Assurance-vie

L’avenir et les alternatives aux fonds en euros dans le contexte actuel

Créé le

20.07.2020

Dans le contexte économique de taux durablement bas et dans un environnement réglementaire renforcé, les fonds en euros des compagnies d’assurance vie françaises peuvent sembler menacés. Quel est leur avenir et quelles sont leurs alternatives ?

 

Avec 54 millions de contrats et 38 millions de bénéficiaires, l’assurance vie, à travers ses fonds en euros, est le placement préféré des Français. Malgré des vents contraires entraînant de nombreuses interrogations sur leur avenir, les fonds en euros des compagnies d’assurance vie françaises séduisent toujours autant les épargnants avec des encours de 1 400 milliards d’euros, soit 28 % de l’épargne totale des Français en 2019. Ce succès est avant tout lié à ses atouts que sont les fonds en euros et la fiscalité. L’assurance vie répond ainsi à presque tous les objectifs patrimoniaux des épargnants. Elle a eu l’avantage, pendant des années, d’offrir à la fois la sécurité, la liquidité et le rendement.

Le contexte économique

L’environnement économique dans lequel nous évoluons depuis plusieurs années nous fait nous interroger sur l’avenir des fonds en euros. En effet, depuis fin 2011, la Banque Centrale Européenne (BCE) n’a cessé de baisser ses taux directeurs. À partir de 2015, afin d’éviter la spirale déflationniste, elle a décidé de procéder à un assouplissement quantitatif, en achetant massivement des actifs aux banques, ce qui a eu pour conséquence de baisser le taux de refinancement, qui atteint aujourd’hui 0 %. Le taux de dépôt au jour le jour est quant à lui négatif : les banques doivent payer la BCE pour déposer des liquidités. La baisse des taux directeurs de la BCE entraîne une baisse des taux d’intérêt des obligations, principales composantes des fonds en euros, provoquant ainsi la baisse du rendement de ces derniers.

L’environnement réglementaire

Au-delà de la baisse des taux, le monde de l’assurance est également impacté par un cadre réglementaire toujours plus strict. En 2016, le secteur français de l’assurance a connu de grands changements réglementaires avec l’application de la directive européenne Solvabilité 2 puis l’entrée en vigueur de la loi Sapin 2. Dès 2009 et dans le prolongement de Bâle II pour le secteur bancaire, la commission européenne a souhaité légiférer pour se prémunir contre les risques systémiques et a adopté la directive-cadre Solvabilité 2, visant à renforcer les règles européennes sur les garanties apportées par les compagnies d’assurances. Les assureurs se voient ainsi imposer des ratios de solvabilité de plus en plus importants. Promulguée le 9 décembre 2016, la loi dite « Sapin 2 » a quant à elle pour objectif de préserver la stabilité du système financier pour protéger les épargnants des conséquences d’une crise financière majeure. Afin de pouvoir respecter ces règles prudentielles et ces ratios de solvabilité, les assureurs n’ont d’autre choix que de diminuer le rendement des fonds en euros.

L’avenir

Dans ce contexte, il est en effet difficile pour les assureurs de continuer à servir sur les fonds en euros un rendement suffisant, une liquidité quotidienne et une garantie sur le placement sans que cela ne pèse sur leur solvabilité.

Les fonds en euros vont-ils alors disparaître, au profit notamment des fonds en unités de compte, qui ne comportent pas les garantis en capital des fonds en euros et dont le risque est porté non plus uniquement par l’assureur mais également par l’épargnant ? Pour éviter cette situation, alors que les fonds en euros restent un pilier de l’assurance vie, les assureurs ont opéré des changements profonds, notamment l’instauration de règles limitant leur accès lors des versements et des souscriptions – souvent conditionnés par une proportion d’investissement en fonds en unités de compte –, via l’augmentation des tarifs ou des frais de gestion ; et la diversification : les fonds en euros « dynamiques » et « immobiliers », les fonds euro croissance, les fonds structurés ou flexibles, sont autant d’alternatives aux fonds en euros.

Ces mesures ont modifié le comportement des épargnants, qui ont fortement augmenté la part consacrée aux unités de compte dans leurs versements. Celle-ci a atteint 41 % des versements en décembre 2019, alors que sa moyenne était de 28,2 % sur l’ensemble de l’année 2018. Toutefois, les Français sont plutôt averses au risque et cette diversification doit se faire dans le respect des règles déontologiques. Elle nécessite de faire preuve de pédagogie de la part des conseillers. Mais au-delà de la protection des fonds en euros, de la nécessaire diversification et de l’accompagnement des épargnants, la transformation devra probablement porter sur les caractéristiques même de ces fonds.

À retrouver dans la revue
Revue Banque NºESBanque2020