Après que les banques centrales ont été forcées à descendre leurs taux au plus bas et à lancer de nouveaux programmes d’achats d’actifs, on pouvait craindre que la pandémie ne les conduise à maintenir des politiques monétaires très accommodantes pendant plusieurs années. C’était compter sans l’efficacité de leurs interventions : jointes aux mesures de soutien budgétaire et aux campagnes de vaccination, elles ont permis à l’activité de se redresser rapidement. En quelques trimestres seulement, un choc de demande a laissé place à… un choc d’offre ! Désorganisation des circuits d'approvisionnement, pénurie de semi-conducteurs, manque de main-d’œuvre ou encore tensions sur les marchés de matières premières poussent désormais partout les prix à la hausse. Or, si les banques centrales insistent toutes sur le caractère temporaire de ces tensions, leur ampleur comme leur durée les ont prises par surprise. À cette surprise, chacune répond à sa manière.
La confusion anglaise
Aux États-Unis, où les tensions sont manifestes, la Réserve fédérale poursuit son numéro d’équilibriste et se donne encore quelques trimestres pour tenter d’approcher de son objectif d’emploi maximum. En réduisant ses achats d’actifs à partir de novembre, elle s’est toutefois ouvert la possibilité de remonter ses taux dès la deuxième partie de 2022. Dans la zone euro, où les tensions sont moindres et où la banque centrale peine depuis dix ans à atteindre sa cible d’inflation, la présidente de la Banque Centrale Européenne, Christine Lagarde, use à nouveau du « guidage des anticipations » en déclarant peu probable une hausse des taux en 2022. La stratégie de la banque d’Angleterre est plus confuse : en n’augmentant pas ses taux début novembre, son Comité de politique monétaire vient de prendre les marchés à contre-pied. Juger de la portée des tensions actuelles est délicat, à n’en pas douter, et les banques centrales ne vont cesser d’ajuster leur appréciation au fil des mois. Éviter des mouvements déstabilisateurs sur les marchés obligataires requerra plus que jamais une communication habile.