Selon la Banque de France, « l'opération d'affacturage consiste en un transfert des créances commerciales de leur titulaire à un factor qui se charge d'en opérer le recouvrement et qui en garantit la bonne fin, même en cas de défaillance momentanée ou permanente du débiteur. Le factor peut régler par anticipation tout ou partie du montant des créances transférées. »
Trois intervenants interviennent dans ce montage : le client (ou adhérent) du factor qui est l'entreprise détentrice des créances sur sa propre clientèle ; le factor qui fait souscrire à son client un contrat de transfert des créances ; enfin, l'acheteur (le client du client) qui est donc de ce fait en lien direct avec le factor.
Cette pratique remonte à l'antiquité : disposés le long de la mer Méditerranée, des comptoirs, appelés « facteurs » (c'est-à-dire celui qui exerce pour le compte de l'autre) stockaient, vendaient et percevaient le prix de marchandises pour le compte de leurs producteurs. Mais c'est aux États-Unis que cette technique a connu un grand essor, technique relayée en France dans les années 1960.
En définitive, l’affacturage est un mode de financement du poste client d’une entreprise, qui consiste à céder à un factor les créances qu’une entreprise possède sur un client. Ainsi, en revendant ses créances, l’entreprise récupère immédiatement de la trésorerie et laisse le factor s’occuper du recouvrement. L’affacturage est une technique de financement au service de tous types d’entreprises dans tous les secteurs d’activité et quelle que soit leur taille à condition qu’elles travaillent avec une clientèle d’entreprises (B2B). En définitive, l’objectif est d’externaliser la gestion du service client.
Les déterminants de l’affacturage
Si l’utilisation de l’affacturage est connue et reconnue, il faut chercher à mieux appréhender les déterminants de ce mode de financement. On peut distinguer ainsi plusieurs éléments explicatifs.
Le premier élément d’explication est lié à la présence des garanties, de l’âge et de la situation financière de l’entreprise. Le factoring est influencé par la demande globale de financement adossée sur les actifs, spécialement pour les PME. Si les actifs servent de garantie, l’autre façon de se financer est de se financer par le factoring – la garantie est alors la créance. Soufani (2002) fait ressortir que l’âge, le type d’industrie et la forme de propriété influencent la mobilisation du compte client. En outre, la difficulté financière influe positivement sur le factoring. Plusieurs autres études montrent que les firmes jeunes, petites ou en croissance utilisent dans certains secteurs le factoring (Hawkins, 1993 ; Smith et Schnucker,
Le deuxième déterminant prend appui sur l’asymétrie d’information et le secteur industriel (spécialisation). Si l’on mobilise la théorie basée sur l’asymétrie de l’information, il est légitime de penser que le factor a un avantage informationnel, comparativement à d’autres acteurs. En effet, l'entreprise d'affacturage a traditionnellement accès à plusieurs sources d'information et en particulier à l’information spécifique relative aux ventes réalisées par ses clients. Ainsi le factor est en général bien informé sur la performance de l’entreprise et des clients dans un secteur donné. Par exemple, si le factor est actif dans l'industrie textile alors il est en mesure de connaître presque tous les acteurs de cette industrie parce qu'ils sont les clients de ses différents clients. Par conséquent, il a des informations sur les respects des paiements des différents acteurs du secteur (donc de son client et des clients de son client). Ainsi, l’accès à des informations détaillées sur les clients des clients aidera le factor à prendre des décisions économiques.
Le troisième porte sur l’indépendance du factor c’est-à-dire sur son appartenance ou non à une banque. Les factors appartenant à une banque peuvent bénéficier d'un accès à des informations spécifiques à l'entreprise, à moindre coût, en ce qui concerne les contrôles de crédit, la direction, l’équipe, les opérations de comptes, les modes de paiement, etc., que les factors indépendants plus petits. Cette situation peut entraîner des coûts plus élevés, affectant ainsi le choix de leurs entreprises clientes et la décision de leur offrir leurs services.
Le quatrième porte sur les coûts de transaction, d’information et la spécificité des produits. Sur un marché imparfait, client et fournisseur doivent collecter de l’information ce qui représente un coût. Le fait de passer par un factor permet – dans certaines circonstances – de collecter de l’information sur le client et de contrôler son risque à un coût plus faible que celui qui serait supporté par les fournisseurs (client du factor) (Smith et Schnucker, 1994). Cette réduction de coût est d’autant plus importante lorsque les transactions entre le fournisseur et son client sont peu fréquentes ou lorsque les produits sont spécifiques. L’information collectée par le factor peut alors fournir des éléments sur le prix et la qualité des actifs d’une entreprise à son client.
Le cinquième porte sur les économies d’échelle et la spécificité du secteur. Lorsqu’une entreprise a beaucoup de clients, il faut un service interne de suivi. Le recours à un factor peut être judicieux, car le factor peut investir dans du personnel spécialisé et développer des procédures que les PME ne sont pas toujours capables de faire. Mian et Smith (1992) montrent que ces avantages sont d’autant plus importants pour les firmes à vente saisonnière où le facteur peut développer des compétences sur les différentes saisonnalités.
L’affacturage : vers quelle évolution ?
Notre propos a cherché à dégager les principales raisons qui conduisent à l’utilisation de l’affacturage. Pour autant, les évolutions récentes conduisent à revisiter ce mode de financement, en particulier au regard des FinTechs. En effet, certaines FinTechs sont spécialisées dans l’affacturage, et permettent un financement plus rapide, plus simple, moins cher et transparent sur les coûts. Elles rendent l’affacturage, souvent jugé complexe, accessible aux PME et TPE. Ce nouveau factor analyse la qualité des clients au moyen d’algorithmes développés ce qui leur permet d’accepter ou de rejeter un dossier en quelques jours. Une fois intégrée à la plateforme, l’entreprise qui soumet ses factures à la FinTech peut obtenir une réponse en quelques heures. L’association des FinTechs et des acteurs traditionnels est déjà perçue comme un nouveau modèle financier. Mais de nouveaux acteurs commencent à s’intéresser à ce marché : ce sont les GAFA (Google, Apple, Facebook et Amazon) qui pourraient se positionner sur ce segment très prochainement. On peut alors se demander si les FinTechs sont les seuls « futurs » concurrents aux factors traditionnels et si elles sont les plus dangereuses.