Dans le vocabulaire économique français actuel, il est d’usage de traduire l’anglais « expectations » par « anticipations ». Les économistes parlent ainsi de la théorie des « anticipations rationnelles ». Nous faisons ici une proposition de réforme terminologique en recommandant de traduire « expectations » par « attentes ».
Dans la traduction de référence de la Théorie générale de Keynes, celle établie par Jean de Largentaye en 1939, « expectation » est traduit par « prévision » et non par « anticipation » (chapitre 12, « L’état de la prévision à long terme »).
La question soulevée par cette notion d’anticipation du futur a déjà été excellemment abordée par les plus grands noms de l’école sociologique française : Marcel Mauss (1872-1950) et François Simiand (1873-1935). Dans un dialogue que Mauss et Simiand ont eu en 1934 à l’Institut français de sociologie à la suite de la crise économique de 1929, était posée la définition de base de ce qui sera appelé « expectation » dans la littérature de recherche de langue anglaise : la notion d’attente des agents. Mauss remarquait alors que « les infractions aux attentes collectives se mesurent en krachs économiques, paniques, sursauts sociaux, et ainsi de suite ». Les « expectations » des agents représentent bien leurs « attentes », leur escompte de l’avenir. D’où notre recommandation.