Réglementations

Banques et marchés: l’inquiétude

Créé le

29.10.2012

-

Mis à jour le

28.11.2012

Président de l’AMF jusqu’en 2008, Michel Prada doute de la capacité des marchés à prendre le relais des banques si celles-ci, en raison de la réglementation, devaient moins contribuer au financement de l’économie.

Quel regard portez-vous sur les chantiers réglementaires en cours ?

Je suis préoccupé par l'écart d'avancement et par l'insuffisante mise en cohérence des réformes conduites en ce moment, d'une part dans le domaine bancaire, d'autre part dans celui des marchés financiers. Les nouvelles réglementations bâloises peuvent conduire les banques à réduire leur contribution au financement de l'économie. Or les marchés financiers ne me semblent pas à même de prendre le relais pour que les demandeurs et les offreurs de capitaux s'y rencontrent avec fluidité ; la multiplication du nombre de plates-formes de transaction (marchés traditionnels, MTF, dark pools…) à la suite de l'entrée en vigueur de MIF 1 a provoqué une fragmentation et une opacité préoccupantes des marchés ; les évolutions technologiques très rapides, dont le trading à haute fréquence est emblématique, posent des problèmes d'efficience, rendent le contrôle des marchés très difficile et ont pour effet de rebuter nombre d'émetteurs et d'investisseurs qui s'en éloignent.

Mais les règles de Bâle III ne sont-elles pas justifiées ?

Elles ont été adoptées en réaction à la crise et je n'ai pas compétence pour en juger. Cependant, le champ de la reprise en main, qui touche le système bancaire dans son ensemble, me semble ambitieux, comparé aux causes techniques de la crise qui sont relativement circonscrites : il s'agissait d'une bulle de crédit, rendue possible par un excès de liquidité lié aux déséquilibres globaux, et par des techniques d'externalisation du risque hors le système bancaire elles-mêmes rendues possibles par une déconsolidation fallacieuse, et une titrisation dévoyée. Dans les économies d'Europe Continentale, où le financement bancaire est essentiel, le durcissement généralisé des exigences de fonds propres et de liquidité associées à l'éventuelle redéfinition des métiers bancaires risque de poser à l'avenir de sérieux problèmes de financement, aujourd'hui masqués par la stagnation de l'économie.

Des débats sont en cours de chaque côté de l'Atlantique au sujet du trading haute fréquence pour améliorer le fonctionnement des marchés…

Le trading haute fréquence fait partie des problèmes posés en ce moment par l'extrême sophistication des marchés. Je ne suis pas certain en effet qu'un marché dont la moitié des opérations est réalisée à la milliseconde sur la base de décisions automatisées élaborées à partir de formules algorithmiques offre un fonctionnement tout à fait normal.
Malheureusement, comparé au rythme de l'innovation technologique, le temps de la régulation est trop long, surtout en Europe, ou lorsqu'il s'agit de prendre des décisions coordonnées au sein de l' OICV [1] . La tentation est donc grande de légiférer de façon unilatérale, mais dans un monde ouvert comme le nôtre, où la régulation reste très hétérogène, les traders haute fréquence peuvent continuer d'utiliser leurs outils sous des cieux plus cléments…

1 Organisation internationale des commissions de valeur.

À retrouver dans la revue
Revue Banque Nº754bis
Notes :
1 Organisation internationale des commissions de valeur.