Les banques éthiques sont à l'industrie bancaire ce que le commerce équitable est à la grande distribution : des acteurs de niche. Représentant moins de 1 % du secteur, elles sont spécialisées dans le financement de projets à plus-value sociale (formation, culture, santé, logement social, commerce équitable…) ou environnementale (agriculture biologique, projets locaux dans le domaine des énergies renouvelables…) et favorisent l'insertion d'acteurs souvent exclus par le système traditionnel. Pour elles, la rentabilité financière n'est pas une fin en soi, mais une manière d'atteindre un objectif plus large d'« impact positif dans la collecte et l'utilisation de l'argent », comme le montre une
Le phénomène constaté de « vote avec les pieds » qui s'en est suivi a été particulièrement marqué au Royaume-Uni et les banques éthiques y ont connu un boom considérable suite à la crise. Une
- un engagement plus important dans l'économie réelle ;
- la solidité et la qualité de leurs fonds propres ;
- une volatilité moindre face à la crise ;
- des niveaux de croissance notablement supérieurs.
Un phénomène ancien mais toujours vigoureux
On compte une trentaine de banques éthiques en Europe. Parmi les plus significatives, on trouve la GLS en Allemagne, Triodos aux Pays-Bas, The Co-operative Bank au Royaume-Uni, le Crédit Coopératif, acteur historique de l'économie sociale et solidaire en France, Banca Etica en Italie, la Banque Alternative Suisse, la banque Merkur au Danemark, et la Colonya, Caixa de Pollença en Espagne. Ces acteurs apparaissent dès les années 1970, souvent portés par des fondements religieux ou militants, mais ils ont été créés pour moitié ces dix dernières années, plutôt dans une logique d'entreprenariat social. Parmi les derniers nés se trouve la MagNet Bank, une banque communautaire en ligne, créée en 2010 en Hongrie.
Paradoxalement, les critères de différenciation des banques éthiques ne résident pas dans leur offre, qui est proche de celle des banques de détail traditionnelles. La différence porte davantage sur la place prédominante donnée à la responsabilité sociétale et à la solidarité dans l'exercice de leur activité d'intermédiation bancaire. Une
- l'emploi de l'intégralité des fonds selon des critères éthiques, soit négatifs (exclusion de certaines entreprises ou de certains secteurs), soit positifs (financement de certaines initiatives) optant pour le slow money plutôt que pour la spéculation, quitte à accepter une rentabilité moindre. Ces établissements ont en cela été précurseurs dans la finance et l'épargne solidaires ;
- la transparence sur l'utilisation de leurs actifs, pouvant aller pour certaines jusqu'à la publication annuelle de la liste et des montants des projets financés.
- 36 % d'entre elles seulement ont développé des systèmes de garanties alternatifs à ceux des banques traditionnelles, que ce soit en interne (création d'un fonds de garantie) ou via des acteurs externes (cercles de caution fondés sur la solidarité collective) ;
- seules 18 % ont adopté un mode de gestion participatif en matière d'allocation des actifs qui laisse aux clients le choix des projets à financer par la banque (projets environnementaux, sociaux, culturels, associatifs…), les banques coopératives étant en cela les plus avancées.
Le Crédit Coopératif s'inspire de la Taxe Tobin
Le Crédit Coopératif se définit avant tout comme une banque coopérative, avec une histoire et des sociétaires issus de l'économie sociale, et portant en cela des préoccupations éthiques. Membre fondateur de la FEBEA, il a été précurseur en France en matière de finance solidaire et a su faire preuve d'innovation, comme le montrent ces deux exemples :
- lancé en septembre 2012, le « Compte agir » laisse au client le choix de l'affectation de ses encours ;
- la Contribution volontaire sur les transactions de change (CVTC) en faveur du développement international, appliquée par le Crédit Coopératif, est plus proche de l'idée originelle de la Taxe Tobin que les taxes sur les transactions récemment introduites en Europe.
Le positionnement à venir des banques éthiques sur le marché européen sera riche d'enseignements pour les banques traditionnelles. Pour les petits acteurs, l'enjeu est de s'agrandir pour élargir leur impact, ce qui exige de continuer à innover tout en faisant face à de nouvelles exigences réglementaires. Pour les gros acteurs, l'enjeu est de maintenir leur différence face à leurs concurrents directs que sont les réseaux bancaires traditionnels et qui semblent miser à leur tour de plus en plus sur l'éthique, dans leur communication, leur relation clientèle mais aussi dans leurs politiques de développement commercial.