Gestion d'actifs

L’approche multifactorielle : un bilan mitigé

Créé le

15.01.2021

La plupart des fonds multi-factoriels ont sous-performé leur catégorie Morningstar de référence sur 3 et 5 ans glissants.

Le menu des fonds multifactoriels s'est considérablement élargi au cours de la dernière décennie. Contrairement aux fonds indiciels traditionnels, ces fonds suivent un indice non pondéré par la taille de capitalisation des titres qui le composent, mais en fonction d’autres facteurs tels que la faible volatilité, la qualité des sociétés, le dividende ou encore la valorisation. Ils sont parfois connus sous le terme « smart beta », qui a une connotation positive alors que ces produits ne sont pas intelligents en soi, même s’ils promettent d’offrir le meilleur des deux mondes entre gestion passive et gestion active. Chez Morningstar, nous lui préférons le terme de béta stratégique. Ces solutions indicielles ont en effet un objectif stratégique qui peut être soit d’améliorer la performance, soit d’abaisser le risque par rapport à un indice traditionnel. Si certains fonds mono-factoriels peuvent avoir un rôle à jouer au sein d’un portefeuille diversifié, les fonds multifactoriels font partie des stratégies indicielles les plus complexes du marché. Bien qu’ils puissent sembler similaires, il existe des différences importantes dans leurs approches, qui produisent des portefeuilles et des performances très différents. L’accroissement du nombre de produits n’aide pas les investisseurs à y voir plus clair et ces derniers doivent redoubler d’efforts dans leur travail de sélection. D’autre part, la plupart de ces fonds ont déçu ces dernières années, et bien qu’il soit trop tôt pour en faire un bilan définitif, cela illustre les difficultés que ces fonds peuvent rencontrer en dépit d’un solide fondement théorique.

Un marché pléthorique et aux frais de gestion élevés

Le nombre de fonds multifactoriels a considérablement augmenté au cours de la dernière décennie, même si certains signes montrent que le marché mûrit.

Au 30 septembre 2020, on comptait globalement 294 fonds communs de placement indiciels et ETF ayant une approche de béta stratégique multifactoriel, avec un total d’actifs sous gestion d'environ 65 milliards de dollars.

Parmi ceux-ci, 217 ont été lancés au cours des cinq dernières années. Cela dit, le rythme des nouveaux lancements s'est ralenti ces dernières années, notamment aux États-Unis. Les fermetures de fonds ont dépassé les nouveaux lancements au cours des neuf premiers mois de 2020.

Les actifs investis dans des fonds multifactoriels ont augmenté à un rythme similaire à celui du marché plus large du béta stratégique (qui inclut les fonds mono factoriels) au cours de la dernière décennie. En conséquence, la part de marché des fonds multifactoriels au sein des fonds à béta stratégique est restée stable entre 4 et 6 % pendant la majeure partie de la dernière décennie. Cette faible part de marché est probablement due à la complexité et à la faible performance de ces fonds, qui ont entravé leur plus large adoption.

Cela s’explique aussi par le fait que les fonds multifactoriels ont tendance à facturer plus que les fonds indiciels d'actions traditionnels pondérés en fonction de la capitalisation boursière.

L’investisseur européen moyen paye par exemple des frais de gestion de 0,30 % pour un fonds ou ETF multifactoriel, contre 0,20 % pour un fonds pondéré par taille de capitalisation. Ces frais supplémentaires sont un handicap sérieux pour leur performance de long terme, et les investisseurs commencent à en prendre de plus en plus conscience.

Des performances décevantes sur le long terme

La plupart des fonds multifactoriels ont sous-performé leurs indices de catégorie Morningstar respectifs au cours des trois et cinq dernières années jusqu'en septembre 2020. Cela est en partie dû à la mauvaise performance de l’approche « Value », sur laquelle beaucoup de ces fonds s'appuient. Même s’ils incorporent également d’autres facteurs, cela montre que la diversification sur plusieurs facteurs ne suffit pas à enrayer la sous-performance si l’un des facteurs est durablement sous pression.

En moyenne, sur les 5 dernières années, les fonds multifactoriels européens ont sous-performé les indices classiques pondérés par taille de capitalisation de 0.60 % par an (chaque fonds étant comparé à un indice représentatif de son périmètre d’investissement). La mortalité des fonds multifactoriels (c’est-à-dire le risque qu’ils soient fusionnés ou liquidés sur la période d’observation) est par ailleurs élevée. Au final, le taux de succès des fonds multifactoriels, défini comme le pourcentage des fonds ayant à la fois survécu et surperformé un indice de marché pertinent sur une période donnée, est modeste.

Rester prudent

En conclusion, on ne peut que recommander aux investisseurs d’utiliser les fonds multifactoriels avec prudence. Même si leur stratégie d’investissement semble crédible, tout du moins pour ceux qui répliquent des facteurs éprouvés, ils peuvent traverser des périodes de sous-performance parfois prolongées. Ceci ne les rend appropriés que pour des investisseurs ayant un horizon de placement long. Mais leurs frais plus élevés que ceux de la gestion passive classique restent un défaut majeur, dont l’effet cumulatif au cours du temps est susceptible de freiner structurellement leur surperformance.

À retrouver dans la revue
Revue Banque Nº853