Quels sont les besoins ?
Les estimations des besoins de financement dans les infrastructures varient entre 130 et 170 milliards de dollars, avec un déficit de financement annuel de 53 à 93 milliards de dollars. Toutefois, pour la première fois, les engagements totaux pour le financement des infrastructures en Afrique s'élevaient à 100,8 milliards de dollars en 2018 selon le rapport « Tendances du financement des infrastructures » de
– la croissance économique soutenue ;
– la croissance démographique rapide en Afrique ;
– la mise en œuvre future de la zone de libre-échange continentale africaine ;
– l'Agenda 2063 de l'Union africaine.
Quel est le rôle de la BAD ?
Financement des projets structurants
La Banque africaine de développement (BAD), institution de financement du développement de premier plan sur le continent africain, travaille avec les gouvernements africains pour réaliser des projets d'infrastructure stratégiques qui favorisent la croissance inclusive et l'intégration régionale. Le soutien apporté par la BAD au développement des infrastructures en Afrique au fil des ans renforce sa conviction et son engagement à transformer la vie des communautés africaines par un meilleur accès aux services sociaux et économiques. La BAD maintient une approche soutenue du financement des infrastructures dans quatre secteurs en particulier :
– le transport, pour la construction de routes, de ports, d'aéroports et de chemins de fer ;
– l'énergie, pour la construction de centrale hydroélectrique, de lignes de transmission, de parcs éoliens ;
– les TIC (Technologies de l'information et de la communication), pour la construction de câbles sous-marins ;
– l'eau, à travers les projets d'approvisionnement en eau et d'assainissement.
Le soutien de la BAD est également traduit par le financement des grandes priorités régionales et continentales tels que le Programme pour de développement des infrastructures en Afrique (PIDA). Pour les 20 dernières années seulement, la BAD a financé à peu près 45 milliards de dollars dans les infrastructures en Afrique.
À titre d’exemple, on peut citer :
– projet de construction du pont Trans-Gambien (Sénégal-Gambie) ;
– projet de Train express régional (TER) à Dakar (Sénégal) ;
– pont Kazungula entre le Zimbabwe et Botswana, Pont Rosso entre le Sénégal et la Mauritanie ;
– interconnections électriques : Ethiopie-Kenya ; Ghana-Burkina-Faso, entre les pays du bassin du fleuve Gambie (OMVG), Gambie, Guinée, Guinée-Bissau et Sénégal ; AES Sonel au Cameroun ;
– centrale solaire Ouarzazate Noor I et II au Maroc
- Projets d'énergies renouvelables d'Eskom en Afrique du Sud ;
– projets d’électrification rurale en Tunisie ;
– barrage Koudiat Accerdoune en Algérie ;
– dans les TIC, on peut citer les projets comme la dorsale Cameroun-Tchad-RCA et le câble sous-marin entre les pays de l’Afrique de l’Est, etc.
À fin 2019, le portefeuille actif de la banque était constitué à 56,1 % d’interventions dans les quatre secteurs que sont le transport (25 %), l’offre d’énergie (21,8 %), l’approvisionnement en eau et assainissement (8,4 %), et les communications (0,9 %).
Soutien à un environnement favorable et réforme des politiques
Les cadres juridiques, réglementaires et institutionnels en Afrique constituent des contraintes majeures pour attirer les capitaux privés en faveur des infrastructures. Des lois claires et sans ambiguïté sont nécessaires pour rassurer les investisseurs potentiels quant à l'applicabilité de leurs contrats d'infrastructure. La BAD contribue à surmonter ces difficultés en créant des environnements favorables par le biais des appuis aux réformes économiques et institutionnelles ciblées dans les pays, et en fournissant des financements à taux concessionnel pour réduire les risques financiers à un niveau acceptable pour les investisseurs privés. Certaines initiatives, hébergées par la Banque, telles que le Consortium pour les infrastructures en Afrique (ICA), et la Facilité africaine de soutien juridique (ALSF) remédient également à ces lacunes. Par ailleurs, la BAD collabore étroitement avec le Fonds de conseil en infrastructure publique-privée (PPIAF) de la Banque Mondiale, qui soutient les besoins des pays en développement à faible revenu, y compris en Afrique, en matière de climat d'investissement.
Le développement et la préparation de projets
Le développement et la préparation des projets constituent l'un des maillons faibles essentiels de la chaîne de valeur des infrastructures en Afrique. Sur tout le continent, il y a un manque de projets bien préparés, résultant en une stagnation du développement d'un pipeline de projets bancables. Afin d'aider les pays et les institutions régionales africaines à préparer des projets d'infrastructure bancables pour le marché, la BAD a mis en place, avec le soutien de ses bailleurs de fonds, plusieurs dispositifs de préparation de projets tels que la Facilité de préparation des projets d’infrastructure du Nouveau partenariat pour le développement de l’Afrique (FPPI-NEPAD
Comment la BAD participe-t-elle au financement des infrastructures en Afrique ?
Au nombre des mécanismes de financements que déploie la BAD figurent : les instruments de financement mixtes innovants pour les PPP, l’atténuation des risques et l’amélioration du crédit, les syndications de prêts, le cofinancement d’infrastructures, le financement indirect de la BAD par le biais de véhicules d'investissement indépendants, le développement des marchés de capitaux locaux et le secteur financier non bancaire.
Instruments de financement mixtes innovants pour les PPP
À travers l’accroissement de l’utilisation des instruments de financement mixtes (ressources concessionnelles et non concessionnelles), l’objectif de la BAD est de modifier le profil risque-rendement des investissements pour les projets d'infrastructure à fort impact et de surmonter le problème des faibles rendements ou des risques élevés perçus qui limitent les investissements privés. La Banque perçoit le financement mixte comme catalyseur de la mobilisation des capitaux privés pour les infrastructures des pays en développement. Ce type d’instrument lui permet d’exploiter et d’étendre la portée de fonds de développement limités pour attirer des volumes plus importants de financement privé par le biais de partenariats public-privé. Ceci est particulièrement important dans un contexte où les pays africains subissent une pression fiscale énorme alors que de nombreux capitaux privés disponibles hésitent à investir en raison, non seulement, des faibles rendements corrigés des risques, mais également des risques élevés perçus des projets d'infrastructure. Un exemple d’utilisation de cet instrument est le projet d'autoroute Kampala-Jinja (Ouganda), où la Banque a accordé un prêt de 230 millions de dollars dans le cadre du financement du déficit de viabilité pour le projet, dont le coût total est de 840 millions de dollars pour la première phase. Il s'agit de la première autoroute à péage en PPP en Ouganda et sa viabilité financière devait être renforcée par un volet relatif au financement du déficit de viabilité. La moitié du déficit de viabilité a été financée par la Banque, tandis que l’autre moitié est cofinancée par l'Agence Française de Développement (AFD) et l'Union européenne (UE). En outre, des capitaux privés ont été mobilisés par le biais de 20 % de fonds propres et de 80 % de dettes auprès des institutions de financement du développement et des banques commerciales.
Atténuation des risques et amélioration du profil du crédit
La BAD a développé une série d'instruments innovants et adaptés d'atténuation des risques tels que la garantie partielle de risque, la garantie partielle de crédit et le mécanisme de renforcement du crédit au secteur privé. Ces instruments sont utilisés pour mobiliser des capitaux privés afin de financer des projets d'infrastructure ainsi que pour atténuer les risques politiques et commerciaux identifiés dans ces projets. Un exemple où la Banque a utilisé sa garantie partielle de risque est le projet du parc d'énergie éolienne du lac Turkana au Kenya, le plus grand projet de parc éolien en Afrique subsaharienne qui produira 300 MW d'électricité et augmentera la capacité installée du Kenya à 30% et représente environ 12,5% de la capacité supplémentaire nécessaire d'ici fin 2020. En tant qu'arrangeur principal, la BAD a fourni un ensemble de financements comprenant un prêt de premier rang de 110 millions d'euros, un prêt subordonné de 5 millions d'euros ainsi qu’une garantie partielle de risque de 20 millions d'euros pour couvrir 20 % des coûts du projet. La garantie partielle de la BAD a soutenu les obligations du gouvernement envers les promoteurs en cas de retard dans la construction de la ligne de transmission. Les 80 % restants ont été obtenus par l'intermédiaire d'autres institutions de financement du développement, de banques privées et d'un mécanisme de subvention de l'UE et des Pays-Bas pour atteindre la clôture financière de 625 millions d'euros.
Les syndications de prêts
L'objectif de cet instrument est de permettre à la BAD d'attirer des capitaux privés en Afrique, grâce à sa participation aux transactions en tant que prêteur officiel et cofinancier. Le mécanisme de prêt syndiqué de premier rang A/B permet à la Banque d'agir en tant qu'arrangeur principal mandaté pour la syndication de prêts de premier rang auprès de financiers commerciaux/privés qui bénéficient du statut de créancier privilégié de la BAD. Cet instrument joue un rôle déterminant dans l’élargissement du pool de financement auquel les projets de développement des infrastructures peuvent accéder. La BAD a par exemple récemment utilisé la syndication pour mobiliser environ 1 milliard de dollars US dans le cadre d'une facilité de prêt-B pour financer un programme d'expansion des capacités de la société énergétique sud-africaine Eskom. Ce programme permettra à la société de réhabiliter près de 8 000 mégawatts (MW) de capacité installée, tout en ajoutant 11 000 MW de capacité de charge de base, dont 1 300 MW d'énergie renouvelable.