Moyen de paiement

L’avenir radieux de la carte bancaire en France et dans le monde

Créé le

14.09.2020

En dépit de la concurrence d’autres vecteurs de paiement et notamment le téléphone portable, la carte conserve des atouts et ne devrait pas disparaître de sitôt des porte-monnaie des consommateurs.

 

Son avènement a connu un chemin long et sinueux. Depuis 1967, année durant laquelle six banques françaises – Crédit Lyonnais, Société Générale, Banque Nationale de Paris, Crédit Industriel et Commercial (CIC), Crédit Commercial de France (CCF) et Crédit du Nord – s'associent pour lancer la première carte de paiement en France, appelée communément la « Carte Bleue », ce moyen de paiement alternatif au tout-puissant mais coûteux chèque s’est installé, dans un premier temps, poussivement dans notre paysage. L’arrivée du premier distributeur automatique de billets (DAB) un an plus tard amorce un mouvement de croissance soutenu par le lancement, en 1971, d’une première carte à piste magnétique inaugurée par le Groupement éponyme, qui assurera l’interbancarité Carte Bleue et l’interopérabilité avec Visa et MasterCard. Dès lors, plus rien n’arrête ce petit bout de plastique qui révolutionne nos usages et notre rapport au paiement.

La Carte Bleue sur autoroute menacée par les velléités du digital

L’ajout de la technologie EMV (Europay Mastercard Visa), en 1995, vient renforcer la sécurité des transactions associées. Dans le même temps, l'usagede la carte se banalise : on peut payer par carte ses trajets sur autoroute ! Voilà la carte installée sur une voie de croissance rapide, avec des chiffres d’utilisation toujours en hausse. Toujours ? Ce serait sans compter avec l’avènement du digital qui draine son lot d'innovations en matière de moyens de paiement. Si l’avenir de la carte bancaire reste radieux, il est mis à rude épreuve par les coups de boutoir des applications mobiles et des porte-monnaie électroniques. Bref, le digital ouvre le champ des possibles et l’on est en droit de comparer le sort des moyens de paiement à celui des êtres vivants dans la chaîne alimentaire : ainsi, après avoir signé la mort du chèque, la carte bancaire serait-elle en train de perdre la face devant les paiements électroniques ?

Le QR code, surtout en Chine, et le paiement par code (p. ex. Lyf Pay, en France), aidés conjoncturellement par la Covid-19, semblent avoir le vent en poupe. Mais la Banque de France a dénoncé l'idée selon laquelle cette pandémie pourrait avoir pour vecteur les cartes bancaires et la monnaie fiduciaire. L’utilisation de la carte bancaire sans contact, dont le montant d’utilisation communément accepté dans l’Hexagone est passé de 30 euros à 50 euros permet en outre de limiter les risques de contagion. On observe également qu’une grande majorité des applications de paiement sur mobile sont liées à des données de cartes bancaires ; elles restent le moyen de paiement qui capitalise majoritairement sur une transaction EMV.

Le projet EPI

Les enjeux de souveraineté nationale et régionale plaident pour un optimisme sur l’avenir de la carte. Ainsi, l’EPI (European Payment Initiative), qui réunit 16 banques de 5 pays (Allemagne, Belgique, Espagne, France et Pays-Bas), va créer un nouveau service de paiement paneuropéen promis pour 2022. L'objectif est de faciliter la vie des consommateurs et commerçants, mais aussi de proposer une option alternative européenne aux Visa, Mastercard et autres acteurs étrangers. Cela va certainement renforcer l’utilisation de la carte bancaire d’origine européenne et digitale – la carte de paiement nationale MIR, lancée en Russie en 2014,  totalise déjà plus de 76 millions de cartes en circulation et est acceptée par de nombreux pays. L’enjeu sera non pas de lancer un nouveau moyen de paiement mais de garantir la souveraineté de la Banque Centrale Européenne (BCE) et donc celle des paiements.

Un enjeu d’adoption par les consommateurs avant tout

Derrière ce chantier se profile la nécessité de convaincre les consommateurs européens de changer leurs habitudes marquées par l’utilisation de Visa et Mastercard, marques américaines dominantes.

Et dans les pays émergents ? Le paiement par téléphone reste prégnant, comme le montre le cas d’Orange Money en Afrique, où le taux de bancarisation reste faible. Mais on voit aussi en Afrique prendre corps l’initiative de la carte Vodacom, qui fonctionne en complément des services de paiement Mobile M-Pesa. Pour assurer les paiements à l’international, ces initiatives sont couplées avec une carte bancaire supplémentaire.

Et que penser d’Apple qui, après le succès du paiement sans contact Apple Pay, a lancé sa carte de paiement ?

Dix-huit milliards de ces moyens de paiement sont en circulation actuellement dans le monde, soit une croissance annuelle de près de 2,1 % [1] et une fraude largement maîtrisée.

À l’heure de l’open banking et de la réglementation DSP 2, ce support, pour un coût marginal pour la banque, montre sa résilience, y compris sous l’angle de la RSE (Responsabilité sociale et environnementale). La carte bancaire reste le moyen de paiement le plus fiable. Ces éléments réunis expliquent pourquoi la carte bancaire a de beaux jours devant elle.

 

1 Estimation de l’auteur sur la base d’une compilation de plusieurs sources.

À retrouver dans la revue
Revue Banque Nº848
Notes :
1 Estimation de l’auteur sur la base d’une compilation de plusieurs sources.