Le dispositif comptable doit aujourd’hui répondre à des attentes nouvelles : produire plus d’informations, parfois complexes à recueillir, dans des calendriers plus serrés et avec des exigences de fiabilité largement accrues. Face à des évolutions fortes des systèmes d’information en général, et comptables en particulier, le métier de comptable a dû procéder à une adaptation de ses profils et de ses organisations.
L’extension du champ de l’activité
C’est dans ce contexte que l’
Le principal constat est l’extension du champ de l’activité des comptables bancaires au cours de ces dernières années. Pour la plupart des professionnels comptables, le rôle et le positionnement se sont différenciés, par catégorie d’activités, dans le dispositif de collecte d’informations, d’établissements des comptes, de déclaratifs réglementaires et de contrôle interne mis en place. La réflexion proposée part de l’observation de la situation, de son évolution récente, et notamment de la différenciation des métiers, pour permettre d’identifier les évolutions, souhaitables et possibles,du rôle du comptable et de son positionnement au sein de la banque.
Cette chronique dresse, dans cette première partie, un état des lieux et présente les réflexions qui s’appuient sur les analyses réalisées par les institutionnels (AFB, Éducation nationale et Apec). La deuxième partie, à paraître le mois prochain, s’intéressera aux expériences des établissements membres de l’Adicecei et aux conclusions qui peuvent en être tirées.
Les caractéristiques actuelles des métiers de la comptabilité en banque
L’Observatoire des métiers de la banque a réalisé une étude portant sur les métiers de la comptabilité. Cette étude porte sur les banques commerciales et n’intègre donc pas les données provenant des établissements mutualistes, même si ces derniers ont des positionnements relativement proches sur la question de la profession comptable.
À partir des résultats 2010 de l’étude annuelle des métiers, Henri Cheynel, responsable de l’Observatoire et chargé de mission à la direction des affaires sociales de l’AFB, met en avant l’évolution de la part des métiers de comptabilité dans la population totale des banques commerciales : 1,8 %, contre 1,5 % en 2004. La pyramide des âges des professionnels de la comptabilité est plus régulière et plus jeune. Cependant, elle montre aussi qu’un fort taux de départ à la retraite se profile, 27 % des personnes concernées ayant plus de 50 ans. L’âge moyen est de 41 ans, avec une ancienneté moyenne dans l’établissement de 14 ans, ce qui prouve une grande stabilité. La part de chaque catégorie professionnelle comptable dans les effectifs montre une plus grande expertise du métier, passant de 50 % de cadres en 2004 à 68 % aujourd’hui. Le métier est féminisé avec 52 % et la part des femmes dans les embauches est régulièrement supérieure à la moitié. Par diplôme, les embauches se font de bac à bac +4, voire plus, les bac +4 représentant plus de 75 % du total. Ces éléments traduisent à la fois une hausse des compétences attendues, mais également une revalorisation du métier et de ses enjeux.
Les caractéristiques des offres d’emploi
Dans le cadre du colloque sur l’évolution de la profession comptable en France et son attractivité auprès des jeunes diplômés, organisé par l’Adicecei le 15 décembre, l’Apec (Sylvie Delattre et Lucie de Kerimel du département Études et Recherche) a présenté un certain nombre de résultats issus d’une analyse des offres d’emploi confiées par les entreprises à l’Apec sur l’année 2010.
Les entreprises qui recrutent des comptables bancaires sont principalement des banques et des filiales de grands groupes bancaires, essentiellement pour des profils jeunes diplômés, les cabinets de recrutement recrutant plutôt des profils confirmés. En 2010, 9 550 offres cadres concernaient la fonction comptable, tous secteurs confondus, soit 2,7 % de l’ensemble des offres confiées par les entreprises à l’Apec, mais 482 offres d’emploi seulement concernaient la fonction comptable dans le secteur bancaire, soit 0,1 % de l’ensemble des offres confiées à l’Apec. Plus de la moitié (52 %) des opportunités en comptabilité bancaire sont localisées dans la région Île-de-France. Enfin, la fonction comptable, tous secteurs confondus, reste moins accessible aux jeunes diplômés que la moyenne des fonctions : 18 % des offres en comptabilité étaient ouvertes aux jeunes diplômés en 2010 contre 26 % pour l’ensemble des fonctions Apec.
Rémunérations, formations et compétences
En 2010, les rémunérations proposées dans les offres en comptabilité bancaire étaient légèrement supérieures à celles proposées dans l’ensemble des offres en comptabilité (tous secteurs confondus). En comptabilité bancaire, le salaire moyen des offres ouvertes aux jeunes diplômés s’élevait à 34,9 K€ (contre 33 K€ pour l’ensemble des offres en comptabilité et 35,8 K€ pour l’ensemble des offres Apec). Pour les offres ouvertes aux cadres confirmés (plus de 3 ans d’expérience) en comptabilité bancaire, le salaire moyen proposé se montait à 42,2 K€ (contre 40 K€ en comptabilité tous secteurs confondus) et 41,9 K€ pour l’ensemble des offres Apec.
Parmi les formations les plus recherchées par les employeurs, on trouve le diplôme de comptabilité générale, le diplôme supérieur de comptabilité générale, les diplômes d’écoles de commerce et les masters 2 en gestion ou en comptabilité, contrôle et audit.
Les compétences de base attendues visent la connaissance du secteur bancaire, l’analyse comptable, la réglementation et les outils informatiques. Selon les spécialités recherchées, l’entreprise demandera des compétences en maîtrise d’ouvrage, contrôle comptable, reporting et consolidation.
L’expérience professionnelle demandée est souvent de 2 ou 3 ans, dans le domaine de l’audit, de l’analyse comptable, de la consolidation.
Les facteurs d’évolutions de ces métiers
La fonction a évolué depuis une dizaine d’années, notamment en raison :
- du passage aux normes IAS/IFRS : elles ont introduit de nouveaux concepts (notion de « juste valeur » et d’actualisation) et donc de nouvelles directives comptables ;
- du rôle croissant des systèmes d’information : les logiciels comptables sont intégrés aux
ERP et en lien constant avec les différentes directions de l’entreprise ;[2] - du raccourcissement des délais de clôture des comptes, qui impose de remanier le système comptable, et d’avoir une organisation de plus en plus stricte ;
- du déploiement de Bâle III dans les années à venir : cela modifie les règles de fonctionnement de la comptabilité bancaire, en lui ajoutant plus de contraintes.
Quelle évolution des formations et diplômes comptables en France ?
La présence d’un représentant de l’Éducation nationale permet d’ouvrir la réflexion sur la profession comptable bancaire par le biais de la formation initiale. Il existe un groupe économie et gestion au sein du ministère, lequel pilote les filières de formations comptables.
L’enseignement comptable en France a fortement évolué depuis le cadrage européen opéré par le
- le nombre d’étudiants en comptabilité a décliné alors même que le nombre de débouchés va croissant ;
- on a assisté au cours de la dernière décennie à une montée en gamme des métiers de la comptabilité. Le premier niveau d’insertion pour ce secteur est dorénavant le BTS ou le DUT. Le bac pro comptabilité pourrait disparaître, car il ne correspond plus à un niveau d’insertion. D’une façon générale, du BTS au doctorat, à la fois en Île-de-France et dans les grandes métropoles, il existe plus d’offres d’emplois que de sortants du système éducatif et universitaire. Cet écart continue à s’accroître et le phénomène est encore plus accentué dans le secteur bancaire.
Comment assurer une meilleure prise en compte du bancaire ?
Après la mise en place d’un nouveau cursus de l’expertise comptable (du niveau bac à bac +8), Alain Henriet, inspecteur général de l’Éducation nationale, annonce les tendances qui se dessinent pour l’année 2012 et les suivantes. La mise en place d’un bac technologique gestion-finances en 2012 serait suivie d’un BTS comptabilité/gestion/organisation, puis d’un DUT gestion entreprises et administration, avec une grande place accordée à la comptabilité. La réforme irait jusqu’à un bac +8 sous forme d’un doctorat en sciences de gestion, avec une grande part sur la normalisation comptable.
Comment assurer une meilleure prise en compte du bancaire ? Plusieurs propositions sont faites par Alain Henriet : cadrer les besoins et les exprimer avant la rénovation des BTS, créer un certificat comptabilité bancaire dans la licence professionnelle « des métiers comptables », aborder la comptabilité bancaire dans les autres diplômes, dans le mémoire du DEC et dans les certificats spécialisés (CFPB). Afin que la formation bancaire soit mieux prise en compte dans les formations dispensées, les représentants de la profession comptable bancaire (uniquement représentés aujourd’hui par l’Ordre des experts-comptables) doivent mieux s’organiser, nouer des contacts et prendre leur évolution en main afin de pouvoir peser plus efficacement dans les orientations prises par le ministère de l’Éducation nationale et celui de l’Enseignement supérieur. Ce problème de la représentativité des professionnels de la comptabilité doit se poser également aux différents acteurs de la profession comptable bancaire.
Le constat reste toutefois qu’il n’existe pas de formation nationale autonome de comptabilité bancaire en France. L’originalité du tout nouveau certificat de comptabilité bancaire créé en 2011 par le Cnam, l’Afges et l’Adicecei est soulignée par l’inspecteur général et reconnue par la profession. À cette dernière de le faire vivre.