Management du changement

Accompagner la transformation du réseau bancaire retail en France (chapô)

Créé le

14.07.2020

Dans un environnement de taux historiquement bas, avec l’arrivée de nouveaux concurrents et une déferlante réglementaire sans précédent,, la banque de détail doit s’adapter pour préserver au mieux sa rentabilité. Quels leviers peuvent contribuer à rendre cette transformation la plus efficiente possible ?

La banque de détail en France, secteur en profonde mutation, doit se transformer pour préserver au mieux sa rentabilité. Fortement impactée par un environnement économique défavorable, un « tsunami réglementaire », une concurrence accrue et de nouvelles attentes clients et collaborateurs, elle cherche continuellement à s’adapter.

La réforme du pilotage du réseau retail : risques et enjeux

La réforme du pilotage du réseau retail est l'un des piliers fondamentaux de cette transformation. En moins d’un an, elle est déployée sur l’ensemble du réseau d’agences et doit respecter certains critères fondamentaux : la nécessaire continuité de l’activité commerciale, la poursuite de la transformation digitale, le respect du Pacte social visant à préserver l’employabilité des salariés, ainsi que la réponse aux fortes attentes des clients internes et externes de l’entreprise.

Les évolutions des attentes des clients et des collaborateurs

Afin de réussir au mieux cette mutation, la banque s’appuie sur quatre principes : la réactivité, la digitalisation, la proximité et l’environnement réglementaire.

En effet, une plus grande réactivité permet de répondre aux attentes des consommateurs et se traduit, au niveau opérationnel, par une augmentation des délégations de pouvoirs aux agences de proximité.

En complément, l’accélération de la digitalisation propose, d’une part, une relation bancaire omnicanale (agences, internet, mobile, tchat…), et d’autre part, des outils efficaces et fiables qui offrent plus de flexibilité aux collaborateurs (messagerie instantanée, réseaux sociaux d’entreprise, télétravail, flex office…).

Le principe de la proximité, dans la recherche d’un conseil à valeur ajoutée, prend alors tout son sens : les clients devenant de plus en plus autonomes dans la gestion de leurs comptes, grâce au développement du digital, attendent plus d’expertise et de personnalisation de la relation lorsqu’ils sollicitent le réseau d’agences physiques. En interne, cette notion se traduit par un aplatissement de la pyramide hiérarchique et la réorganisation du réseau, sous forme de territoires. Ces nouvelles business units comptent en moyenne une douzaine d’agences et permettent ainsi des échanges collaborateurs-managers plus réguliers.

Enfin, les nombreuses évolutions réglementaires de cette dernière décennie poussent les conseillers à transformer leur posture commerciale en faisant preuve de plus de transparence vis-à-vis de leurs clients qui sont de plus en plus avertis et sensibles à la sécurité de leurs opérations bancaires.

Les principaux axes d’amélioration

Suite à la mise en œuvre de la réforme du pilotage au sein du réseau d’agences bancaires, une étude a été menée en novembre 2019 auprès d’un panel de managers de proximité et de managers intermédiaires. Celle-ci a mis en exergue les principaux axes d’amélioration, à savoir : le manque de proximité, le manque de reconnaissance des managers dans leur travail, et enfin, la difficulté des équipes à s’adapter à cette transformation et à y adhérer. Ce constat a dégagé trois principaux axes de travail managériaux à renforcer, que sont la proximité des équipes avec leurs managers, l’accompagnement des managers et le renforcement de l’engagement des collaborateurs.

Favoriser la proximité entre les managers et le réseau d’agences

Le préambule nécessaire à ce levier managérial est de rendre disponibles les équipes de direction locales, avec l’appui de la Région, en lui déléguant la validation des dossiers commerciaux, en élargissant son périmètre d’intervention sur les fonctions support et organisation et en ajustant la taille de l’équipe de direction Territoire en fonction des spécificités locales (secteur étudiant, non-résidents, frontaliers…). Une fois ce prérequis établi, le staff Territoire se positionne en « offre de services » vis-à-vis des équipes locales et s’appuie dans des entretiens quadrimestriels sur la posture de servant leadership développée par Robert K. Greenleaf [1] , c’est-à-dire, comme un manager coach auprès des équipes, plutôt qu’un responsable trop directif. Le manager coach est à leur service pour les accompagner dans leur développement et réussir à atteindre l’objectif fixé en commun. Cette proximité favorisée permet d’échanger régulièrement avec les directeurs d’agence.

Accompagner les managers

Tout d’abord, il est important de personnaliser la montée en compétence des directeurs d’agence. Ceci implique qu’il faut au préalable établir un diagnostic de l’ensemble des managers, puis co-construire un plan de développement personnel et enfin les accompagner avec des outils adaptés à chacun (adaptive learning, coaching, SPOC [2] , mentoring [3] , feedbacks réguliers, hiérarchiques, transverses…). L’individualisation de ce coaching permet de renforcer son efficacité auprès du manager de proximité qui est également un fort contributeur à la motivation de son équipe.

Renforcer l’engagement des managers

Selon Maurice Thévenet [4] , « l’enjeu de l’engagement au travail est nécessaire pour l’expérience client dans l’univers des services ». L’engagement des salariés est un vecteur primordial pour optimiser la rentabilité d’une entreprise. Il existe de nombreux leviers avec une efficacité plus ou moins forte selon le profil et le vécu de chacun.

Ainsi, favoriser l’intelligence collective [5] , contribuer à créer du lien et une véritable identité d’équipe (avec des temps de team building) ou encore créer des parcours collaborateurs dédiés aux moments clés d’un salarié dans l’entreprise (embauche, maternité, mutation, promotion, retraite…) constituent des axes majeurs permettant de renforcer l’engagement de chacun dans son travail.

Réussir sa transformation

Décider et mettre en œuvre des plans stratégiques à horizon 2 à 4 ans est méthode courante, les réussir en est une autre. Associer les collaborateurs concernés à l’élaboration des plans stratégiques à venir, en capitalisant sur la richesse de l’intelligence collective est une forte reconnaissance de leur professionnalisme et un formidable levier de leur engagement pour l’entreprise.

 

1 Robert K. Greenleaf (1904-1990), fondateur du moderne Servant Leadership Mouvement et du Centre pour le Leadership Greenleaf Servant.
2 SPOC : Small Private Online Course.
3 C. Guerrier, « Le mentorat : lexique et répertoire de base », 2002.
4 Délégué général de la FNEGE (Fondation nationale pour l’enseignement de la gestion des entreprises), Maurice Thévenet est professeur à l’ESSEC Business School et auteur d’une vingtaine d’ouvrages sur la culture d’entreprise, le management et le leadership.
5 Intelligence collective : intelligence partout distribuée, sans cesse valorisée, coordonnée en temps réel, qui aboutit à une mobilisation effective des compétences : Pierre Lévy, « L’intelligence collective. Pour une anthropologie du cyberespace », 1994.

À retrouver dans la revue
Revue Banque NºESBanque2020
Notes :
1 Robert K. Greenleaf (1904-1990), fondateur du moderne Servant Leadership Mouvement et du Centre pour le Leadership Greenleaf Servant.
2 SPOC : Small Private Online Course.
3 C. Guerrier, « Le mentorat : lexique et répertoire de base », 2002.
4 Délégué général de la FNEGE (Fondation nationale pour l’enseignement de la gestion des entreprises), Maurice Thévenet est professeur à l’ESSEC Business School et auteur d’une vingtaine d’ouvrages sur la culture d’entreprise, le management et le leadership.
5 Intelligence collective : intelligence partout distribuée, sans cesse valorisée, coordonnée en temps réel, qui aboutit à une mobilisation effective des compétences : Pierre Lévy, « L’intelligence collective. Pour une anthropologie du cyberespace », 1994.