Afin d'améliorer la prise en compte des évolutions des métiers de la comptabilité dans la banque, une réflexion est utile pour préparer les collaborateurs (cadres et non-cadres) aux emplois de demain, en adaptant les compétences et en favorisant les évolutions individuelles des salariés vers d’autres métiers. Une telle démarche est aussi nécessaire pour obtenir une juste reconnaissance du métier – tant en termes de rémunération que de statut –, ainsi que des moyens suffisants.
Le rôle élargi du métier de comptable…
Lors de notre conférence du 15 décembre dernier consacrée à ce sujet, Raymonde Hébras, membre de l’Adicecei, a montré combien le métier de comptable est en pleine mutation : complexification du monde bancaire et de son environnement, accélération du temps, évolutions technologiques, évolutions de l’environnement économique et juridique bancaire.
Ces évolutions créent des besoins inédits et impliquent de nouvelles missions pour le métier : fiabilisation des données financières et comptables, maîtrise des risques financiers, sécurisation des systèmes d’information, communication financière, élaboration et proposition des stratégies d’optimisations comptable, prudentielle et fiscale, assistance aux dirigeants dans la prise de décisions stratégiques… Le rôle du métier comptable ne se limite plus à la simple saisie d’écritures, mais il consiste également à connaître et définir ses schémas comptables, à réaliser de multiples paramétrages, à analyser des flux et à fiabiliser des comptes dans des délais de production de plus en plus courts. Le comptable doit à la fois comprendre l’ensemble des processus et des incidences, avec des normes de gestion prudentielle, de fiscalité et de risques de plus en plus diversifiées. Les équipes comptables doivent adapter leurs processus, leurs systèmes, leur organisation et faire évoluer leurs équipes. Cette situation nouvelle les positionne plus en amont : il peut ainsi leur être demandé d’apprécier les conséquences réglementaires et financières des différentes options ou orientations envisagées par les directions générales.
…et de nouvelles compétences
De nouvelles compétences sont attendues dans ce cadre : aisance relationnelle (management, communication, pratique de l’anglais) en plus des compétences techniques professionnelles, souvent nécessaires dans un métier d’expert. Raymonde Hébras voit un paradoxe dans ces compétences attendues : un champ étendu face à un besoin d’expertise, une grande réactivité face au respect des normes et des délais, un sens du détail pour répondre aux obligations réglementaires face à une vision globale, et enfin un esprit d’analyse tout en pilotant des informations de synthèse.
L’exercice de la fonction exige ainsi en particulier des compétences en matière de :
- savoirs : environnement économique et financier, cadre législatif, réglementaire, prudentiel, juridique, comptabilité bancaire, fiscalité, mécanismes financiers, organisation de l’entreprise et de son environnement ;
- savoir-faire : élaborer et piloter les états de restitution comptable, fiscale et prudentielle, assurer le suivi et la production des comptes et leur interprétation pour la direction générale, effectuer les missions de révision et de contrôle des comptes, interpréter les textes réglementaires pour proposer des solutions stratégiques aux opérationnels ;
- savoir-être : sens du résultat, organisation et coordination, analyse et synthèse, adaptabilité, sens de l’innovation, force de persuasion.
Une banque au sein d’un constructeur automobile
Au cours de cette même conférence, Chantal Charreron, directrice comptable de Banque PSA Finance, a fait part de son expérience depuis quelques années à la tête de cette direction de la banque d’un groupe industriel, expliquant comment l’image des comptables a pu évoluer en quelques années au sein de sa structure. Un des premiers challenges à relever de la part de l’équipe comptable a été celui de la communication en interne, en adoptant le langage propre au secteur automobile. Le processus de comptabilité bancaire étant particulier, l’idée originale fut d’assimiler la banque à une « usine » ayant pour raison d'être la gestion des comptes. Le travail de la comptabilité commence ainsi dès la mise en place de crédits à la clientèle, au moment où les véhicules sont vendus par les concessionnaires. Tout le processus de fonctionnement de la banque revient à gérer ces comptes de manière industrielle. Les fournitures et les matières premières sont les refinancements de la banque. Ces refinancements sont transformés pour octroyer des crédits à la clientèle. Les chaînes de montage sont les logiciels de back-office et les flux d’argent transitent dans les comptes. Le passage d’un outil informatique vers un autre s’effectue par le biais de « wagonnets » qui sont des comptes de liaison.
Ainsi, d’une banque au sein d’un constructeur automobile au départ, il a fallu, pour aboutir à une direction comptable indépendante rattachée à la direction générale de la banque, expliquer les mécanismes comptables bancaires au management de la banque, faire la distinction des processus bancaires avec la comptabilité de sociétés commerciales, faire comprendre les compétences nécessaires à un comptable par rapport aux autres gestionnaires (contrôle, back-office, risques). Pour la comptabilité bancaire, il s’agit de récupérer l’information stockée dans les outils de back-office divers et de moyens de paiement, d’établir le réalisé mensuel pour la direction générale afin qu’elle puisse, avec les contrôleurs de gestion, vérifier le bon avancement des objectifs de l’exercice, établir, puis transmettre ce réalisé à l’autorité de tutelle. Les comptables doivent aussi participer à la résolution des problèmes informatiques. Toute la production finit dans la comptabilité en bout de chaîne et le comptable constate malheureusement parfois en dernier la mise en place de nouveaux produits. Le rôle stratégique de la comptabilité dans une banque apparaît ainsi clairement.
Il est donc important de définir la notion de comptable bancaire : contrairement à l’industrie, la vente du produit – voire même, avant, l’engagement de vendre – est le début du processus industriel bancaire. Le comptable bancaire se doit d’exprimer les besoins fonctionnels et informatiques réglementaires et normatifs relatifs aux outils de refinancement de la banque, aux logiciels de back-office, la gestion du portefeuille de crédit en continu, l’interface vers l’outil de comptabilité générale et de reporting aux banques centrales.
Embauche, mobilité, formation… quelles perspectives ?
Pour qu’un poste au sein d’une organisation soit évalué à un niveau hiérarchique suffisant, il faut que les ressources humaines le reconnaissent. Pour prendre en compte toutes les facettes du métier de comptable bancaire, la DRH de PSA a ainsi dû référencer des postes spécifiques bancaires. Elle a « pioché » dans des postes d’autres directions très variées et a ajouté l’ouverture prudentielle et la publication obligatoire et mensuelle des comptes, inexistante dans les autres industries (sauf l’assurance). Le positionnement des comptables au sein d’une direction financière nécessite qu’ils se différencient des autres services financiers : contrôleurs de gestion ou gestionnaires de back-office, souvent considérés – à tort – comme plus valorisants.
La direction comptable et les DRH doivent donc veiller à recruter des profils de bon niveau, tant en ce qui concerne la capacité technique que la capacité à communiquer avec l’ensemble des autres directions de l’entreprise. Il convient de noter de plus que si les back-offices ont une relation avec la clientèle, la comptabilité est quant à elle principalement en relation avec la direction générale.
Chantal Charreron précise que le recrutement passe le plus souvent par une recherche externe pour les cadres, car le vivier interne est généralement insuffisant. La mobilité interne des comptables fonctionne désormais bien, depuis des postes à responsabilité de la direction financière ou du contrôle interne en passant par des formations spécifiques. De même, la mobilité est offerte aujourd’hui aux cadres de la comptabilité bancaire vers des parcours sectoriels variés et de haut niveau, qui sont les meilleurs témoins du chemin parcouru.
Le point de vue de l’Autorité de contrôle prudentiel
En tant que régulateur et destinataire des états comptables sous un format européen, Frédéric Visnovsky, secrétaire général adjoint de l’ACP, précise que l’autorité de tutelle réalise un certain nombre de contrôles, notamment l’évaluation des compétences des comptables, la répartition des tâches entre les directions comptables et les autres directions, et la qualité du contrôle interne.
Le métier comptable dans la banque a évolué au cours de la dernière décennie. La crise des subprime puis la crise des dettes des États ont mis en lumière des questions comptables sur des produits bancaires complexes et leurs évaluations (mark-to-market ou, le cas échéant, mark-to-model). Les comptables n’ont pu que tirer les conséquences de la crise, notamment par le passage de provisions.
Outre le fait que la crise a entraîné une augmentation de la production d’informations comptables, elle a également ouvert des champs de réflexion sur la profession comptable. On peut citer, par exemple :
- la relation entre les choix comptables et la stratégie d’allocation d’actifs ;
- les problématiques d’ajustements de valeurs et de passage de provisions ;
- la cohérence entre les évaluations comptables, prudentielles et des risques ;
- enfin, la pertinence de l’information financière.
La comptabilité a une place essentielle dans le dispositif de contrôle interne à travers son organisation, la mise en place d’une piste d’audit et de travaux de contrôle comptable. Elle doit être une sécurité pour un établissement de crédit, puisqu’elle demeure un fondement essentiel de l’activité au regard de la masse des données traitées. L’ACP veille sur le dispositif de qualité comptable et, par conséquent, sur la qualité des moyens mis en œuvre par les établissements. Par définition, les outils de production et de contrôle dans les banques ne peuvent fonctionner de manière efficace que grâce à la compétence des équipes comptables, qui permettent d’assurer leur bon fonctionnement.
Une profession revalorisée
Aujourd’hui, la profession comptable évolue et ne doit plus se cantonner à sa seule expertise technique. Le comptable doit faire preuve également de pédagogie (à l’égard de ses dirigeants, des comités d’audit, de ses commissaires aux comptes…) et parfois de qualités managériales, notamment lors de la conduite de projets. Pour cela, les banques doivent accompagner l’avenir de la profession comptable, en valorisant cette profession pour que sa place soit encore mieux reconnue au sein des établissements de crédit.
En conclusion, le chômage dans le métier de la comptabilité bancaire n’existe pas… ou pas longtemps. Les métiers ont été profondément modifiés : de l’expert enregistreur de données, le comptable bancaire est devenu un conseil stratégique de la direction générale, un pilote de projets internationaux à moyen et long terme qui doit s’intégrer dans la vision à long terme de la banque.