La blended finance (en français « finance publique-privée » ou « finance mixte ») consiste en l'utilisation d'instruments de financements publics afin de permettre d'attirer des financements privés, notamment sur des projets contribuant à atteindre les Objectifs de développement durable (ODD) adoptés par l'ONU. Dans une acception large, telle que celle retenue par l'OCDE, elle recouvre toute structure conjuguant des ressources « publiques » (ou à vocation de développement) et des ressources « privées » (à vocation commerciale).
Cette approche est en particulier utilisée pour canaliser des financements privés vers des projets d'infrastructure en Afrique, afin de répondre aux besoins de financement qui, selon la Banque africaine de développement (BAD), s'élèvent à plus de 130 milliards d'euros par an (dont au moins 52 milliards ne sont pas comblés).
La blended finance se déploie soit au niveau du financement des projets eux-mêmes, en permettant de dé-risquer les projets pour les rendre attractifs aux capitaux privés, soit dans le cadre de plateformes de financement mêlant des capitaux publics et privés.
La blended finance au niveau des projets...
Lorsqu'il est appliqué au financement des projets, le recours à des instruments de financement public permet d'atténuer des risques qui seraient rédhibitoires pour des acteurs privés traditionnels (risques de change ou liés à l'environnement politique, risque de crédit d'une contrepartie, maturité insuffisante de la dette ou rendements insuffisants au regard des paramètres économiques du projet).
Ceci est particulièrement fréquent dans le cadre du financement de projets d'infrastructure sous forme de partenariats publics privés (PPP) en Afrique, qui combinent des besoins d'investissements lourds, des périodes d'amortissement longues et, dans certains cas, des risques politiques élevés. Les instruments d'atténuation des risques visés plus haut (de-risking) utilisés dans ce cadre sont variés et dépendent des institutions financières impliquées, mais peuvent inclure des assurances ou des garanties de risque politique (de type partial risk guarantee, émises par le Groupe Banque Mondiale ou la BAD), des financements subordonnés ou des subventions, ou encore le financement de missions d'assistance technique permettant une structuration optimale du projet.
Le projet récent de développement de centrale de traitement d'eau potable de Kigali Bulk Water, au Rwanda, sur lequel Gide est intervenu, témoigne de l'intérêt de cette approche pour permettre l'émergence de partenariats publics privés dans le secteur des infrastructures dans les Pays les Moins Avancés : l'absence de financements de durée suffisante, les incertitudes liées au cadre réglementaire, l'absence de projet comparable développé antérieurement en PPP au Rwanda et les contraintes financières liées au prix de vente limité de l'eau produite constituaient des freins à l'investissement privé. L'investissement en PPP par un acteur privé a été rendu possible par la mise en place combinée (i) d'une subvention accordée par le PIDG (Private Infrastructure Development Group, organisation financière financée par le Royaume-Uni, les Pays-Bas, la Suisse, l'Australie, la Suède, l'Allemagne et la SFI) permettant d'améliorer la rentabilité du projet (Viability Gap Funding), (ii) de financements long terme (de 18 ans) accordés par la BAD et Emerging Africa Infrastructure Fund (EAIF, un fonds financé lui-même par des acteurs publics et privés) et (iii) d'un financement d'assistance technique aux autorités rwandaises permettant de structurer une transaction bancable.
…et au niveau de plateformes de financement
Ces instruments « classiques » de blended finance, particulièrement adaptés à la structuration de projets de taille importante, sont moins adaptés au financement d'initiatives de plus petite taille. Pour combler ce manque, à travers des initiatives récentes, les acteurs du développement cherchent à innover et faire évoluer les pratiques, afin notamment d'attirer de nouveaux investisseurs privés et de toucher des projets plus diversifiés. Ainsi la recherche de structures nouvelles d'aide au développement permet de répondre à des besoins de financement plus variés. Ces nouvelles structures de blended finance permettent assurément d'atteindre des projets qui, par leur petite taille, les risques importants qu'ils portent et/ou leur nouveauté ne sont pas adaptés aux formats classiques de financement de projet.
La rencontre des ressources « publiques » et des ressources « privées » est ainsi mise en œuvre sous des formes multiples, aussi bien du point de vue du rôle des différents acteurs que de la nature du financement proposé. Ces initiatives se multiplient notamment dans le secteur de l'accès à l'énergie dans des zones non raccordées par le recours à des installations de production d’énergie renouvelable (ENR) de petite taille.
On peut citer comme exemple la participation de la BAD au financement du déploiement offgrid (hors réseau) de kits solaires via l'octroi de garantie appelable en cas de défaut de paiement de l'emprunteur. En fournissant sa garantie sur une partie du crédit apporté par des banques commerciales locales, en monnaie locale, la BAD prend une part du risque de l'opération de crédit et permet de boucler le tour de table du financement.
La facilité FEI (Facility for Energy Inclusion), gérée par la société de gestion Lion's Head Global Partners, réunit des fonds apportés par dons ou dette par certaines institutions financières de développement (DFI) dont la BAD et le Nordic Development Fund, mais également des donneurs privés, afin de proposer des crédits jouant un rôle de catalyseur pour l'attraction des ressources privées. Les projets visés sont en effet des projets de petite taille et qui peuvent paraître risqués ; il s'agit de petits IPP (producteurs d’électricité indépendants), des mini-grids et des captive power projects, en proposant des financements sous forme de mezzanine, des prêts court terme pour la construction, inventory finance ou crédits corporate. En proposant des financements en monnaie locale, FEI compte également pouvoir s'appuyer sur le développement des marchés de capitaux locaux.
La société de gestion Climate Fund Managers (CFM) intervient quant à elle dans le secteur des énergies renouvelables en proposant non seulement des prêts pour le développement des projets mais également un financement en fonds propres pendant la période de construction de ces projets. Ces deux types de soutien permettent aux développeurs de disposer des ressources nécessaires pendant les phases les plus risquées du projet et de pouvoir attendre que celui-ci soit « dérisqué » au moment de la mise en place d’un financement long terme par prêt. Ces produits, ainsi que des financements en phase d'exploitation, sont apportés par différents fonds regroupés au sein de Climate Investor One (CIO), abondés par l'Union européenne, Green Climate Fund, PowerAfrica (USAID), les Pays-Bas et des investisseurs du secteur privé. Grâce à l'implication de CIO, la participation d'investisseurs privés à partir de la phase de construction est facilitée.
Perspectives
Grâce à l'émergence de ces nouvelles initiatives de blended finance, les développeurs actifs dans le secteur des infrastructures en Afrique se voient offrir des instruments permettant de mobiliser de nouvelles sources de financement. La diversification de ces sources et des projets soutenus permet également d'intensifier la participation des marchés et investisseurs locaux jusqu'alors peu impliqués sur ces segments, et ainsi favoriser l'atteinte des ODD.