L'actualités des M & A bancaires

Banco Santander tous azimuts

Créé le

20.09.2010

-

Mis à jour le

30.09.2010

Au cours de la période estivale, le n° 1 bancaire espagnol a donné un coup d’accélérateur à sa stratégie de développement à l’international en procédant à plusieurs acquisitions aux quatre coins du monde.

Alors que cinq des sept établissements bancaires [1] qui ont échoué aux stress tests réalisés à la fin juillet en Europe sont espagnols, le premier d’entre eux est en bonne santé et veut l’afficher. En effet, Banco Santander a fait preuve tout au long de l’été d’une soif d’expansion à l’international à la fois inédite et inégalée par ses concurrents.

En juin, il s’est emparé des 24,9 % du capital de sa filiale mexicaine encore contrôlés par Bank of America avant de reprendre une partie du portefeuille de crédits automobiles de Citigroup aux États-Unis d’une valeur de 2,6 milliards d’euros. Quelques semaines plus tard, il a mis la main sur un réseau d’agences en Allemagne auprès de la banque suédoise Skandinaviska Enskilda Banken (SEB). En août, il a pris le contrôle de plus de 300 agences cédées par Royal Bank of Scotland (RBS) au Royaume-Uni puis a annoncé l’achat d’un portefeuille de 4,3 milliards d’euros de prêts automobiles détenus par HSBC outre-Atlantique (encadré 1).

En moins de trois mois, le leader de la zone euro a donc réalisé une demi-douzaine d’acquisitions à l’étranger et dépensé plus de 5 milliards d’euros. Son insatiable président, Emilio Botin, n’entend d’ailleurs pas en rester là comme en témoigne son offre en cours sur le Polonais Bank Zachodni WBK et ses discussions avec M&T Bank aux États-Unis. Compte tenu de la crise profonde que traverse l’économie espagnole, Banco Santander mise plus que jamais sur la diversification géographique pour soutenir sa croissance future. À la fin 2010, la contribution du Brésil aux bénéfices du groupe devrait ainsi être supérieure à celle de son pays d’origine. Une première dans l’histoire de cette banque fondée en 1857.

Dans sa conquête du monde, Emilio Botin devra cependant veiller à ne pas mettre en péril un parcours sans faute initié il y a près de vingt-cinq ans lorsque ce dernier a pris les rênes de ce qui n’était alors qu’une banque familiale de taille moyenne située au nord-ouest de l’Espagne. À cet égard, les échecs retentissants de RBS et de Fortis, ses deux partenaires dans le cadre du dépeçage du néerlandais ABN Amro en 2007, sont deux exemples qu’il lui faudra méditer.

Panorama des principales opérations dans le monde

  • Début août, Banco Santander a annoncé l’acquisition des 318 agences britanniques [2] mises en vente par Royal Bank of Scotland (RBS) pour 1,65 milliard de livres. Depuis 2004, il s’agit de la quatrième opération de croissance externe réalisée par la banque espagnole outre-Manche [3] . Le Royaume-Uni est l’un des principaux marchés bancaires du géant ibérique avec une contribution au bénéfice de 17 % au premier semestre 2010, contre 22 % pour les marchés espagnol et brésilien (encadré 2). Cette acquisition vise non seulement à conforter sa position actuelle en banque de détail, mais aussi et surtout à accélérer son développement sur la clientèle des PME. À l’issue de l’opération, sa part de marché devrait plus que doubler sur ce segment, passant de 3 % à 8 %. Avec plus de 1 600 agences, sa filiale va par ailleurs se hisser au quatrième rang national derrière LBG, Barclays et RBS.
  • La banque régionale américaine First Niagara va débourser quelque 1,5 milliard de dollars pour prendre le contrôle de sa compatriote New Alliance. La nouvelle entité va intégrer le classement des 25 premières banques américaines avec 29,2 milliards de dollars d’actifs, 18 milliards de dollars de dépôts, 5 000 salariés et 340 agences. De plus, cette acquisition conduira à la création de l’une des principales franchises bancaires dans le nord-est des États-Unis (Pennsylvanie, Connecticut, New York et Massachusetts) comme en témoigne sa quatrième position en Nouvelle-Angleterre. Il s’agit de la plus importante acquisition bancaire annoncée outre-Atlantique depuis celle de National City par PNC Financial Services en octobre 2008.
  • La quatrième banque grecque, Piraeus Bank, a lancé une offre de 701 millions d’euros pour racheter la part de l’Etat dans ses deux concurrentes  ATEbank [4] (77,31 %) et Hellenic Postbank (33,04 %). En cas de succès, le nouvel ensemble deviendrait la première banque hellénique en termes de prêts (69 milliards d’euros) et de dépôts (64 milliards d’euros). Pour autant, cette opération ne règle pas les grands défis auxquels Piraeus Bank est confronté. Au contraire, son profil financier s’en trouverait dégradé en raison d’une exposition plus forte à l’économie grecque (87 contre 77 %) et d’un taux d’encours douteux plus élevé (6,5 au lieu de 5,6 %). Confronté à d’urgents besoins en liquidités et pressé par le gouvernement de Georges Papandréou, c’est l’ensemble des banques grecques qui devrait bientôt suivre le mouvement.
  • Santander va prendre le contrôle des activités de banque de détail en Allemagne de son homologue suédoise Skandinaviska Enskilda Banken (SEB) pour un montant de 555 millions d'euros. Cette activité représente notamment un million de clients, dont 10 000 PME, et 173 agences. Pour le numéro un espagnol, cette acquisition représente un pas important dans sa stratégie de développement outre-Rhin puisqu’elle va non seulement lui permettre de doubler son réseau d’agences, mais aussi de compléter l’offre bancaire destinée à ses six millions de clients. Jusqu’à présent, la banque espagnole disposait de 176 agences spécialisées dans le crédit consommation, métier dans lequel elle occupe la 1ère place nationale, et le financement automobile. Quant à SEB, elle entend conserver ses activités de BFI et de gestion de fortune.
  • La très rentable caisse d’épargne du Pays Basque, Bilbao Bizkaia Kutxa (BBK), a été choisie par la Banque d’Espagne pour reprendre l’établissement en difficulté Cajasur. Cette caisse d’épargne basée à Cordoue (Andalousie) avait été placée sous sa tutelle en mai dernier après avoir accusé de très fortes pertes susceptibles de la précipiter dans une situation de faillite. Outre BBK, il y avait quatre autres candidats en lice : Unicaja, Cajasol, Banca Civica et Banco Sabadell. Avec près de 50 milliards d’euros d’actifs, le nouveau groupe se classera au septième rang des cajas espagnoles. Le basque devrait néanmoins fermer 15 % des 470 agences de Cajasur et supprimer 20 à 30 % de ses effectifs.
  • Oddo & Cie va reprendre la Banque d’Orsay à l’établissement bancaire allemand WestLB, contraint par Bruxelles de céder des actifs. Oddo met la main sur une banque convalescente qui emploie une centaine de personnes et gère 2,5 milliards d’euros d’ encours [5] , dont 500 millions en banque privée. Fort de 770 collaborateurs, le français revendiquait pour sa part plus de 17 milliards d’euros d’actifs sous gestion à la fin 2009. D’une part, cette opération lui permettra de se renforcer dans ses deux principaux métiers, la gestion d’actifs et la banque privée, ainsi que de compléter son expertise en gestion alternative et obligataire. D’autre part, elle lui permettra de pallier à une croissance organique dans l’industrie de la gestion d’actifs devenue plus faible et plus lente depuis la crise. Oddo réalise sa deuxième acquisition de l’année après celle de Patrimoine Consultant en mars dernier.
1 Il s’agit des cinq caisses d’épargne suivantes : Cajasur, Diada, Espiga, Unnim et Banca Civica. 2 Précisément, la transaction concerne : 311 agences RBS en Angleterre et au Pays de Galles plus 7 agences NatWest en Ecosse, auxquelles il faut également ajouter 40 centres dédiés aux PME et 3 établissements centrés sur les activités de banque privée. 3 Les trois précédentes étaient : Abbey National en juillet 2004 et Alliance & Leicester puis Bradford & Bingley à l’automne 2008. 4 ATEbank a été la seule des six banques grecques à échouer aux « stress tests » organisés en juillet dernier. 5 Avant la crise, la Banque d’Orsay affichait 16 milliards d’euros d’actifs sous gestion.

À retrouver dans la revue
Revue Banque Nº728
Notes :
1 Il s’agit des cinq caisses d’épargne suivantes : Cajasur, Diada, Espiga, Unnim et Banca Civica.
2 Précisément, la transaction concerne : 311 agences RBS en Angleterre et au Pays de Galles plus 7 agences NatWest en Ecosse, auxquelles il faut également ajouter 40 centres dédiés aux PME et 3 établissements centrés sur les activités de banque privée.
3 Les trois précédentes étaient : Abbey National en juillet 2004 et Alliance & Leicester puis Bradford & Bingley à l’automne 2008.
4 ATEbank a été la seule des six banques grecques à échouer aux « stress tests » organisés en juillet dernier.
5 Avant la crise, la Banque d’Orsay affichait 16 milliards d’euros d’actifs sous gestion.