L’environnement réglementaire qui se discute en Europe devrait favoriser le mouvement d’arbitrage entre la gestion alternative et d’autres classes d’actifs longues, telles que l’immobilier, le capital investissement et les infrastructures. La Directive AIFM (Alternative Investment Fund Managers) visant à réglementer les gestionnaires de fonds alternatifs opérant en Europe prévoit notamment de contraindre les gérants à s’assurer contre une éventuelle faillite d’un sous-conservateur. Il s’agit là d’une mauvaise nouvelle pour les gérants et multigérants alternatifs européens, qui craignent de voir leurs structures de frais s’envoler – à moins qu’ils n’arrivent à reporter cette charge sur les dépositaires…
Dans leur réponse à la consultation de l’Autorité européenne des marchés financiers (ESMA), les gérants de fonds d’investissement alternatifs réunis au sein de l’AIMA (Alternative Investment Management Association) estiment à 6 milliards de dollars par an le coût potentiel de la Directive AIFM. Déjà plusieurs sociétés de gestion n’hésitent pas, à mots couverts, à évoquer leur souhait de délocaliser leur structure dans une juridiction non européenne. Ils seraient 75 % à l’envisager, selon l’AIMA. Pour les nombreux investisseurs français exclusivement autorisés à investir en fonds de droit européen, l’offre deviendrait plus restreinte et les supports plus gourmands en frais de gestion. Une hausse de 1 à 2 % des frais de gestion est évoquée par plusieurs gérants.
Si quelques fonds entendent échapper à la réglementation en commercialisant des solutions de réplication synthétiques, la demande promet de s’orienter vers les managed accounts (voir texte principal), lesquels n’entrent pas explicitement dans le champ d’application de la directive. Une analyse complète du fonctionnement du compte géré est toutefois nécessaire pour s’assurer que le support ne peut pas être requalifié a posteriori comme un instrument collectif. Le risque existe sur certaines structures gérées en commun, moins sur celles faisant l’objet d’un mandat de gestion explicite.