Bien qu’il n’existe pas une définition unique de la gestion ESG, l’offre de fonds prenant en compte des critères environnementaux, sociaux et de gouvernance d’entreprise ne cesse de s’étoffer. En 2018, près de 300 nouveaux fonds se déclarant « socialement responsables » ont été lancés en Europe. La collecte nette des fonds ESG a été de 38 milliards d’euros sur l’année – un montant certes moindre que les 58 milliards d’euros amassés en 2017, mais qui reste néanmoins solide, alors que le contexte boursier a été nettement plus morose.
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Il est également intéressant de noter que plus d’un quart des flux de souscription nets enregistrés dans les fonds ESG se sont dirigés vers des offres gérées passivement (fonds indiciels ou ETFs). IShares et Legal & General ont lancé l’année dernière des ETFs appliquant un filtre ESG sur la plupart des grands marchés actions développés, avec des frais allant de 0,05 % à 0,20 % par an. Ces ETF excluent les sociétés qui opèrent dans des industries controversées telles que le tabac, l’armement et le charbon ainsi que les sociétés violant les principes du Pacte Mondial de l’ONU. C’est une véritable démocratisation pour l’industrie car c’est la première fois que les investisseurs peuvent accéder à ce type d’offre avec un coût aussi faible.
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On constate également que la gestion ESG n’est plus cantonnée aux fonds actions et touche désormais des classes d’actifs de plus en plus variées. Sur les près de 300 nouveaux fonds ESG lancés en 2018, on dénombre une quarantaine de fonds obligataires et 75 fonds multi-classes d’actifs. Par ailleurs, au-delà des nouveaux fonds créés, de nombreuses sociétés de gestion se sont attachées à transformer des produits existants en fonds ESG, en modifiant les prospectus de gestion pour y mentionner l’intégration de critères extra-financiers.
Certaines sociétés de gestion ont par ailleurs adopté des politiques générales d’exclusion qui s’appliquent à tous les fonds qu’elles gèrent, qu’il s’agisse de fonds explicitement ESG ou non. Robeco, BNP Paribas AM et Unigestion font par exemple partie des sociétés ayant récemment décidé d’exclure le secteur du tabac de tous leurs portefeuilles, tandis que Candriam a décidé d’exclure à compter de 2019 toutes les sociétés exposées à plus de 10 % à l’industrie du charbon ou au tabac.
Robeco et BNP Paribas AM figurent d’ailleurs parmi les sociétés de gestion ayant les encours les plus importants en gestion ESG à fin 2018, tandis que le top 10 compte plusieurs sociétés scandinaves telles que Storebrand, Handelsbanken et Swedbank, qui ont eu une longueur d’avance dans le lancement de ces produits.
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Des performances encourageantes à court terme…
L’engouement des investisseurs pour les fonds ESG s’explique certes par une prise de conscience généralisée de l’impact que peuvent avoir les mauvaises pratiques environnementales, sociales et de gouvernance sur le cours de Bourse des sociétés et sur l’économie à long terme. Mais les résultats plutôt prometteurs des fonds ESG sur les périodes récentes ont aussi participé à cet engouement. En 2018, dans un contexte boursier difficile, les fonds ESG ont délivré des rendements supérieurs, en moyenne, à leurs concurrents non-ESG. 32 % d’entre eux se sont situés dans le premier quartile de leurs catégories respectives, et seulement 17 % se sont classés dans le dernier quartile de chaque catégorie.
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Ce n’est pas surprenant, compte tenu du fait que les critères ESG entraînent généralement un biais vers des sociétés de qualité, mieux gérées et moins volatiles. Par conséquent, toutes choses égales par ailleurs, les fonds qui prennent en compte ces critères investissent dans des titres susceptibles de mieux résister en marchés baissiers, comme c’était le cas au dernier trimestre 2018.
…mais la diversité croissante de l’univers complique la tâche de l’investisseur
La plupart de ces produits ne disposent cependant pas d’un historique de performance suffisamment long pour en évaluer le comportement dans différentes phases du cycle de marché. Sur le long terme, il n’existe pas de véritable consensus sur l’impact que peut avoir l’intégration de critères ESG sur le profil de rendement-risque d’un portefeuille, compte tenu de la grande variété des approches ESG possibles. Outre les approches dites d’exclusion, certains fonds utilisent des approches « best in class » qui n’excluent aucun secteur a priori, mais se concentrent sur les titres dont le profil ESG est le plus favorable au sein de chaque industrie. D’autres approches encore plus souples ciblent les « best effort », c’est-à-dire des sociétés dont le profil ESG s’améliore. Il est souvent difficile de distinguer entre les sociétés de gestion qui intègrent les risques extra-financiers de manière rigoureuse dans leur processus d’investissement, et celles qui cherchent à tirer profit d’un effet de mode en intégrant le langage ESG dans leur littérature marketing, mais sans véritablement changer, in fine, la composition de leurs investissements.
À l’inverse, sur certains marchés, l’intégration de critères ESG trop stricts peut conduire à réduire de manière excessive l’univers d’investissement, mettant en danger la diversification d’un portefeuille et son potentiel de performance à long terme. Au final, l’investisseur doit redoubler de vigilance pour vérifier si chaque fonds en particulier est susceptible de remplir à la fois ses objectifs financiers de rendement-risque et les éventuels objectifs extra-financiers.