes sur des initiatives visant à favoriser le fonctionnement du marché des ABS adossés à des prêts à des entreprises non financières », déclarait Mario Draghi, début mai.

Le doute est toutefois permis sur ce type de produits. N’est-ce pas ces mêmes véhicules qui ont conduit à la propagation planétaire de la crise des subprime ? Alors certes, il ne s’agit pas de créances immobilières mais de prêts aux entreprises ; mais qu’adviendra-t-il si les arrangeurs se remettent à pratiquer la titrisation secondaire, c’est-à-dire à créer des CLO de CLO (collateralized loan obligations) ? Le législateur a requis qu’une traçabilité soit de mise pour les opérations de titrisations – 5 % des prêts doivent être maintenus dans le bilan des banques à l’initiative des prêts. Espérons que cette règle soit respectée par tous et que les autorités de tutelles puissent disposer d’un pouvoir de sanction le cas échéant.

Quid du financement par capitaux propres ?

Au final, tous ces instruments financent potentiellement les ETI, PME ou TPE au titre des capitaux d’emprunt, mais quid du financement par capitaux propres ? Notons qu’il existe déjà une plate-forme mise en place sur le modèle des systèmes multilatéraux de négociation, appelée Alternativa, dupliquée sur ce qui existe à Stockholm depuis 2003. Ladite plate-forme présente aux investisseurs intéressés un panel de PME de croissance sélectionnée pour leur potentiel de développement. Elle propose donc bel et bien une rencontre entre une offre et une demande de titres et est agréée par les autorités françaises, l’AMF (Autorité des marchés financiers) et l’ACP (Autorité de contrôle prudentiel). Par ailleurs, le capital-investissement existe depuis de nombreuses années, mais son activité se réduit en 2012. Selon l’AFIC, les montants investis se sont établis, en 2012, à 6,07 milliards d’euros pour 1 548 entreprises, contre 9,74 milliards d’euros pour 1 694 entreprises en 2011 ; les levées de fonds ont atteint 5 milliards en 2012 contre 6,45 en 2011.

Pour un retour à la veuve de Carpentras !

Alors, la création d’une Bourse réglementée des PME permettra-t-elle d’orienter davantage l’épargne vers les fonds propres des PME françaises ? Pas si sûr, si l’on en croit l’expérience du passé. Que sont devenus les second marché et nouveau marché de la Bourse de Paris, créés respectivement en 1984 et 1996, le premier pour accueillir les PME, le second les entreprises high-tech ?

Le second marché a mal résisté au krach de 1987, au point qu’il a fallu user d’artifice tel que les contrats d’animation pour liquéfier son marché secondaire ; le nouveau marché n’a pas survécu au krach des valeurs technologiques de 2000. Alors un autre marché a été ouvert lorsque les Places de Paris, Bruxelles et Amsterdam ont créé Euronext ; ce fut Alternext, une alternative, comme son nom l’indique, au marché des blue-chips nommé Eurolist.

Alternext accueille près de 200 entreprises ; les compartiments B et C d’Eurolist existent également. Pourquoi ne pas avoir tout simplement assoupli les règles d’introduction en Bourse pour accueillir les entreprises intéressées par l’appel public à l’épargne, mais réticentes au minimum de titres à mettre sur le marché, par peur d’une perte de contrôle.

Plutôt que de créer une nouvelle structure qui risque d’apporter plus de confusion encore aux non-initiés, pourquoi ne pas chercher tout simplement à « redémocratiser » la Bourse pour faire revenir la « veuve de Carpentras » fidèle dans son horizon de placement et, de facto, fidèle dans son rôle d’apport au financement de l’économie, plutôt que de laisser tout pouvoir aux traders haute fréquence qui déstabilisent un marché, voire une économie.

De la même manière qu’il faut revenir aux bases saines des banques quant à leur rôle d’intermédiation, il faut regagner la confiance des petits épargnants afin que les Bourses recouvrent leur statut de financeur des économies plutôt que d’attirer les spéculateurs qui alimentent le court-termisme des marchés, le même court-termisme, au nom d’une cupidité exacerbée, qui a conduit au séisme financier, économique et sociétale dans lequel le monde est encore plongé 5 ans après le fameux 15 septembre 2008.

À retrouver dans la revue
Revue Banque Nº761