La banque au féminin

Créé le

10.03.2016

-

Mis à jour le

29.03.2016

La carrière de Claire Dumas est l’exemple d’un parcours intégrant toutes les possibilités d’évolution offertes par une banque universelle : des métiers de la banque d’investissement à ceux de la banque de détail, en passant par les structures centrales du groupe.

Un parcours 100 % Société Générale ?

Presque : j’ai démarré ma carrière dans un cabinet d’audit et de conseil, où j’ai passé 6 ans. Puis j’ai travaillé dans la banque d’investissement, avant de rejoindre la direction des risques, et désormais j’ouvre une nouvelle page dans la banque de détail. C’est une chance d'avoir eu ce parcours diversifié et riche, sans changer d'entreprise. Même si cela suppose certaines prises de risque dans mes changements de postes.

Pourquoi ce parcours en zigzag ?

Plus qu’en zigzag, je parlerais d’un parcours transversal, qui est le résultat d’opportunités, de choix, et d’une recherche d’horizons nouveaux. Après dix ans dans la banque d’investissement, rejoindre la direction des risques m’a permis de m’ouvrir sur d’autres métiers du groupe, tout en capitalisant sur l’expérience acquise chez Deloitte et durant mes années au sein des fonctions support. Aujourd’hui, prendre la direction financière des Réseaux France me permet de découvrir en profondeur la banque de détail, tout en m’appuyant sur mon expérience passée. Je vois comme une grande chance le fait de pouvoir, à 45 ans, prendre ce tournant !

Des évolutions en phase avec les tendances du secteur ?

Lorsque j’ai rejoint la banque en 1998, j’ai fait le choix des activités de marché, qui me semblaient alors vivantes et évolutives : à l’époque, elles se développaient en dessinant de nouvelles frontières, avec des produits, des systèmes et des process éminemment modernes et innovants. Lorsque j’ai intégré la direction des risques, la crise financière et l’évolution extrêmement rapide de la réglementation bancaire ont eu pour effet une multiplication des projets à mener, mais également de la pression sur ces sujets. Aujourd’hui, alors que travaille dans la banque de détail, nous devons faire face à des enjeux multiples : s’adapter aux nouveaux comportements des clients, au monde digital, à un environnement de taux durablement bas… Ceci montre simplement que la banque est un univers qui évolue rapidement, où les métiers se transforment et où l’on doit s’adapter en permanence. On peut donc y mener des carrières riches et variées.

Vous êtes active au sein de l’association Féminin by Société Générale…

C’est une cause à laquelle je crois… aujourd’hui ! Plus jeune, alors que je travaillais dans un cabinet d’audit anglo-saxon, je considérais que la politique de discrimination positive qu’il appliquait envers les femmes venait entacher leur mérite ; je ne croyais ni à l’existence d’un problème lié à la diversité, ni à l’efficacité de politiques volontaristes en la matière. Avec le temps, force a été de constater que je m’étais trompée : la diversité ne va pas de soi dans un pays où les femmes ont le droit de vote depuis moins d’un siècle, et celui d’avoir un chéquier depuis 40 ans à peine ! Elles sont encore très peu nombreuses dans les instances de gouvernance des grandes entreprises, et encore moins sur des postes exécutifs. Un des leviers pour encourager la diversité est celui des réseaux au féminin. Société Générale en a un, j’y contribue quand je le peux, pas assez à mon goût.

Le plafond de verre reste-t-il une réalité ?

Toujours, et il est épais ! On l’attribue généralement à la maternité ; je pense pourtant que le sujet principal est celui de l’évaluation de la performance, de sa perception dans un monde professionnel construit et dirigé par des hommes. On fait souvent moins confiance aux femmes : leurs résultats s’effacent devant la performance de leur équipe, on voit des réactions affectives dans des modes d’expression qui sont juste différents. De ce fait, on pense à elles pour des travaux complexes, mais moins souvent pour leur confier les rênes d’équipes importantes.

Qu’en est-il au sein du groupe Société générale ?

Nous avons un « Board de la diversité », composé de membres du CODIR, des hommes et des femmes, dont je fais partie ; son périmètre dépasse la diversité hommes-femmes et couvre toutes les situations (âge, nationalité…). Notre rôle est d’abord de mesurer là où le groupe en est en matière de diversité, chiffres à l’appui… car nous sommes des banquiers, et que souvent les chiffres parlent d’eux-mêmes. Nous travaillons également sur des leviers d’action, comme le déploiement de formations (par exemple aux « biais » de perception), la mise en place de cibles en matière de diversité, ou simplement la promotion des performances qui naissent dans des environnements vraiment diversifiés.

À l’aise avec les nouvelles technologies ?

J’en ai l’usage de quelqu’un née sans Internet : je suis utilisatrice, mais pas précurseur. Ma contribution en termes d’innovation est d’abord d’essayer de mettre en place au sein de mes équipes un climat et des structures qui la favorisent, mais le vecteur technologique vient des membres de mes équipes, pas de moi.

Où vous voyez-vous dans 10 ans ?

J’aimerais avoir un job au moins aussi intéressant que celui que j’ai aujourd’hui ; si possible à la Société Générale.

À retrouver dans la revue
Revue Banque Nº795