Point de vue de l'émetteur

« S’assurer que ces dispositifs ne viennent pas essentiellement nourrir les ETI »

Créé le

26.05.2015

-

Mis à jour le

29.05.2015

Les PME, craignant que les financements bancaires ne soient pas à la hauteur de leurs besoins quand l’économie repartira, regardent du côté des marchés. Un vrai changement de culture qui s’opérera peut-être localement, plutôt que de manière transfrontière.

Les PME et les ETI ont-elles aujourd’hui besoin d’une diversification de leurs sources de financement ?

Nous sommes inquiets des contraintes réglementaires qui pèsent sur les banques. Si l’économie repartait – comme nous le souhaitons tous – avec des cycles de croissance de plus de 1,5 %, la question de l’accès au financement se poserait. La diversification des dispositifs financiers à la disposition des entreprises est donc utile, sous réserve d’une pédagogie et d’un encadrement adaptés. Pour l’instant, ces produits restent peu accessibles. Certains tentent de frayer leur chemin parmi l’offre plus traditionnelle, autour du financement des investissements ou des délais de paiement. Le financement de créances est devenu plus accessible que par le passé, par exemple. On regarde avec intérêt la montée en puissance de la Bourse des PME, du financement participatif, d’une certaine forme de titrisation et du capital-risque. Concernant le prêt interentreprise [1] , la dynamique est assez intéressante, à condition que les entreprises qui les octroient identifient bien les risques au préalable et que ces prêts s’inscrivent bien dans une relation commerciale de confiance entre deux partenaires.

Qu’en est-il des EuroPP ?

C’est un axe important. L’initiative des EuroPP va plutôt dans le bon sens. Le principal enjeu est d’aller vers un standard européen, de simplifier les produits et d’adapter la réglementation pour les investisseurs. Il s’agit aussi de rendre ces dispositifs véritablement accessibles aux entreprises qui réalisent entre 1 et 10 millions d’euros de chiffre d’affaires et qui ont besoin de 500 à 800 000 euros pour leurs investissements, contre des tickets de 5 millions d’euros pour les ETI. En effet, ces dispositifs ne doivent pas nourrir un marché qui va très vite être saturé : celui des quelque 4 000 ETI.

Que peut l’Europe pour développer ces sources de financement désintermédié ?

Les problématiques que nous connaissons en France sont partagées par d’autres Etats membres. L’Europe essaie donc de porter une dynamique forte autour des PME. Elle doit maintenant assurer la cohérence de ses différents objectifs et adapter les contraintes prudentielles des banques et des compagnies d’assurance en allégeant les obligations qui pèsent sur les entreprises pour leur accès aux marchés. Il faut renoncer à la taxe sur les transactions financières qui est contre-productive.

L’Europe doit aussi éviter de remettre en question le modèle économique du secteur de l’analyse financière et de la recherche financière dans le cadre de MIF.

Est-il important, selon vous, qu’un investisseur portugais s’intéresse à une entreprise lettone ?

Le financement des PME restera vraisemblablement très largement local et mettre en place les dispositifs de financement ne suffira pas à l’établissement d’une Europe unifiée en termes de financement des entreprises. Cela ne peut se faire sans une harmonisation sociale et fiscale.

Une entreprise française a-t-elle besoin de mobiliser des investisseurs transfrontières ?

Peut-être, mais il faut rester cohérent : pour les entreprises qui n’exportent pas, ce sera difficile d’aller chercher du financement à l’étranger ! Ce discours s’adresse surtout aux entreprises déjà converties à l’international.

L’accès au financement de marché pour les ETI devrait libérer de la place dans les bilans bancaires au profit des plus petites entreprises. Que vous inspire cet argument, que l’on entend parfois ?

Les PME subissent depuis 2007 une crise extrêmement forte, qui s’est traduite par près de 64 000 destructions d’entreprises par an depuis trois ans. Leur situation financière est tendue et, quand l’économie repartira et qu’elles auront besoin d’investir, elles viendront trouver les banques avec des bilans dégradés. Répondront-elles alors aux critères d’éligibilité des institutions financières ? Si l’on veut pouvoir financer demain les entreprises qui en ont besoin, il va falloir réfléchir à une façon différente d’évaluer le risque. Les banques traditionnelles ont un rôle majeur à jouer en la matière.

Que changent les formes alternatives de financement pour le chef d’entreprise ?

Cela leur offre de nouvelles opportunités même si nombre d’entre eux utilisent le financement intermédié par facilité : ouvrir son capital, se coter en Bourse, lever de l’argent sur les marchés obligataires ne sont pas des démarches aisées. Cela demande du formalisme, entre les due dilligences, les arrêtés de comptes intermédiaires ou encore la modification du pacte d’actionnaires. Cela entraîne aussi des coûts de mise en œuvre. Le tout sans garantie de résultat, car on n’est pas sûr d’obtenir les montants recherchés. Il faut s’assurer que l’ensemble des dispositifs est bien accessible aux chefs d’entreprises, et notamment aux patrons de TPE et PME. Et ils doivent pouvoir monter en compétence pour pouvoir utiliser ces nouveaux outils.

En quoi l’accès à l’information, théoriquement plus complexe pour un investisseur extérieur que pour un banquier en contact direct avec l’entreprise, pose-t-il problème ?

C’est un vrai sujet à regarder de manière consensuelle avec l’ensemble des parties prenantes. L’investisseur non bancaire est moins équipé pour l’analyse du risque PME. Néanmoins, il faut garder à l’esprit que l’entreprise doit être protégée : des informations concernant sa santé financière ne doivent pas se retrouver entre les mains d’acteurs qui pourraient l’utiliser pour d’autres raisons que du financement. La question se pose tout particulièrement dans le cadre des prêts interentreprises.

Que pensez-vous du projet de révision de la directive Prospectus ?

Il faut faire en sorte que les prospectus s’inscrivent dans une logique opérationnelle. Aujourd’hui, beaucoup d’entreprises qui pourraient envisager une cotation sont rebutées par le coût et par les difficultés administratives, techniques et réglementaires. Alléger les contraintes en matière de prospectus permettrait de rendre les dispositifs de financement de marché plus attractifs (lire Encadré).

Le crowdfunding rencontre un succès certain. Doit-il être développé à grande échelle en Europe ?

C’est un marché en pleine croissance. Mais il faut rester prudent et veiller à la qualité des plateformes et des projets. Le financement en fonds propres commence à bien fonctionner pour les start-up. Pour l’offre de prêts, c’est un peu tôt en revanche. La dynamique est positive comme le montre le nombre de banques qui incubent des projets de crowdfunding : ce n’est pas une activité contre les banques mais « tout contre » les banques. On peut voir le financement participatif comme un premier pas vers des dispositifs que l’on a connus par le passé : les Bourses régionales. Les entreprises ont besoin de retrouver cette proximité et de disposer d’outils pour se financer localement.

Cela ne va-t-il pas à l’encontre des marchés de capitaux paneuropéens ?

Peut-être. Mais cela me paraît plutôt complémentaire lorsque l’on voit la capacité de financement qu’ont les acteurs locaux, le plus souvent des entrepreneurs qui connaissent bien la réalité et les contraintes des entreprises, on se dit qu’il faut y regarder de plus près…

1 Introduit par le projet de loi pour la croissance, l'activité et l'égalité des chances économiques, dite « Loi Macron », en cours de discussion, NDLR.

À retrouver dans la revue
Revue Banque Nº785
Notes :
1 Introduit par le projet de loi pour la croissance, l'activité et l'égalité des chances économiques, dite « Loi Macron », en cours de discussion, NDLR.