Finance durable

La banque de l’après-crise : vers un nouveau paradigme ?

Créé le

05.11.2010

-

Mis à jour le

05.03.2014

Les crises financières sont fréquentes. Leur coût est de plus en plus élevé. Faut-il y voir des défaillances de la réglementation, de la gouvernance, du manque de transparence… et des mécanismes du marché ? Ces interrogations ont sans doute encouragé le développement des stéréotypes sur la banque. Peut-on rêver d’un nouveau paradigme plus pertinent proposant un modèle de banque plus résilient ?

Peut-on favoriser une réconciliation entre la théorie et la pratique bancaire ? Peut-on imaginer d’un nouveau paradigme proposant un modèle de la firme bancaire plus résilient ? L’essai mérite d’être tenté si l’on veut rétablir la confiance tant nécessaire à l’élaboration du nouveau paradigme bancaire dans lequel doit s’épanouir la banque de l’après-crise.

L’ambition de cet article est de mieux appréhender la complexité de la firme bancaire. C’est une des façons d’établir un nouveau contrat de confiance entre le public et la banque et de rappeler son utilité sociale et son rôle structurant. Ces éléments de réflexion vont s’organiser autour de la question de l’évolution des modèles de banque en Europe et aux États-Unis dans les prochaines années. Il s’agit de montrer en particulier que le modèle de banque du XXIe siècle devra résulter d’un nouveau paradigme bancaire centré sur la croissance, la maîtrise des risques et la gouvernance dépassant et complétant le paradigme en vigueur qui repose sur la structure, le comportement et la performance.

L’intermédiation bancaire : une fonction de plus en plus complexe

La question de l’intermédiation bancaire est restée ancrée dans des schémas basés sur l’opposition entre « économie d’endettement » et « économie de marché de capitaux ». Ces schémas sont pédagogiquement utiles pour simplifier une réalité financière complexe. Ils ne doivent pas pour autant s’ériger en archétypes pour expliquer une finance internationale qui se complexifie avec des acteurs bancaires multiproduits, multiservices et d’envergure planétaire.

Intermédiation, désintermédiation, re-intermédiation… : slogans ou réalité ?

En décembre 2000, Christian Noyer [1] , vice-président de la Banque centrale européenne, rappelait que « plusieurs observateurs ont [donc] relevé à juste titre que la zone euro est actuellement engagée dans un processus de mutation structurelle faisant une plus large place aux financements de marché ou, en d'autres termes, fondés sur l'émission de titres ». Ce constat résulte de la déréglementation financière qui a favorisé les mécanismes de marché dans l'allocation des ressources.

Interprété par les académiques, cela revient à dire que l’intermédiation financière revêt deux formes : l’intermédiation bancaire et l’intermédiation de marché. Cette simplification pédagogique ne favorise pas l’analyse de la réalité financière contemporaine autrement plus imbriquée.

Ce raccourci s’appuie sur des interprétations de l’ouvrage de 1960 de John Gurley et Edward Shaw [2] . Ces auteurs sont souvent présentés comme des pionniers dans l’explication des mécanismes de l’intermédiation financière. L’intermédiation est considérée comme un relais entre deux catégories d'agents : ceux à besoin de financement et ceux à capacité de financement. Durant la première moitié des années 1970, John Hicks [3] a prolongé l’approche en élaborant le schéma académique traditionnel qui va faire école et qui oppose la finance directe à la finance indirecte. Ce schéma a été développé à un moment où les entreprises non financières américaines avaient rendu possible leurs investissements en recourant massivement aux marchés financiers. Cette opposition correspond-elle pour autant à l’état de la finance mondiale contemporaine ? Ces deux alternatives conduisant à deux cas polaires ne sont-elles pas réductrices et par conséquent source de confusion ?

Le clivage finance directe contrefinance indirecte s’estompe

L’intermédiation bancaire est retracée dans le bilan des banques : les prêts sont enregistrés à l’actif et les dépôts figurent au passif. Ces deux opérations sont interdépendantes. Par extension, on parle « d’intermédiation de bilan ». La banque apparaît alors comme une alternative à la finance directe.

Mais le clivage entre finance directe etfinance indirecte trouve de moins en moins sa correspondance dans les business models et dans l’organisation des banques au moins pour trois raisons :

  • le besoin de financement des banques est satisfait pour une part croissante par le marché;
  • les gestionnaires d’épargne que sont les asset-managers et les compagnies d’assurances jouent un rôle croissant dans la fonction d’intermédiation et les banques sont devenues les principaux distributeurs des produits conçus et gérés par ces acteurs spécialisés ; ainsi, au sein des agences bancaires traditionnelles, les crédits sont accordés en même temps qu’elles commercialisent des fonds. L’interpénétration va jusqu’au niveau le plus fin du système de distribution;
  • les banques de financement et d’investissement (BFI) associent financement et techniques de marché.

L’élargissement des métiers de la banque

À côté de l’intermédiation de bilan, la banque a développé de nouvelles activités que l’on a pris l’habitude de regrouper sous l’appellation « intermédiation de marché ». Au fil des décennies, les métiers de la banque se sont intégrés aux métiers du marché financier comme en témoigne l’explosion des salles de marché, par exemple en France, à la fin des années 1980. Le développement de ces structures de trading a d’ailleurs été favorisé dans les années 1990 par les nouvelles technologies de l'information et de la communication.

D’un point de vue agrégé, l’intermédiation de marché regroupe, outre les opérations sur titres, les opérations de hors-bilan [4] et en particulier les activités sur les produits dérivés (options, swaps et futures). Le développement de ces activités se traduit dans les comptes de résultats des banques. Les produits des opérations sur titres et autres produits hors intérêt, après avoir occupé une place prépondérante dans la structure du produit net bancaire à côté de la marge traditionnelle d’intermédiation au début des années 2000, semblent diminuer pour l’ensemble des banques des pays de l’OCDE (voir l'encadré 1) vers la fin des années 2000. En effet, alors que les revenus autres que les intérêts dans le PNB des banques des pays de l'OCDE étaient à la veille de la crise – en 2006 – de 30%, ils sont passés à 10% en 2008. Cette érosion des commissions dans le revenu des banques induite par la crise a été manifeste, mais a conduit, jusqu’ici, plus à des adaptations qu’à des remises en cause des modèles. Ainsi, les grands acteurs, spécialistes de la banque de financement et d’investissement, ne devraient-ils pas remettre fondamentalement en cause la structure de leurs activités, mais plus simplement s’adapter aux changements dans les marchés [5] ?

Des activités difficilement traçables

Les activités de marché font désormais partie de l’intermédiation bancaire globale. La valeur du hors-bilan dépasse celle du bilan. Par ailleurs, ces activités sont facilement liquidables grâce à la mobiliérisation croissante de leurs supports, ce qui évite un long blocage des ressources comme c’est le cas pour les activités traditionnelles de crédit. Cette « titrisation » ou intermédiation « marchéisée » en pleine croissance n’est l’apanage exclusif d’aucun intermédiaire financier. Tous, qu’ils soient bancaires ou non, peuvent l’exercer. C’est dans cette banalisation que ce trouve l’une des caractéristiques du système d’intermédiation actuel car cette banalisation favorise le processus de transfert des risques. Ce n’est pas tant la titrisation qui pose problème que la complexité qui résulte de la transformation des caractéristiques qu’elle provoque et qui rend certains produits financiers peut compréhensibles et traçables (voir l'encadré 2).

Au final, plusieurs types d’intermédiation complémentaires coexistent

La firme bancaire ne peut donc plus être réduite à la fonction d’intermédiation simple entre dépôts et crédits. Il y a bien plusieurs types d’intermédiation complémentaires les uns aux autres : à l’intermédiation simple s’ajoute la titrisation et la gestion d’actifs qui sont des intermédiations de marché, les trois se développent au sein ou par l’intermédiaire de la firme bancaire. Ce sont donc les contours et le contenu de cette firme qu’il y a lieu de redéfinir. Elle combine des fonctions dites de production : intermédiation, moyens de paiements, gestion de tous types d’épargne, des fonctions de distribution; mais aussi des fonctions d’ingénierie financière complexe et les frontières entre ces différentes activités sont de plus en plus perméables. Une partie de l’innovation financière tient d’ailleurs au fait que les techniques utilisées dans un domaine ou un marché sont transférées dans d’autres domaines ou d’autres marchés.

États-Unis - Europe : des modèles de banque différents

Même si l’on s’oriente, du fait de la globalisation, vers une vision plus intégrée de l’intermédiation, cela ne conduit pas pour autant à uniformiser les modèles bancaires, qui restent très différenciés, liés à l’histoire, à la culture des pays ou des zones géographiques dont ils sont originaires. Comme l’indiquent d’ailleurs les travaux de Raphaël La Porta et al. (1996 et 1997), le processus de convergence des systèmes est bien plus complexe. Il existe de fortes disparités entre les pays. Entre les pays européens eux-mêmes subsistent d’importantes différences structurelles (législation comptable, législation et organisation du travail, fiscalité, contrôle, barrières culturelles et linguistiques...) qui ne disparaîtront pas du jour au lendemain.

Les banques américaines ne changent pas malgré la crise

L’histoire bancaire du XIXe siècle fournit une grille de lecture intéressante et permet de mieux comprendre le comportement des acteurs, et ce faisant de mieux qualifier les différents types de firmes bancaires et leurs comportements potentiels.

Des spécificités bancaires demeurent d’un pays à l’autre et les modèles sont plus complexes qu’il peut apparaître. En effet, les banques sont souvent les héritières de maisons fondées au XIXe siècle et ont des cultures qui les différencient fortement. Cette culture influence détermine certaines des caractéristiques des systèmes bancaires. Celles-ci sont le résultat du jeu conjugué des acteurs du système que sont non seulement les banquiers, mais aussi leurs clients et leurs habitudes, les superviseurs et leur plus ou moins grande rigueur, les gouvernements et l’idée qu’ils se font du rôle de marché et donc de ses limites.

Deux modèles apparaissent clairement : le modèle anglo-saxon développé, à peu près à la même période, au Royaume-Uni et aux États-Unis et le modèle d’Europe continentale qui trouve ses racines en France et en Allemagne.

Une chose est sûre, la mondialisation financière est à l’origine de multiples transformations. Elle conduit à une globalisation des marchés, mais n’efface pas les différences qui existent au niveau des organisations et des réglementations. L’Amérique est en retard en matière de conception et de pilotage des systèmes financiers. Le propos peut surprendre et paraître paradoxal, surtout si on ajoute que les annonces de Barack Obama du 21 janvier 2010 ne manquent pas de surprendre. En effet, en matière de réglementation, on note un retard très clair des banques américaines par rapport aux banques européennes. Contrairement à ce que l’on prétend parfois, les banques américaines sont restées, jusqu’au déclenchement de la crise, cloisonnées sous l’influence du Glass-Steagall Act de 1933. La banque commerciale est restée séparée de la banque de financement et d’investissement (BFI). Le Gramm-Leach-Bliley Act, libérant les banques et permettant une diversification salutaire, a certes été adopté en 2000. Mais les banques américaines, à l’exception notable de Citigroup, sont restées enfermées dans leurs modèles d’origine et n’ont pas adopté celui de la banque universelle. La raison en est simple: ce modèle des securities companies était le plus profitable dans les circonstances du moment. Ainsi Merrill Lynch, Morgan Stanley et Bear Stearns, mais aussi de Lehman Brothers sont elles restées fidèles à leur modèle d’origine.

Ce dernier exemple en constitue une preuve irréfutable, véritable mastodonte mono-produit, cette maison de titres (on oublie trop vite qu’il ne s’agissait pas d’une banque commerciale ni d’une banque universelle) n’a pas su diversifier ses risques. Ce géant de la finance mondiale a, contrairement à certaines appréciations, été étouffé par ce vieux corset de plus de 70 ans, le fameux Glass-Steagall Act ! En effet, l’hyperspécialisation dans un contexte de liquidité surabondante et de taux d’intérêt bas a conduit à des prises de risques anormalement élevées, encouragées, il est vrai, par la SEC qui n’a cessé d’accepter de relever le ratio de levier.

Le marché bancaire américain demeure éclaté et spécialisé

Les modèles bancaires américains ont été récusés par la crise par manque de diversification de leurs activités et se sont trop reposés sur la titrisation et les activités de marché. Avant la crise, la banque de financement et d’investissement pure (BFI) était considérée comme la référence. Ce modèle, importé des États-Unis, vient d’être, sous de multiples aspects, remis en cause par la crise…Les « Big Five US » ont en effet disparu (Merryll Lynch rachetée par Bank of America, Goldman Sachs et Morgan Stanley transformées en banque (bank holding company), Bear Sterns rachetée par JP Morgan avec l’aide de l’État américain, lehman Brothers en faillite... D’après Oliver Wyman Financial services (2010), sur le top 20 des institutions financières américaines, 8 ont soit fait faillite, soit ont été contraintes de fusionner. C’est le cas de AIG, Bear Streans, Wachovia et Washington Mutual. Or, ces institutions représentent presque 25% des actifs du système financiers américains.

Cette très forte concentration n’exclut cependant pas un morcellement du reste du système financier américain. En effet, aujourd’hui encore, le marché bancaire américain demeure très éclaté et spécialisé. La taille moyenne des banques américaines en termes de total du bilan (1 milliard d’euros) est encore très inférieure à la moyenne des banques européennes (5 milliards d’euros). Seules 22 banques américaines sur une constellation de 8000 ont une taille (total du bilan) supérieure à 55 milliards de dollars. En comparaison, BNP Paribas fait, à elle seule, un peu moins de 2000 milliards de dollars. Plus de la moitié des banques américaines, soit 5000 environ, sont très petites – moins de 100 millions de dollars de bilan. Dans cette myriade de très petites banques, la problématique de la taille et du risque systémique n’est pas la donnée majeure. Il y a bien d’un côté Wall Street et de l’autre le reste du système bancaire américain. Il y a donc un vrai risque, du point de vue du financement de l’économie américaine, à adopter une approche qui ne teindrait pas compte de cette double réalité. Et il serait bienvenu que les superviseurs américains prennent en compte l’apport économique de la fonction d’intermédiation traditionnelle.

Quel avenir dans ce contexte pour la banque universelle en Europe ? Que vont devenir les « One stop shop européens » ? Vont-ils être démantelés et subir le sort des ex-champions US ?

Le modèle européen de banque universelle est aujourd’hui mature. Il résulte d’un processus de construction qui s’est inscrit dans la durée, qui est économiquement cohérent car il tente de valoriser les économies d’échelle et d’envergure et les synergies qu’autorise la diversification des activités.

L’avenir est-il aux grands groupes bancaires multispécialisés ?

La tendance observée sur la période récente n’est pas une érosion du rôle des banques, mais un élargissement de la fonction d'intermédiation financière. Les grands groupes bancaires multispécialisés, vialeur pôle BFI, continuent à être en contact avec les grandes entreprises dans le cadre de relations traditionnelles de financement, mais leur offre intègre aussi les produits de marché. Marchés sur lesquels elles sont extrêmement actives et qui vont leur permettre de trouver les ressources nécessaires au financement de leur activité de crédit.

Les systèmes financiers se restructurent et se concentrent. Ils sont de plus en plus dominés par quelques grands groupes bancaires multispécialisés à l’échelle planétaire. Dans quasiment tous les pays de l’OCDE, exceptés les États-Unis et l’Allemagne, l’actif des cinq premières banques représente plus de la moitié de l’actif de l’ensemble des banques. Dès lors, la distinction académique traditionnelle market based contre bank based devient quelque peu dépassée dans la mesure où les grandes banques interviennent de plus en plus sur les marchés. Ainsi, l’émergence de ces grands groupes bancaires, plutôt que de conduire à une baisse de l’intermédiation financière, l’a au contraire maintenue. Comme le montrent Franklin Allen et Antony Santomero [6] dans leur célèbre article de 1997, cette évolution conforte l’idée que le développement des marchés financiers ne se fait pas au détriment de celui des intermédiaires financiers. Au contraire, les banquiers sont les animateurs d’un marché de capitaux de plus en plus interbancaire.

Les origines de la banque universelle

Quels sont les facteurs à l’origine de la constitution de grands groupes bancaires multispécialisés ? On peut en évoquer au moins deux.

  • La mobilité des capitaux entre les grandes places financières et la concurrence bancaire favorisent un alignement des comportements des banques. Cette mobilité encourage la diversification, la recherche d'économies d’échelle et d’économies d'envergure ainsi qu’une meilleure fidélisation de la clientèle.
  • Les cadres législatifs qui régissent le fonctionnement des banques dans plusieurs pays encouragent de plus en plus le « principe d'universalité ». Ces mesures sont complétées par le renforcement des normes prudentielles avec Bâle I et II, visant la stabilité financière des systèmes bancaires. Ainsi, la plupart des pays ont opté pour un système de « banque à tout faire » ouvrant la possibilité aux banques de réaliser tous les métiers de la finance.
Aujourd'hui, les législations nationales semblent avoir unanimement consacré le modèle de la banque universelle. Cette option est toutefois plus ancienne dans certains pays que dans d'autres. Certains systèmes bancaires européens se sont ralliés à ce schéma sous l'impulsion de la seconde directive bancaire de 1993 sur les services d'investissement. Elle a offert aux banques la possibilité d'étendre leur gamme d'activités ( voir l'encadré 3).

Depuis quasiment un siècle, le modèle de banque américain à très peu évolué. Même avec la dernière crise, il est difficile de dire que l’on s’oriente vers un changement de modèle. Le secteur bancaire américain demeure ambivalent, avec de grosses entités d’envergure mondiale et une myriade de petites banques de taille locale. Le secteur bancaire d’Europe continentale continue à reposer de son côté sur la banque universelle, même si certaines de ses caractéristiques sont appelées à évoluer [7] .

Les tendances : diversification et réintermédiation

Les produits bancaires sont soit vendus et fabriqués par la banque elle-même dans le cadre de « modèles intégrés », soit produits par des entités extérieures au groupe et commercialisés dans le cadre d’un modèle en architecture ouverte.

On comprend dès lors que la firme bancaire est très diverse dans ses structures et son mode de management. On peut certes identifier, à la faveur d’une approche analytique, un certain nombre de fonctions. Mais on perçoit bien que celles-ci sont mises en œuvre de façon différente.

Ainsi la banque de financement corporate qui s’adresse aux très grandes entreprises internationales ne sera pas exercée de la même façon chez Morgan Stanley, BFI de type anglo-saxon, ou Santander, banque universelle, pour laquelle le marché des grandes entreprises ne revêt pas la même importance stratégique.

Deux tendances se dégagent. La première qui a été longtemps dominée par une logique de concentration et de spécialisation, correspond à la banque de « gros pure » (wholesale bank) ou bulge bracket investment bank. Il s’agit de banques d’investissement globales dont le cœur de métier est la banque d'affaires. Elles sont très concentrées à l’échelle mondiale. On trouvait principalement les « Big Four » américaines : Goldman Sachs, Lehman Brothers, Morgan Stanley et Merrill Lynch. Leur produit net bancaire était partagé entre deux activités spécialisées : la banque de financement et d’investissement et la gestion d’actifs pour les clients institutionnels. Hormis quelques exemples comme le Groupe Crédit Suisse, la Deutsche Bank Group et UBS Group qui ne sont pas cependant absents de la banque de détail, il n’y a pas véritablement d’équivalent en Europe.

Les grandes banques européennes ont construit progressivement un modèle diversifié en s’appuyant sur le cœur de métier : la banque de détail. Cette deuxième catégorie de banque joue sur deux composantes majeures.

  • La proximité avec ses clients et la diversité de ses activités financières. Qualifiées souvent de one stop shoping, elles sont dotées d’un réseau d'agences tourné vers les particuliers, les PME et, dans une moindre mesure, les grandes entreprises. Leur produit net bancaire résulte pour l’essentiel de leur activité de détail. La logique de ces « supermarchés de la finance » consiste à associer des filiales spécialisées. Ces filiales exercent dans le crédit à la consommation, la gestion d’actifs, l’assurance et les services financiers spécialisés, mais aussi dans d’autres métiers comme la banque privée. Parmi ces banques, on trouve Citigroup, Groupe Crédit Agricole, Sumitomo Mitsui Financial Group, Groupe BNP Paribas, Société Générale. Au sein de ce groupe, la bancassurance a fait l’objet de développements réussis, notamment en France.
  • Au sein de ces conglomérats financiers, les synergies entre métiers sont mises en œuvre pour créer de la valeur actionnariale. Ainsi, les actifs des compagnies d’assurances sont gérés par les asset-managers qui eux-mêmes utilisent les brokers et les salles de marché des groupes. Les activités de financement sont, pour les opérations de couverture, apporteuses d’ordres aux salles de marché, notamment pour ce qui concerne les taux et le change. Le financement de certaines entités est assuré par la BFI qui organise, par exemple, la titrisation du portefeuille des crédits à la consommation. Ces évolutions et ces activités montrent que l’intermédiation financière est loin de fléchir. Elle prend d’autres voies, mais s’appuie toujours sur les banques. On peut de ce point de vue, parler de réintermédiation.
Il y a donc bien lieu d’inclure cette réalité nouvelle dans le corpus de la théorie de la firme bancaire.

Vers un nouveau paradigme bancaire ?

La crise est en train de recentrer la définition, les fonctions et le périmètre de la banque. Elle a révélé beaucoup de décalage dans la recherche académique et de retard dans l’élaboration d’une théorie bancaire ainsi que beaucoup de méconnaissances de la banque et de sa fonction dans la société.

Les retards de la théorie sur les pratiques bancaires

La plupart des experts sont unanimes sur ce point : il n'y aurait pas une théorie de la firme bancaire, mais une variété d’approches s’inscrivant dans le champ méthodologique qu’offre l’économie industrielle [8] .

Encore aujourd’hui, la théorie bancaire est éclatée. Sans prétendre à l’exhaustivité, on peut noter qu’il existe au moins sept axes qui tentent d’expliquer le rôle et le fonctionnement de la firme bancaire (voir l'encadré 4). L’importance de ces axes est en train de changer au vu des enseignements tirés de la crise financière de 2007-2008.

Les cinq premiers axes relèvent de ce qu’il convient d’appeler le paradigme SCP (structure, comportement et performance). Ce paradigme domine la littérature portant sur la firme bancaire depuis les années 1960. Initié par les économistes de la Federal Reserve, il a constitué jusqu’à une époque récente l’une des références principales de la recherche sur la banque. Cependant, l’une de ses faiblesses est qu’il assimile la banque à une firme quelconque. L’idée est qu’une meilleure compréhension de la structure du marché bancaire conditionne le fonctionnement de la banque ainsi que sa performance. Les références au paradigme SCP n'ont cessé de se développer dans le domaine bancaire comme cadre permettant de mieux comprendre les stratégies des banques dans le contexte réglementaire en vigueur.

Qu’est-ce que le paradigme SCP ? Les travaux pionniers de Joe Bain publiés en 1951 et en 1956 fondent l’idée selon laquelle le taux de profit moyen des secteurs industriels est positivement corrélé avec leur degré de concentration. Cette relation qu’on associe à l’école de Harvard suppose que la structure du marché influence le comportement des firmes qui agit à son tour sur leur performance.

À partir des années 1960, le SCP a servi de référence à de nombreux travaux sur la banque. Ce paradigme a été appliqué à la firme bancaire pour examiner la structure du marché bancaire, la concurrence et le pouvoir de marché bancaire. Parmi les travaux fondateurs, on trouve notamment ceux de Michael Klein et sa contribution de 1971 permettant d’élaborer ce qu’il appelle « A theory of the banking firm », suivi des travaux d’Ernest Baltensperger (1980). L’assimilation de la banque à une firme quelconque est également très nette dans les travaux de Frederick Bell et Neil Murphy qui, en 1968, généralisent l’application et la mesure du concept d’économie d’échelle à la banque. Dans leur contribution de 1977, Calvin Sealey et James Lindley proposent une théorie de la production et du coût des banques et suggèrent même une définition des inputs et outputs dans les institutions financières.

Les années 1980 et 1990 ont continué à être marquées par une série de travaux s’appuyant sur le modèle SCP visant à approfondir le comportement de la firme bancaire, l’intermédiation financière, l’efficience et la productivité bancaire.

Le paradigme croissance, risque et gouvernance

Cependant, la crise est en train de recentrer la recherche sur la firme bancaire autour d’un paradigme tenant compte davantage de la spécificité de la banque avec une meilleure prise en compte des risques, un aspect sous estimé dans le paradigme SCP. L’approche se réfère principalement aux deux derniers axes (voir l'encadré 4) qui fondent ce qu’on appellera le paradigme CRG (croissance, risque et gouvernance). Ce paradigme peut trouver son origine dans les contributions de Joseph Stiglitz de la fin des années 1990. Dans une contribution de 1998, celui-ci suggérait déjà un recentrage microéconomique précisant la relation entre le système financier, d’une part, et les fluctuations macroéconomiques et la croissance, d’autre part. La fragilité induite par les crises financières dans les économies émergentes ont conduit Stiglitz à formuler le constat suivant : les travaux sur le thème de la libéralisation financière se sont limités à traiter du système financier de manière isolée sans prise en compte de ses spécificités. La maladresse a consisté à lier de manière superficielle l’intermédiation financière à la macroéconomie réelle. Le rôle et la raison d’être des banques ne semblent pas avoir été pris en compte de manière satisfaisante. C’est pourquoi il reproche à la théorie traditionnelle des fluctuations macroéconomiques d’inspiration keynésienne de ne pas tenir compte des apports de la finance moderne. Dans les modèles macroéconomiques qu’elle initie, le système financier est résumé dans une simple équation de demande de monnaie, l’offre de monnaie étant fondée sur une relation inverse entre le taux d’intérêt et le niveau d’investissement. C’est durant cette décennie 1990 que d’autres économistes, comme Robert King et Ross Levine, ont cherché à mieux appréhender la banque dans le processus de la libéralisation financière. Ils s’interrogent sur la manière d’identifier le rôle microéconomique des banques dans le processus macroéconomique de la déréglementation. Cette approche est complétée par de nombreuses contributions post-crise 2008 visant à examiner les risques systémiques et la gouvernance bancaire. Ces travaux cherchent en particulier à permettre d'éviter les paniques bancaires en améliorant la gestion des risques et à favoriser une meilleure régulation et une bonne gouvernance bancaire. C’est l’objectif fixé par de nombreux travaux dont ceux de David Walker (2009), Xavier Freixas (2010), mais aussi Eleanor Bloxham (2010) et Franklin Allen et Elena Carletti (2010). Le rôle de la banque dans l’économie, sa résilience face aux crises et son mode de gouvernance deviennent ainsi des thèmes majeurs et, jusqu’à une date très récente, encore sous exploités par la recherche académique.

L’importance d’une bonne gouvernance bancaire

Dans le paradigme CRG, la question de la gouvernance est centrale. Qu’est-ce qu’une bonne gouvernance bancaire ? Il s’agit d’un système d’appréciation des seuils acceptables ; seuils définis par des acteurs libres de tout conflit d’intérêt. Ces seuils portent sur trois dimensions bancaires fondamentales : la liquidité, l’innovation et le couple risque-rentabilité. La maîtrise de ces seuils, qui résulterait d’un calcul de condition du premier ordre, éviterait de basculer dans le risque systémique. Ces seuils optimaux permettent d’obtenir une firme bancaire efficiente avec des niveaux de risque acceptables et compatibles avec le bien-être collectif. Cette définition se fonde aussi sur le point de vue exprimé par Adair Turner [9] qui s’interroge sur l’utilité sociale des banques et leur capacité à améliorer le bien-être. Celui-ci milite pour une nouvelle politique macroprudentielle. Il s’interroge sur l’utilité de certaines réformes radicales, comme la réduction de la taille des banques, au nom du principe too big to fail, le retour à la séparation des activités de marché et de détail pour éviter les « banques-casino ».

La crise a mis en évidence les risques extrêmes associés à des marchés déréglementés. En situation de crise, lorsque, en raison de la montée des incertitudes, « l’accélérateur financier » commence à jouer, les banques comme les autorités de supervision perdent le contrôle de ces risques qui deviennent pratiquement ingérables faute d’un marché suffisamment liquide qui donne des prix qui aient du sens. Face à des phénomènes qui sont essentiellement de nature informationnelle, on peut s’interroger sur le mode de production hérité de la révolution industrielle quant à la pertinence des notions de productivité et de croissance. De plus, l’organisation et le mode de fonctionnement des organisations sont entachés de conflits d’intérêt. Bref, le système économique de ce XXIe siècle a besoin d’être revisité à la lumière des enjeux qui menacent la stabilité et la pérennité de nos économies. C’est pourquoi une bonne gouvernance, une meilleure maîtrise des risques dans un contexte de forte volatilité et de spéculation entretenue par une liquidité abondante ainsi que la recherche d’un nouveau mode de production en ligne avec la pérennité de l’écosystème et le respect des ressources non renouvelables, bref un nouveau mode de penser et une nouvelle vision doivent s’accompagner d’un nouveau paradigme dont la nouvelle finance sera l’une des dimensions.

L’urgence d’un nouveau paradigme bancaire

La crise a mis en évidence les dérives de la gouvernance bancaire. C’est ce que signale le rapport de David Walker (2009) en indiquant qu’il est nécessaire de revenir à des pratiques plus classiques pour une meilleure traçabilité des produits financiers au service d’une croissance durable et une meilleure évaluation des risques. Le rapport Walker insiste sur le rôle des conseils d’administration et sur la qualification de ses membres, leur performance, leur indépendance ainsi que sur la qualité de l’information destinée aux actionnaires. L’auteur du rapport recommande enfin une meilleure cohérence des rémunérations ainsi que l’instauration de comités de gouvernance du risque.

En somme, il s’agit de revenir à une certaine ré-intermédiation du financement de l’économie réelle.

Plus qu’une nouvelle régulation, le nouveau paradigme bancaire CRG milite pour une « finance durable » qui serait exigée de plus en plus par les consommateurs de produits financiers. Il s’agit d’une finance qui serait l’expression d’un acte social. Elle s’inscrit certes dans la sphère marchande où les prix des services financiers et les taux d’intérêt sont la traduction d’un coût de production assorti d’une marge. Mais cette finance devra être en même temps motivée par l’acte social. La RSB – ou responsabilité sociale de la banque – basée sur le solidaire, l’humain, le durable, l’éthique, l’équitable… et la bonne gouvernance devra progresser dans l’esprit des financiers de notre planète. La banque devra s’accorder avec les projets socialement responsables.

Il est désormais reconnu que la crise de 2007-2008 a mis en évidence combien les instruments de mesure utilisés sous-estimaient le risque. D’évidence, l’incidence possible des situations extrêmes n’était pas mesurée. Un dysfonctionnement majeur des marchés pouvant conduire à leur blocage n’était pas considéré comme entrant dans le champ des possibles. Cette double limite de l’évaluation du risque, d’une part, des conditions du fonctionnement des marchés, d’autre part, doit désormais être incluse dans l’approche que l’on peut faire de la firme bancaire.

Il est encore difficile, à ce stade, de prétendre pouvoir dessiner complètement le nouveau concept de cette firme bancaire plus réaliste dans l’approche des marchés, plus consciente de ses responsabilités sociales. Il semble toutefois que la finance mondialisée contemporaine, devra se référer au paradigme CGR et respecter la règle des 3 « p »:

  • une finance de proximité, centrée sur les individus ;
  • une finance performante, garante de sa pérénnité ;
  • une finance propre, respectant une éthique.

Plus qu’une « sur-réglementation », vers de meilleures pratiques bancaires

Les banques demeurent donc des intermédiaires méconnus. Elles offrent des crédits et souscrivent aussi des titres. Les tendances en cours confirment ainsi que l’intermédiation financière perdure même si elle change de forme. Cependant, la crise a remis en cause certaines croyances. Beaucoup de doutes sur ce qui était unanimement admis. Le principe too big to fail a été touché car Lehman Brothers après 158 ans d’existence n’est plus. Cette banque spécialisée pesait 640 milliards de dollars d’actifs et employait 25 000 collaborateurs.

En outre, l’amélioration de la transparence des marchés financiers est une question désormais récurrente. Comme le rappelle Jean-Paul Betbèze [10] , après la crise des États insolvables, on a amélioré leur suivi. Après l'affaire Enron, les États-Unis ont introduit en 2002 la loi Sarbanes-Oxley visant l’amélioration mondiale des techniques de contrôle des comptes. Avec la crise des crédits subprime de l’été 2007, il convient de définir des règles à suivre pour les nouveaux produits financiers, les hedge funds et les agences de notation. Ainsi, toute crise conduit à une prise de conscience des manquements et des erreurs. Elle permet de progresser. Cependant, la régulation va moins vite que l'innovation et la mondialisation. Le rattrapage se fait avec un peu de retard. La régulation bancaire devient donc fondamentaire car elle permet d’amortir les ondes de choc. Elle fait référence au respect de certaines règles prudentielles liées aux fonds propres, à l'assurance des dépôts et à la liquidité des actifs.

Un fait est admis par tous les observateurs : les banques exercent leurs activités dans un environnement fortement réglementé. L’examen du comportement des banques est essentiel pour une meilleure compréhension de la nature des transmissions des chocs monétaires. Une banque se distingue d'une firme quelconque au niveau du caractère spécifique de sa réglementation. En effet, il n'y a pas d'activité économique aussi réglementée que l'activité bancaire. Comme le rappelle Jean-Paul Pollin [11] « …il n’existe pas de contrôle prudentiel pour les entreprises non financières comme il en existe dans le cas des banques. C’est donc que les établissements de crédit ont des particularités qui confèrent à leur défaillance des conséquences plus graves, sinon de nature différente ». Il est certes nécessaire de tenir compte des enseignements de la crise et d’adopter en conséquence la réglementation. Mais il est tout aussi important de veiller à ne pas « sur-réglementer » pour ne pas casser le dynamisme de la firme bancaire. Faut-il, pour cela déplacer aussi le débat vers la recherche d’une meilleure gouvernance et de meilleures pratiques bancaires ?

 

 

Bibliographie

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1. Répartition du PNB par ligne d’activité à horizon 2012 en %

 

Barclays

Crédit Suisse

Deutsche Bank

Goldman Sachs

Morgan Stanley

UBS

Corporate&Investment

72

51

71

88

61

37

Global Private Banking

0

36

4

0

0

26

US Wealth Manag.

0

0

0

0

36

8

Asset Management

0

7

8

12

3

9

Retail Banking

28

7

17

0

0

20

 

100

100

100

100

100

100

Source : « Global Investment Bank », Nomura Financial Services, April 13, 2010.

 

Encadré 2. Le processus de production de la firme bancaire se complexifie

Processus de transformation

 

 

Etapes de la transformation

Actifs initiaux

Fonction de transformation des caractéristiques initiales = innovation financière

Nouvel actif

Niveau de complexité du produit financier

Clair

Faiblement complexe

Très complexe

Processus de transformation des caractéristiques

Actif A1

Actif A2

Actif A3

F(T)=C1, C2, C3…

Avec

C1 = risque

C2= durée

C3= performance…

B : actif différencié en fonction de la tranche de risque élevé, moyen, faible…+usage de l’effet de levier qui peut autoriser l’apparition de processus d’accélération

Niveau et champ du risque

Faible

Risque élevé de contagion

Risque systémique élevé

Source : d’après les auteurs.

 

3. Les cadres juridiques favorables à la banque universelle dans les principaux pays

 

Allemagne, Suisse, Autriche

Depuis le dix-neuvième siècle, chaque établissement est habilité à couvrir l'intégralité des opérations de banque.

Espagne

L’autorisation de la diversification a débuté en 1974 et a été complétée en 1994 conformément aux exigences européennes

France

Le principe de la banque universelle est introduit par la loi bancaire du 24 janvier 1984.

Italie

La loi Amato-Carli de 1990 libéralise le secteur bancaire. La loi bancaire du 27 août 1993 a ensuite favorisé l'émergence de la banque universelle.

Royaume-Uni

La déspécialisation a été introduite par la loi bancaire de 1987.

États-Unis

La loi Gramm-Leach-Bliley, ou Financial Services Modernisation Act, promulguée le 12 novembre 1999 (entrée en vigueur le 13 novembre 2000) autorise les banques à intervenir dans les secteurs de l'investissement et de l'assurance.

Source : synthèse des auteurs.

 

4. Les travaux sur la firme bancaire : richesse, absence de consensus et perspectives

Paradigmes

Axes thématiques

Exemples de problématiques

Exemples de références fondatrices

 

Paradigme SCP

 

 

Structure du marché bancaire

La concurrence monopolistique bancaire

La concurrence bancaire est-elle destructrice ? Le marché bancaire est-il pertinent ? Jusqu’où peut aller la banque en ligne ?

- Ali M. et Greenbaum S. (1977), “A Spatial Model of The Banking Industry”, The Journal of finance, vol. XXXII, n° 4, septembre.

- Chiappori P. A., Perez-Castrillo D. et Verdier T. (1995), “Spatial competition in the banking system, Localization, cross subsidies and the regulation of deposit rates”, European Economic Review, n° 39, pp. 889-918.

- Dietsch M. (1993), « Localisation et concurrence dans la banque », Revue économique, n° 4, vol. 44, juillet, pp. 779-790.

Le pouvoir de marché bancaire

Comment déterminer la structure du marché bancaire ? Comment calculer le pouvoir de marché par l’indice de Lerner ?

- Gelfand M. D. et Spiller T. P. (1987), “Entry Barriers and Multiproduct Oligopolies”, International Journal of Industrial Organisation, novembre.

- Spiller P. T. et Favaro E. (1984), “The Effects of Entry Regulation on Oligopolistic Interaction: The Uruguayan banking sector”, The Rand Journal of Economics, vol. 15, n° 2.

Paradigme SCP

 

 

 

Comportement de la firme bancaire

Le comportement de la firme bancaire

Comment mesurer les économies d’échelle, les économies de gamme et la surcapacité bancaire ? Comment définir les indicateurs d’input, d’output et de coût ?

- Klein M. A. (1971), “A Theory of The Banking Firm”, Journal of Money, Credit, and Banking, mai, pp. 205-218.

- Baltensperger E. (1980), “Alternative Approaches to the Theory of the Banking Firm”, Journal of Monetary Economics, vol. 37, n° 2.

- Bell F. W. et Murphy N. B (1968), “Economies of Scale and the Division of Labor in Commercial Banking”, Southern Economic Journal, 35, 131-139.

- Sealey C. W. et Lindley J. T. (1977), “Inputs, Outputs and a Theory of Production and Cost at Deposit Financial Institutions”, Journal of Finance 32 n°4, septembre, 1251-1266.

L’intermédiation financière

La banque est-elle en train de disparaître ? Quelles sont les nouvelles formes d’intermédiation ? bank-based versus market-based ? Y a-t-il convergence des systèmes ?

- Allen F. et D. Gale (1995), “A welfare comparaison of the German and U.S. financial system”, European Economic Review, n° 39, pp. 179-209.

- Allen F. et Santomero A. M. (1997), “The theory of financial intermediation”, Journal of Banking and Finance, vol. 21, pp. 1461-1485.

- La Porta R., Lopez-de-Silanes F., Shleifer, A. et Vishny, R. W. (1996), “Law and Finance”, NBER Working Paper 5661.

Paradigme SCP

 

 

 

 

Performance de la firme bancaire

L’efficience et la productivité bancaires

Comment mesurer les efficiences allocatives, technique et productive dans la banque ?

- Berger A. N., Humphrey D. B. (1997), “Efficiency of financial institutions: International survey and directions for future research”, European Journal of Operational Research, 98, 2, 175-212.

- Ragan N., Grabowski R., Aly H. et Pasuka C. (1988), “Technical Efficiency of US Banks”, Economic Letters, 28, 169-175.

 

Paradigme CRG

 

 

 

 

 

Croissance, risque et gouvernance

L’asymétrie d’information fondement de la dynamique des marchés et est source de leurs dérèglements

La banque dans la libéralisation financière

Quel est l’impact de la libéralisation des taux créditeurs sur l’épargne et l’investissement ? Comment identifier le rôle microéconomique des banques dans le processus macroéconomique de la libéralisation financière ? Comment maîtriser la volatilité des marchés ? Impact de l’accélérateur financier ?

- Bencivenga, V. R. et Smith, B. D. (1991), “Financial intermediation and endogenous growth”, Review of Economic Studies, 58, pp. 195-209.

- Fry M. J. (1995), Money, Interest, and Banking in Economic Development, The John Hopkins University Press, deuxième édition.

- King R. et Levine R. (1993), “Finance and Growth: Schumpeter Might Be Right”, Quarterly Journal of Economics, 108 (3), août, pp. 717-737.

- Sarr A. (2000), “Financial Liberalization, Bank Market Structure, and Financial Deepening: An Interest Margin Analysis”, mars, IMF Working Paper WP/00/38.

Les risques et la gouvernance bancaire

Comment réduire les asymétries d’information et les incertitudes dans la banque ? Comment intégrer la volatilité des marchés dans le comportement des banques ? Comment éviter les paniques bancaires ? Comment favoriser la bonne gouvernance bancaire ?

- Leland H. E. et Pyle D. H. (1977), “Informational Asymmetries, Financial Structure, and Financial Intermediation”, Journal of Finance, vol. 32, n° 2, mai.

- Diamond D. et Dybvig P. (1983), “Bank Runs, Deposit Insurance, and Liquidity”, The Journal of Political Economy, vol. 91, n° 3, pp. 401-419.

- Walker D. (2009), “A review of corporate governance in UK banks and other financial industry entities”. Report, 26 November 2009.

- Freixas X. (2010), “Post-crisis challenges to bank regulation », Economic Policy, Apr, Vol. 25 Issue 62, p375-399.

- Bloxham E. (2010), «Governance Lessons for All: The Federal Reserve's Proposed Compensation Guidance », Corporate Governance Advisor, Mar/Apr, Vol. 18 Issue 2, p29-32.

- Allen F. et Carletti E. (2010), “An Overview of the Crisis: Causes, Consequences, and Solutions”, International Review of Finance, Mar, Vol. 10 Issue 1, p1-26.

Source : synthèse des auteurs.

1 Discours de Christian Noyer, vice-président de la Banque centrale européenne, prononcé à Sophia Antipolis, le 15 décembre 2000. 2 John Gurley et Edward Shaw (1960), " Money in Theory of Finance", The Bookings Institution. 3 John Hicks en 1974 ("The Crisis in Keynesian Economics", Oxford: Basil Blackwell, p. 51) a été le premier à opposer “auto-economy”, ou économie de marché de capitaux, à “overdraft economy”, ou économie d'endettement ou de découvert. De ce concept est né le clivage entre finance directe et finance indirecte. 4 Les principales opérations de hors bilan comprennent les engagements de signature (garanties et cautions), les engagements de financement (engagements conditionnels pour avancer des fonds ou acquérir un actif) et les engagements sur instruments financiers à terme (activités sur les produits dérivés : swaps, options et futures). 5 « Global Investment Bank », Nomura Financial Services, April 13, 2010. 6 Franklin Allen et Antony Santomero (1997), “The Theory of Financial Intermediation”, Journal of Banking and Finance, vol. 21, 1461-1486. Les auteurs concluent d’ailleurs p. 1483 “However, these changes have not coincided with a reduction in intermediation. In fact, quite the reverse has happened. Intermediaries have become more important in traditional markets and account for a very large majority of the trading in new markets, such as those for various types of derivatives”. 7 Georges Pauget, "La Banque de l’après-crise", Revue banque Editions, mars 2010. 8 Sur ce point, voir le survey très complet de Hans Degryse et de Steven Ongena (2007), “ Competition and Regulation in the banking Sector: A Review of the Empirical Evidence on the Sources of Bank Rents ”, document de travail, Center – Tilburg University. http://center.uvt.nl/staff/ongena/preprints/do.pdf 9 Président de la FSA, conférence donnée en mars 2010 à CASS Business School 10 Voir Challenges du 20 août 2007. Jean-Paul Betbèze, membre du Conseil d'analyse économique (CAE), chef économiste et directeur des études économiques au Crédit Agricole 11 Jean-Paul Pollin (2006), « La régulation bancaire face au dilemme du “Too Big To Fail” : mécanismes et solutions », document de travail, LEO, février.

À retrouver dans la revue
Banque et Stratégie Nº286
Notes :
11 Jean-Paul Pollin (2006), « La régulation bancaire face au dilemme du “Too Big To Fail” : mécanismes et solutions », document de travail, LEO, février.
1 Discours de Christian Noyer, vice-président de la Banque centrale européenne, prononcé à Sophia Antipolis, le 15 décembre 2000.
2 John Gurley et Edward Shaw (1960), " Money in Theory of Finance", The Bookings Institution.
3 John Hicks en 1974 ("The Crisis in Keynesian Economics", Oxford: Basil Blackwell, p. 51) a été le premier à opposer “auto-economy”, ou économie de marché de capitaux, à “overdraft economy”, ou économie d'endettement ou de découvert. De ce concept est né le clivage entre finance directe et finance indirecte.
4 Les principales opérations de hors bilan comprennent les engagements de signature (garanties et cautions), les engagements de financement (engagements conditionnels pour avancer des fonds ou acquérir un actif) et les engagements sur instruments financiers à terme (activités sur les produits dérivés : swaps, options et futures).
5 « Global Investment Bank », Nomura Financial Services, April 13, 2010.
6 Franklin Allen et Antony Santomero (1997), “The Theory of Financial Intermediation”, Journal of Banking and Finance, vol. 21, 1461-1486. Les auteurs concluent d’ailleurs p. 1483 “However, these changes have not coincided with a reduction in intermediation. In fact, quite the reverse has happened. Intermediaries have become more important in traditional markets and account for a very large majority of the trading in new markets, such as those for various types of derivatives”.
7 Georges Pauget, "La Banque de l’après-crise", Revue banque Editions, mars 2010.
8 Sur ce point, voir le survey très complet de Hans Degryse et de Steven Ongena (2007), “ Competition and Regulation in the banking Sector: A Review of the Empirical Evidence on the Sources of Bank Rents ”, document de travail, Center – Tilburg University. http://center.uvt.nl/staff/ongena/preprints/do.pdf
9 Président de la FSA, conférence donnée en mars 2010 à CASS Business School
10 Voir Challenges du 20 août 2007. Jean-Paul Betbèze, membre du Conseil d'analyse économique (CAE), chef économiste et directeur des études économiques au Crédit Agricole