Comment avez-vous conçu l’offre de Qonto destinée aux TPE ?
Il y a cinq ans, avant Qonto, mon associé Steve Anavi et moi-même avions créé une première entreprise, Smokio. À cette occasion, comme de nombreux dirigeants de petites entreprises, nous avons été très déçus par les services proposés par les banques traditionnelles. Pour de nombreuses tâches, pourtant simples, ces services étaient très insuffisants : gérer notre compte bancaire et la comptabilité, payer un fournisseur ou savoir combien allait nous coûter un virement international, par exemple. Après la vente de cette première entreprise, nous avions envie de nous lancer dans une nouvelle aventure entrepreneuriale. Or le sujet qui nous tenait à cœur à l’époque, c’était la banque au quotidien. Un gros sujet, qui avait l’air d’embêter beaucoup d’entrepreneurs ! C’est ainsi que nous avons lancé Qonto et créé le service que nous aurions souhaité trouver en tant qu’entrepreneurs. Deux ans plus tard, nous comptons 40 000 TPE et PME françaises clientes. Nous venons de lancer notre service en Italie, en Allemagne et en Espagne, car nous avons constaté que les frustrations et les manques exprimés par les entreprises françaises étaient exactement les mêmes chez nos voisins européens.
En quoi cette offre consiste-t-elle ?
Elle est hybride : une partie est véritablement bancaire, l’autre est beaucoup plus software, avec un logiciel qui facilite la gestion et la comptabilité des entreprises. Qonto propose d’abord un compte associé à des moyens de paiement : virement, prélèvement, carte de paiement, encaissement de chèques. Des droits d’accès différenciés par types de fonctions dans l’entreprise permettent de désigner qui pourra accéder à toutes les fonctionnalités, valider ou refuser des virements, voire inviter ses collaborateurs sur le compte, et qui bénéficiera d’un périmètre d’action plus limité. Les collaborateurs peuvent ainsi utiliser une carte de l’entreprise selon des règles précises, ou préparer les demandes de virement qui attendront la validation d’un administrateur. Toute la gestion des finances et des processus de dépenses s’en trouve facilitée en équipe, mais le chef d’entreprise qui utilise seul son compte y trouve aussi son intérêt, en gagnant un temps précieux sur les tâches administratives. Nous avons ainsi créé une fonctionnalité d’historique en ligne de dix ans de transactions, exactement comme une boîte mail. Presque toutes les banques traditionnelles limitent l’historique en ligne à trois mois. Lorsqu’il faut faire la comptabilité de l’année écoulée, le chef d’entreprise doit se plonger dans des dizaines de documents PDF, ce qui fait perdre beaucoup de temps. Enfin, un module de notes de frais envoie des notifications en temps réel à chaque transaction, ce qui permet de contrôler et éventuellement de bloquer immédiatement le compte en cas de mouvement anormal. En cliquant sur la notification, il est possible de prendre en photo l’addition ou la facture. Un algorithme vient la lire et extraire automatiquement le montant de TVA récupérable auprès de l’administration fiscale. Ce sont autant d’erreurs et d’oublis évités dans le travail de rapprochement comptable et la déclaration de la TVA. Ces fonctionnalités techniques sont assorties d’un support client extrêmement réactif, qui répond en moins de 15 minutes à toute question, ouvert jusqu’à 19 heures en semaine, et jusqu’à 18 heures le samedi. Ce service client est accessible par e-mail, par chat ou par téléphone, en cinq langues (français, anglais, allemand, italien et espagnol). Enfin, et c’est ce qui fait une grande partie de notre succès, notre grille tarifaire tient en vingt lignes ; elle est claire et transparente. L’engagement est mensuel. Nous proposons trois forfaits, de 9, 29 et 99 euros par mois, qui correspondent à des tailles d’entreprises et à des besoins en fonctionnalités.
Votre offre présente-t-elle des faiblesses par rapport à celles des banques ?
Qonto est un établissement de paiement agréé par l’Autorité de contrôle prudentiel et de résolution (ACPR). Nous ne pouvons donc pas faire de crédits, ni offrir toute la gamme des services que proposent les banques traditionnelles. Pour obtenir un crédit, une entreprise qui dispose d’un compte chez Qonto pour toutes les opérations courantes et gérer sa comptabilité doit aussi avoir un compte chez un acteur traditionnel. Certains de nos clients ont ainsi deux, trois, voire quatre comptes en banque.
Pensez-vous proposer un jour tous les services d’une banque ?
Nous procédons toujours de manière très pragmatique en écoutant les demandes de nos clients. Au lancement de Qonto, il y a deux ans, nous avons commencé par proposer des virements SEPA unitaires. Puis des clients nous ont demandé une fonctionnalité qui permette de faire des virements en masse. D’autres nous ont ensuite demandé de pouvoir faire des virements internationaux pour des fournisseurs hors de la zone euro. Nous avons donc ajouté la possibilité de faire des virements internationaux en devises, grâce au partenariat avec une autre FinTech qui garantit les taux de change appliqués. Nous identifions les nouvelles fonctionnalités bancaires ou comptables à ajouter par ordre de priorité. Qonto deviendra peut-être un jour établissement de crédit si c’est une demande de nos clients, mais nous n’en sommes pas là.
Quelle lecture faites-vous du paysage des offres alternatives de services bancaires aux TPE ?
De nombreux projets ont vu le jour en France et ailleurs, que ce soit pour le financement avec le crowdlending et le crowdfunding, le financement du besoin en fonds de roulement avec les offres d’affacturage, l’optimisation des frais de change, la comptabilité, la gestion des contrats et les formalités juridiques des entreprises : création, changement de siège, augmentation de capital, etc. De nombreuses start-up se sont spécialisées dans le paiement en ligne, les market-places… Il y a quelques années, ces entreprises ciblaient soit des particuliers, soit de très grandes entreprises, à qui elles offraient des solutions chères et sur-mesure, quitte à n’avoir qu’un ou deux clients. Depuis peu, des entrepreneurs s’adressent aux PME et TPE. Dans le domaine des paiements, Qonto a identifié dès 2016 le besoin de nouvelles offres de type bancaire à destination des petites entreprises. Il existait en fait deux besoins assez différents mais complémentaires : les sociétés existantes peu satisfaites de leur banquier, mais aussi les nouvelles entreprises qui se créent tous les jours en France. Ces entrepreneurs, avant même d’ouvrir un compte et d’engager des dépenses pour leur entreprise, doivent passer par l’étape cruciale qu’est le dépôt de capital social. C’est aussi un segment que sert Qonto : les entreprises en création peuvent déposer leur capital en 48 heures, en ligne, sans avoir besoin de se déplacer ni d’échanger par fax. Nous voulons faciliter la vie des petites entreprises dès leur premier jour.