Au jour le jour, la Bourse se présente comme le football. Les matchs se succèdent, dont l’issue est plus ou moins prévisible, et soudain : la surprise. Puis le rythme reprend et la vie continue, avec une succession de moments d’intensité émotionnelle variable. Et les saisons se succèdent. Les années passent et à certaines époques une coupe du monde particulière soulève l’intérêt général. Puis les choses rentrent dans l’ordre, le public est moins large et le football redevient pour un temps une affaire d’amateurs passionnés.
Le sport boursier est assez semblable, avec ses spécialistes qui scrutent les chances des joueurs, la qualité des entraînements, la composition des équipes. Il a ses supporters. Il a aussi ceux qui misent de l’argent sur les chances des uns et des autres. Et bien entendu il a aussi ses commentateurs sportifs… je viens de nommer successivement les analystes, les lecteurs des médias boursiers, les actionnaires individuels et les gérants de portefeuille, et les journalistes spécialisés dans l’information boursière.
Cette comparaison est-elle vraiment éloignée de la réalité ?
Au jour le jour, non. Il suffit de suivre l’actualité boursière, les émissions spécialisées ou, à certains moments, grand public, ou de lire les nombreuses lettres et chroniques consacrées à la Bourse, pour observer des similitudes frappantes. Qu’on y parle d’entreprises, de dirigeants et de marchés ne change rien aux pratiques et manifestations d’un sport.
Alors pourquoi la cotation des actions ne relève-t-elle pas de la Française des Jeux ?
Logique économique
Les entreprises sont au cœur de l’économie. L’existence de la Bourse est vitale, pour le financement, pour la liquidité offerte aux actionnaires, et pour les opérations de croissance externe. Le système a fait ses preuves. Ce n’est pas un hasard si les GAFAM
On sait que les cours suivront les bénéfices… à long terme. C’est la logique économique de la Bourse. Mais c’est là que les difficultés commencent.
À quel horizon se situe le long terme ? À l’inverse du mètre étalon, il n’en existe pas de mesure exacte. Pire, il est à dimension variable et se déplace tout le temps ! De toute façon, le long terme est… lointain. Il s’agit donc d’essayer d’anticiper la progression des bénéfices de telle entreprise. Mais si nous sommes plusieurs à partager la même analyse, nous allons vendre ou acheter l’action tous ensemble. Il y aura donc naturellement des mouvements exagérés.
Et la sanction est cruelle. Tout se passe comme si la Bourse avait comme seul objectif de faire perdre de l’argent à ceux ou celles qui veulent jouer avec…
Prendre la Bourse à son propre jeu
Pourtant, les particuliers ont dans ce contexte un avantage exorbitant.
Tout gérant de portefeuille est dans un combat au corps à corps avec la Bourse. Chacune des actions cotées est l’une des tentacules de l’adversaire. Parfois les combattants semblent danser harmonieusement, parfois les hostilités reprennent. Il arrive que le choc soit violent. Avec comme arrière-fond la tendance souveraine vers une réconciliation entre les cours et les bénéfices. Mais le chemin est long et n’est pas de tout repos !
Pour un particulier, la situation est radicalement différente.
Tout d'abord, il n’a nul besoin, comme le gérant de portefeuille, d’être absorbé dans le combat. Concrètement, il peut ne s’intéresser à aucune action en particulier, ni d’ailleurs s’intéresser aux humeurs quotidiennes de la Bourse dans son ensemble. À chacun son métier, la devise est aussi exacte que confortable en la circonstance.
Ensuite, il n’est pas obligé de subir le sort du gérant. Ce serait le cas s’il avait simplement souscrit à un OPCVM
Il lui suffit en effet de décider d’un virement mensuel vers l’OPCVM. Le gérant souffre parce que le portefeuille baisse de valeur ? Le particulier achète un plus grand nombre d’actions. Le gérant respire enfin et contemple ses belles progressions ? Le particulier achète moins d’actions. La Bourse rechute ? Plus d’actions achetées.
Et de mois en mois, sur quelques années, il s’avère que, même dans une mauvaise Bourse, l’investissement mensuel de montant fixe est toujours gagnant. Parce que le particulier fait naturellement, comme si c’était la chose la plus facile du monde, ce que le gérant tente en permanence et, malgré son expertise et ses efforts, ne réussit que rarement : acheter à la baisse et vendre à la hausse.
Guy Marty est le fondateur et directeur de PierrePapier.fr .