En réponse à la récente crise financière, plusieurs initiatives nationales et internationales visent à minimiser le recours au bail-out – c’est-à-dire le renflouement des établissements par les fonds publics – en adoptant des régimes de résolution des faillites bancaires qui incluent un pouvoir de bail-in. Ce dernier consiste à imposer des pertes à certains créanciers privés dès lors que la banque reçoit des
Qu’est-ce que le bail-in ?
Le
De nombreux avantages…
Au cours de la récente crise financière, en l’absence d’outils de résolution appropriés dans le secteur bancaire, de nombreux pays ont dû renflouer leurs banques défaillantes (ou autres institutions financières) avec des fonds publics. En effet, l’alternative qu'aurait été la liquidation judiciaire aurait engendré des effets de contagion systémiques, comme dans le cas de Lehman Brothers.
Toutefois, ces interventions étatiques ont pesé sur les finances publiques et renforcé le cercle vicieux entre des banques et des États faibles. Dans ce contexte, le bail-in présenterait plusieurs avantages. Il permettrait d’agir rapidement, afin de préserver les fonctions clés d’une banque en détresse. La dette et les autres éléments de passif éligibles au bail-in pourraient en effet être immédiatement mobilisés pour renflouer la banque, laissant ensuite davantage de temps aux autorités pour restructurer plus en profondeur cette banque en crise, mais qui reste viable. Cette intervention rapide permettrait en outre de diminuer le risque de déstabilisation systémique. Enfin, en obligeant les banques à détenir des dettes qui peuvent être soumises au bail-in, les créanciers privés des banques absorberaient les pertes potentielles avant que les contribuables ne soient sollicités. L’aléa moral s’en trouverait réduit, les créanciers privés ne se trouvant plus de facto protégés par la mise en place de plans de sauvetage public.
…mais aussi des effets secondaires
À ce stade, très peu de régimes de bail-in étant opérationnels – à l’exception peut-être du Danemark –, il reste difficile d’en évaluer concrètement l’impact. Néanmoins, les principaux effets potentiellement négatifs qui sont généralement mentionnés sont un renchérissement du coût de la dette bancaire, avec un risque de contournement du nouveau régime par les banques et les investisseurs au profit de produits qui échapperaient au bail-in, et enfin un risque potentiel de contagion au secteur financier non bancaire, investisseur traditionnel en dette bancaire.
Un renchérissement des coûts de financement des banques
Tout en diminuant la probabilité de défaut (Probability of Default – PD) s’il était activé à temps pour sauver une banque en difficulté, le bail-in devrait réduire le taux de recouvrement (Loss Given Default – LGD) des créanciers non garantis, détenteurs de dette senior unsecured. En conséquence, ces derniers exigeraient une prime de risque plus élevée. Les estimations des analystes varient, mais tendent à valoriser ce coût supplémentaire (dit « premium de bail-in ») en comparant la dette senior non garantie avec un substitut, comme la dette subordonnée – ou, pour les banques qui en ont déjà émis, les CoCos – du même emprunteur. Ce coût supplémentaire pourrait varier entre 100 et 500 points de base, selon la qualité de notation de la banque émettrice. Les analystes expliquent que la différence entre dette et capital s’estomperait, puisque le bail-in rendrait la dette senior – laquelle sert normalement au financement régulier des opérations de la banque – quasi identique à de la dette subordonnée – qui représente du capital, la protection ultime des créanciers seniors d’une banque en cas de faillite. Cette augmentation du coût de refinancement, qui reste encore difficile à évaluer dans le contexte volatil de la crise actuelle et face à un environnement réglementaire en pleine mutation, pourrait peser sur la rentabilité et, à terme, sur la solvabilité de certaines banques. À l’échelle macroéconomique, des coûts de financement structurellement plus élevés peuvent également peser sur la croissance économique.
Une fragmentation des bilans bancaires
Par des effets de contournement induits, le bail-in pourrait engendrer une refonte significative de la structure de passif des banques. En effet, face à des coûts de financement plus élevés sur la dette non garantie, les banques seraient amenées à adapter leur structure de financement. Les banques pourraient augmenter leur refinancement à très court terme (moins d’un mois) ou l’émission de dette garantie par du collatéral, ces instruments échappant généralement au régime de bail-in. Par exemple, les obligations foncières, les opérations de politique monétaire couvertes par du collatéral éligible et les pensions livrées bloquent une part croissante des actifs des banques – en moyenne, entre 15 et 20 % pour les banques européennes, voire plus pour
Des risques de contagion entre secteurs bancaires et non bancaires
Une part importante des titres bancaires est achetée par d'autres institutions financières. Par conséquent, les régulateurs devront disposer d'une évaluation préliminaire des effets potentiels sur les bilans des autres institutions financières (banques, mais aussi compagnies d’assurance), afin de s’assurer que le risque systémique n'est pas simplement déplacé vers d'autres parties du secteur financier. Cette contagion pourrait, certes, être atténuée par des restrictions ou limites quantitatives sur les participations croisées. De telles restrictions pourraient toutefois induire des effets secondaires non souhaités sur la liquidité du marché de la dette bancaire.
Le bail-in en Europe : quels enjeux ?
Suivant les recommandations du
Le bail-in devra également faire l’objet d’une articulation harmonieuse avec les autres propositions de réglementation pour éviter des conflits d’objectifs. Le bail-in va ainsi inciter les banques à se tourner vers le financement à court terme, alors même que Bâle III les oblige à augmenter leur niveau de financement à long terme (via le ratio NSFR). D'autres évolutions réglementaires qui favorisent une utilisation accrue de collatéral – par l’utilisation obligatoire des chambres de compensation et la charge pour le risque de contrepartie (CVA) – risquent de peser sur les régimes de résolution en atrophiant les montants de collatéral disponibles au détriment des déposants.
Le bail-in est donc un ajout important à la panoplie d’outils des régulateurs, mais son efficacité sera d’autant meilleure qu’il sera utilisé en conjonction avec d’autres instruments de restructuration ou de résolution. Le bail-in doit être envisagé comme la première étape d’une longue restructuration, en stabilisant la banque avant d’aborder les réformes structurelles de fond (réorganisation des activités, changement des équipes de direction…). Sa mise en œuvre pratique, notamment sur des établissements systémiques et transfrontières, reste à tester.