Vous êtes à la tête de MasterCard France depuis le 1er novembre 2017. Comment envisagez-vous votre rôle ?
Mon rôle consiste, d’une part, à embrasser la stratégie de MasterCard monde au niveau de la France, en l’adaptant aux spécificités de notre pays, et, d’autre part, à animer toute l’équipe de MasterCard France, soit un peu plus de 70 personnes aujourd’hui, qui vont des équipes commerciales aux équipes marketing, produits, finances, ressources humaines, et notre entité conseil MasterCard Advisor. À la limite, il s’agit d’animer une petite PME locale.
Quelles sont les particularités de la France par rapport aux autres pays où se trouve MasterCard ?
Je pense qu’il faut repositionner la France dans l’Europe. Il existe déjà une unité européenne au niveau des paiements, avec toutes sortes de réglementations bien spécifiques que nous devons du coup embrasser et respecter, comme la RGPD et la DSP2. La deuxième grande spécificité est, bien sûr, que nous sommes un pays très développé dans lequel les paiements mobiles et le sans contact accélèrent de plus en plus par rapport à des régions, par exemple l’Afrique ou l’Amérique latine, qui sont arrivées un peu après sur
Elles sont arrivées un peu après, mais ces régions les ont adoptées plus vite…
Nous n’avons pas toujours le même niveau de maturité en France. Nous devons, en effet, continuer cette accélération sur les paiements mobiles et le sans contact. Enfin, la troisième spécificité est que nous n’avons pas énormément de cartes. Par exemple, si je compare au Royaume-Uni, chaque personne a en France entre une et deux cartes dans son portefeuille, alors qu’au Royaume-Uni, c’est beaucoup plus. Nous sommes un pays de carte de débit, alors que le Royaume-Uni est un pays de carte de crédit. Il y a ainsi des petites différences historiques et culturelles.
Le tout sans contact d’ici 2020
Dans toutes les nouvelles technologies que développe actuellement MasterCard, quelles sont celles que vous voulez développer plus particulièrement en France ?
Selon moi, le paiement sans contact est un basique. Il faut vraiment que l’ensemble des commerçants soit équipé d’ici 2020 ; or, aujourd’hui, il y a environ 40 % d’équipement côté commerçant en France. C’est une priorité sur le marché français sur lequel nous allons être vigilants, pour faire en sorte que l’équipement soit total à cette date, à la fois côté consommateur et côté commerçant.
Comment pouvez-vous éviter par exemple le cas le commerçant qui a un TPE compatible avec une étiquette « Pas de sans contact ici » ?
Nous travaillons avec les banques acquéreurs des commerçants, car nous n’avons pas forcément le contact direct avec le commerçant. Et nous poussons ces banques à contacter leurs commerçants, pour pouvoir passer au sans contact. Mais encore une fois, c’est une décision du marché. Visa et le GIE Cartes bancaires vont aussi dans cette direction. En ce qui concerne les innovations sur lesquelles nous voulons renforcer notre effort en 2018, 2019 et 2020, au-delà du paiement sans contact, nous souhaitons promouvoir le paiement mobile, donc la digitalisation de la carte dans votre smartphone, via la tokénisation des moyens de paiement. Là, nous sommes en plein dans l’innovation dont vous parliez, avec notre plate-forme de tokénisation MDS.
Une offre de paiement avec des montres connectées en 2018
Et hormis le paiement sans contact et mobile, avez-vous d’autres pistes ?
Oui, il y a trois autres innovations que nous souhaitons déployer massivement à partir de cette année. La première concerne les objets connectés intégrant le paiement. C’est aussi pour cela que nous devons équiper les commerçants du sans contact pour pouvoir permettre le paiement mobile, mais aussi celui avec des objets connectés. Les consommateurs souhaitent pouvoir payer avec le maximum de supports. Il se dit que, d’ici 2020, 60 % des objets connectés intégreront une puce de paiement. En 2018, nous allons lancer une offre en France avec nos partenaires mondiaux Fitbit et Garmin. Certains de nos émetteurs vont bientôt annoncer le lancement du paiement avec ces montres connectées. Le maître mot, dans toutes ces innovations, est de faire en sorte que le paiement soit le plus invisible, le plus facile, le plus pratique possible.
J’avoue que l’objet connecté qui me plaît le plus, c’est l’offre que vous aviez présentée avec la voiture à Money 20/20 à Las Vegas...
En effet. Je vous parlais de 2018, parce que cette année va voir l’arrivée du paiement sur les montres connectées, mais nous travaillons aussi à des partenariats sur les voitures connectées. Au Mobile World Congress, fin février, nous avons annoncé un partenariat avec SAP pour pouvoir payer son essence depuis sa voiture, mais cette offre sera d’abord lancée aux États-Unis et au Canada.
Vous avez mentionné deux autres technologies. Quelles sont-elles ?
Dans le cadre réglementaire évoqué, la DSP2 requiert une authentification forte au niveau des moyens de paiement électroniques. Pour nous, la biométrie est une solution qui répond à la fois aux exigences de la réglementation et aux demandes des clients. Notre produit, Identity Check Mobile, permet à nos établissements partenaires d’utiliser la biométrie pour identifier de façon forte leurs consommateurs lors d’un paiement. Cette biométrie peut prendre plusieurs formes : empreinte digitale, reconnaissance faciale ou vocale. Tout dépend de la situation où se trouve le consommateur : dehors, en intérieur, avec des amis, seul. Cela nous permet encore une fois de
Où en sont les banques françaises dans ce domaine ?
Nous avons des pilotes en cours sur la France pour cette année avec deux banques. Dans tous les cas, nous souhaitons que d’ici 2019, donc d’ici l’entrée en vigueur de la DSP2, l’ensemble des établissements bancaires puisse proposer au moins une solution biométrique à leurs clients.
Une équipe dédiée aux relations avec les FinTechs
Et qu’en est-il de la troisième innovation ?
Elle s’adresse plus directement aux banques : nous avons lancé avec au moins cinq ou six émetteurs en France, une solution de lutte contre la fraude basée sur l’intelligence artificielle. Ce moteur permet d’analyser énormément de données très riches en amont sur les usages du consommateur, en termes de transactions de paiement, pour définir des profils plus ou moins frauduleux et pouvoir stopper une transaction même avant qu’elle soit finalisée. Cette solution, Decision Intelligence, est déployée en pilote pour l’instant. Tous nos partenaires ont constaté une réduction de la fraude sur toutes les transactions en ligne, ce qui est un point majeur en France.
Nous avons parlé des spécificités du marché français, mais en ce qui concerne celles propres aux banques partenaires de MasterCard en France, existe-t-il des différences par rapport à l’étranger ? Pourquoi, en France, la majorité des néobanques proposent-elles des cartes MasterCard à autorisation systématique ?
Nous sommes très fiers d’être le partenaire privilégié des néobanques en termes de réseaux de paiement. Pourquoi cela ? Parce que nous avons cet ADN d’innovation qui nous habite, à la fois dans nos propositions et dans nos équipes extrêmement proches du marché. Nous avons une équipe dédiée, pour les FinTechs et les néobanques. Le virage a été pris très vite. Nous savions que les FinTechs et les néobanques allaient être clefs dans cet
Nous avons pris le tournant au bon moment, avec des solutions innovantes, des équipes locales dédiées. Nous apportons notre expertise à ces FinTechs et néobanques qui ont en général une idée extrêmement sympathique… sans avoir forcément l’expérience du paiement. Nous les associons également à Star Path, notre programme mondial d’incubation de FinTechs. Elles peuvent ainsi accélérer leur « go-to-market », bénéficier de l’expertise MasterCard et, si nécessaire, être mises en relation avec des banques pour développer leur offre. Nous sommes extrêmement fiers de ce partenariat avec les FinTechs en France.
Et est-ce que le fait d’être si proche des FinTechs vous donne une connaissance de besoins liés à la carte ou au paiement que vous n’aviez pas envisagés ?
Oui, je pense qu’elles apportent une agilité à l’écosystème et elles ont souvent de très bonnes idées. Toute l’expérience client 100 % digitale, aujourd’hui, est clef. C’est vraiment là que se trouvent leurs apports au regard des banques classiques qui auront besoin de toute façon de garder des agences physiques. Il n’est ni possible ni souhaitable de passer à un monde 100 % digital. La proximité va toujours perdurer. Mais il s’agit de diversifier les expériences. Les FinTechs apportent rapidement sur le marché des expériences différentes aux consommateurs, que les banques n’ont pas le temps de réaliser aussi vite. Les partenariats entre les FinTechs et les banques sont la clef pour apporter l’intégralité des services au consommateur.
Le Mobile World Congress a été l’occasion pour MasterCard de faire de nouvelles annonces...
Il y a eu beaucoup d’annonces autour de la digitalisation et on y a vu la diversification de MasterCard en termes de secteur d’activité : nous intéressons de plus en plus les secteurs de l’énergie, les assureurs, les opérateurs téléphoniques. Ainsi, nous avons lancé un partenariat en Afrique qui permet de proposer l’accès à l’électricité dans des villes via un paiement par QR code sur un téléphone portable en fonction de ce qui est réellement consommé. De même, nous avons annoncé un système pour les assurances pour accélérer le paiement des assurés également par mobile et QR code. Derrière ces projets, l’objectif est de s’adapter aux supports que les consommateurs utilisent. Aujourd’hui, on sait très bien que dans les pays en voie de développement, tout le monde a un téléphone mobile ; il faut donc vraiment pouvoir l’utiliser en tant que support pour pouvoir faire du paiement dans toutes les situations.
De l’avance sur les nouveaux entrants
Nous avons parlé des réseaux historiques de la carte bancaire en France, mais il y a aussi de nouveaux réseaux qui arrivent : JCB, UnionPay, Alipay. Comment voyez-vous l’arrivée de ces nouveaux entrants sur le territoire français ?
Aujourd’hui, leur priorité est sur la partie acquisition. Ils veulent que leurs moyens de paiement, qui ne sont pas encore vraiment émis en France, puissent y être acceptés. Notre priorité n’est plus du tout sur l’acceptation. Nous avons cet avantage de pouvoir investir sur autre chose, et donc, finalement, nous prenons une mesure d’avance. Tous nos efforts sont sur l’innovation, sur la digitalisation et donc nous comptons bien conserver cette avance que nous prenons sur eux en France.
Union Pay a déjà plus de cartes émises que MasterCard Monde, même s’il est actif principalement en Chine, et a intégré la digitalisation en travaillant face à Tencent et Alipay…
Mais aujourd’hui, comme vous le mentionnez, les utilisateurs de cartes ne sont pas européens. Je pense que nous avons encore de belles années devant nous. Je suis en tout cas sereine sur le développement de MasterCard en France.