Gestion de flux

« L’avenir des paiements semble s’inscrire dans les marketplaces »

Créé le

22.10.2019

Limonetik a accompagné le développement et la diversification des moyens de paiement. Elle en gère environ 185 aujourd’hui, dans plus de 70 pays différents. Elle est également très active dans la gestion des flux d’argent des marketplaces, autre tendance lourde dans le monde des paiements.

 

Comment passer de la carte cadeau numérique, activité initiale de Limonetik, à la gestion de 185 moyens de paiement ?

Limonetik a en effet débuté avec une activité de cartes cadeaux online. La gestion des cartes cadeaux génère des flux complexes : le bénéficiaire utilise souvent sa carte avec un paiement complémentaire, par carte bancaire par exemple. Il faut alors gérer plusieurs flux d’argent, plusieurs connexions techniques, sans oublier l’émission de monnaie électronique induite par la carte cadeau. La technologie ainsi développée pouvait aisément s’adapter à la gestion d’autres moyens de paiement. En outre, elle avait été dimensionnée pour gérer des flux bien plus importants que ceux liés aux seules cartes cadeaux. Cela nous a permis de nous lancer dans la gestion des moyens de paiement internationaux il y a un peu plus de trois ans, puis dans la gestion des flux d’argent dans le contexte particulier des marketplaces. Celles-ci vendent des produits et des services qui ne leur appartiennent pas, ce qui implique des flux d’argent plus compliqués, parce qu’elles encaissent des paiements issus de multiples pays, pour les reverser de façon automatique à l’ensemble de leurs fournisseurs.

Sur les moyens de paiement proprement dits, la carte bancaire via Visa et Mastercard ne représente plus au niveau mondial qu'un tiers des transactions réalisées sur internet. Cette baisse s’explique par différents facteurs :

  • la concurrence des nouveaux moyens de paiement tout d’abord, comme Paypal lancé depuis 20 ans en partant du constat qu’il était possible de proposer des moyens de paiement plus simples et mieux adaptés à internet que la carte bancaire ;
  • ensuite certains pays n’utilisent pas la carte bancaire, par exemple en Afrique où les particuliers sont faiblement bancarisés et payent avec leur mobile ;
  • troisième raison, Visa ou Mastercard n’ont pas pu pénétrer dans certains marchés et ces derniers se sont organisés différemment : en Chine, les consommateurs paient avec CUP (China Union Pay) ou des wallets comme Alipay ou Wechat qui fonctionnent avec des QR codes, et surfent sur toutes les possibilités ouvertes par les téléphones mobiles.
Autant de raisons qui expliquent qu’il existe aujourd’hui 300 à 400 moyens de paiement dans le monde, concurrents de la carte bancaire, et qui représentent 75 % des achats payés sur internet.

Quelles contraintes induit le fait de proposer une si large palette de moyens de paiement ?

Tout d’abord, nous avons à faire face à une difficulté technique pour se connecter à des serveurs situés un peu partout dans le monde et être capable en temps réel de débiter un moyen de paiement, puis gérer un éventuel remboursement… Mais cette partie technique n’est finalement pas la plus compliquée.

Il faut également avoir un contrat pour chaque moyen de paiement, ce qui comporte un enjeu juridique, et nous devons respecter les législations et réglementations en vigueur dans les deux zones, celle où se situe le moyen de paiement et celle où sont acheminés les fonds. Or ces contraintes de compliance peuvent être très différentes d’un pays à l’autre : en Europe, nous avons un statut d’agent d'établissement de paiement pour pouvoir collecter l’argent, mais il faut aussi s’adapter à l’environnement local, chinois, russe, philippin ou sud-africain, où nous nous sommes récemment lancés. Une fois connectés, avec un contrat ad hoc et en respectant la législation en vigueur, il reste un enjeu de réconciliation, qui consiste à s’assurer que l’argent qui devait être envoyé via le moyen de paiement correspond à l’argent qui a été effectivement reçu sur le compte. Cela représente un important travail quotidien.

Globalement, cela suppose d’utiliser une technologie assez agile, d’automatiser et d’industrialiser au mieux les processus pour pouvoir accepter de nouveaux moyens de paiement.

Quel est le volume d’affaires de Limonetik ?

Nous avons dépassé le milliard de transactions gérées. Et l’activité est en forte croissance : le nombre de transactions traitées va probablement croître de plus de 50 % en 2019.

Quelles sont les perspectives en matière de moyens de paiement ?

Une première tendance notable est le déploiement de certains acteurs comme Stripe, Adyen, ou Mollie, qui proposent un service de paiement intégré, standard et rapide à déployer. Leur puissance de frappe vient de leur capacité à avoir le même produit partout et pour tous. En revanche, certains acteurs ont des besoins plus complexes – par exemple la multi-acquisition, la gestion de plusieurs gateways, dans des pays différents – nécessiteront des services un peu plus personnalisés, avec plus de valeur ajoutée. Or la customisation rapide, facile, aisément paramétrable parce qu’elle a été réfléchie dès l’origine, comme c’est le cas de Limonetik, ne fait pas partie du mindset de ces nouveaux acteurs. Il est significatif que Stripe ait récemment participé à la levée de 100 millions d’euros de Rapyd, une société israélienne dont le positionnement est très comparable à celui de Limonetik, avec une capacité à customiser des services enrichissant les transactions rapidement et à coût industrialisé. Stripe a pris un ticket dans une activité complémentaire à la sienne.

Nous constatons aussi que les moyens de paiement inventés pour le net se déploient aujourd’hui dans le monde physique où les usages commencent à être de plus en plus online ou sur IP. Ainsi les terminaux de paiement acceptent aujourd’hui des moyens de paiement fondés sur un QR code. Nous avons ainsi installé les moyens de paiements chinois Alipay et WeChat dans les boutiques dutyfree des Aéroports de Paris, et dans des boutiques de luxe, place Vendôme à Paris.

Qu’en est-il de la gestion des flux des marketplaces ?

La marketplace est également une tendance lourde en matière de commercialisation et donc en matière de flux de paiement. On pense bien sûr à Amazon, Ebay, Uber ou Airbnb. Mais aujourd’hui Carrefour annonce l’installation de points de vente Fnac et Darty au sein de ses hypermarchés, parce que le groupe se rend compte que ses clients veulent retrouver des conseils pointus sur certains achats et l’ambiance plus authentique d’un véritable « marché ». Les achats réalisés dans un corner Darty chez Carrefour sont réglés dans l’infrastructure des paiements de Carrefour, mais les fonds devront être reversés à Darty. C’est une marketplace, même si ce montage n’en porte pas le nom. Cela se retrouve aussi dans les grands magasins qui ont des corners de différentes marques. Ils ont beaucoup travaillé avec la carte bancaire, mais aujourd’hui ils peuvent proposer des moyens de paiement plus variés, gérés de façon efficace. De même, un sandwich acheté sur internet et récupéré par le client 5 minutes après dans la franchise la plus proche de son domicile fait appel à des logiques où l’argent ne va pas au site internet, mais sera envoyé chez le franchisé, où le produit a été fourni. Cela reste une structure de flux de marketplace.

Autre évolution significative, les marketplaces ont jusqu’à présent principalement concerné les transactions BtoC. Mais aujourd’hui des corporate qui interviennent en BtoB commencent à vendre leurs produits sur internet, car cela correspond à un besoin de leurs clients qui font déjà leur sourcing, leur comparaison, leur devis, leur e-procurement sur internet. Ces corporate veulent vendre partout dans le monde, et souvent proposer en plus de leurs produits, des services annexes, comme l’installation sur place, les outils ou des éléments qui vont compléter l’équipement pour être sûr qu’il sera opérationnel immédiatement. C’est une fois de plus une logique de marketplace, internationale, et qui représente des volumes bien supérieurs en montant unitaire et en termes de capitaux globaux que dans le domaine du BtoC.

L’avenir des paiements semble donc s’inscrire dans les marketplaces et les structures de flux correspondantes.

À retrouver dans la revue
Revue Banque Nº837