Cet été, cela fera 10 ans que des fonds monétaires « dynamiques » ont cessé, le temps d’un été, d’offrir la liquidité promise à leurs clients, compte tenu des pertes à venir sur les actifs toxiques immobiliers américains. Ce fut le point de départ en Europe de la fameuse crise des subprime.
Les autorités monétaires mondiales, pour sauver le système bancaire, ont utilisé tous les instruments en leurs pouvoirs. En Europe, la Banque Centrale Européenne est sortie de son mandat initial en travaillant à maintenir les niveaux de taux long terme bas pour resserrer la zone euro et a usé d’autres manœuvres pour que les banques puissent continuer de financer l’activité économique.
Une des mesures les plus spectaculaires a été le passage en taux négatifs des dépôts. Si elle avait été exceptionnelle, cette mesure aurait été indolore pour les entreprises, mais depuis deux ans, force est de constater que les taux négatifs se propagent aux placements de toutes les entreprises européennes et pourraient bien hypothéquer à nouveau le futur du refinancement des banques via leur clientèle.
La course aux dépôts
Dans le monde pré-Lehmann ou, pour nous en Europe, pré-Dexia, les usages voulaient qu’un refinancement court terme de marchés vienne compenser des actifs long terme générateurs de profits. Suite aux excès de certains de ces actifs long terme adossés à des produits complexes, les marchés et plus particulièrement les banques ont commencé à ne plus se faire confiance et donc à couper le robinet de la liquidité interbancaire.
Depuis, les régulateurs ont posé comme dogme la nécessité pour les banques d’avoir la capacité de refinancer elles-mêmes leurs engagements. Pour cela, ils ont demandé aux banques de rééquilibrer leurs Coefficients emplois ressources clientèle (CERC), de piloter la liquidité de ces ressources court terme
Il a donc fallu coûte que coûte, au sens propre comme au figuré, rebilanciariser l’épargne de leurs clients compte tenu du poids très important des banques françaises dans le financement de l’économie.
En plus des instruments traditionnels et de la puissante action de la Banque Centrale Européenne dans cette action de refinancement, il fallait concurrencer l’industrie des OPCVM monétaires et aller à contre-courant de la collecte Livret A, si âprement souhaitée quelques années auparavant. Ces deux produits constituaient les deux supports privilégiés de l’épargne de trésorerie des Français et de leurs entreprises.
Le meilleur moyen pour réorienter cette trésorerie est d’offrir un taux plus élevé : les livrets « bis » offriront un taux légèrement supérieur à celui du Livret A et pour les OPCVM monétaires à taux variable, les comptes à terme à taux fixe offriront des rémunérations attractives et non soumises à la baisse des taux programmées à ce moment.
Cette course aux dépôts a permis l’apparition de nouveaux acteurs comme notre société Pandat qui propose le service de mise en place de dépôt bancaire et ainsi une collecte plus flexible à moindre coût. De l’autre côté du Rhin, le service est particulièrement développé avec de nombreux courtiers en dépôts, le plus connu étant Raisin.
Les taux négatifs
Depuis 2014, la BCE pratique une politique de taux négatifs afin de pousser les banques à recommencer à se prêter entre elle plutôt que de ne faire confiance qu’à leur Banque Centrale. Encore mieux, elle aimerait que les banques prêtent à l’économie où l’emploi de cette facilité d’emprunt trouverait une meilleure rémunération. La mise en place des différents TLTRO (prêts à long terme ciblés) et surtout le dernier à taux négatif (les banques sont donc payées par la BCE à prêter, sous conditions) ont fini de faire baisser à zéro les rémunérations des supports d’investissements monétaires.
La ressource tant convoitée il y a quelques années brûle désormais les doigts
En pratique si la banque ne trouve pas d’emploi à ses ressources en fin de journée, selon ses limites de risques, elle doit les replacer à -0,40 % auprès de sa banque centrale. Les banques ont donc mené une communication forte sur le second semestre de l’année 2016 pour sensibiliser ses clients à la possibilité de facturation des dépôts. Attention, nous ne pouvons pas parler de taux de dépôts bancaires négatifs car le code civil l’interdit. Cette possible facturation est une habile communication afin de limiter les dépôts et cela marche plutôt bien.
Les taux négatifs combinés avec une courbe plate dégradent la marge des banques
Le calcul est assez simple : si vous collectez l’épargne de vos clients à 0,50 % avec une liquidité inférieure à 3 mois et que vous prêtez à 15 ans pour un crédit immobilier à 1 %, il ne reste que peu de marge pour le coût du risque. Mais si vous devez également replacer la ressource non utilisée à taux négatifs alors le business model construit sur la Marge nette d’intérêt (MNI) a du plomb dans l’aile.
Une réallocation potentielle vers des actifs plus risqués
Aujourd’hui, compte tenu de la baisse des rendements offerts par les actifs sans risques, les entreprises se posent la question d’introduire des instruments pouvant proposer des taux bien plus élevés avec en contrepartie des risques plus importants. La qualification d’un actif, pour les entreprises, en « équivalent de trésorerie » reste toujours une garantie en capital et une liquidité à moins de trois mois. Or avec ces deux conditions il est aujourd’hui difficile d’obtenir une rémunération de plus de 1 % ; il faut choisir quel levier actionner, liquidité ou garantie du capital, pour retrouver les rendements d’il y a quelques années. L’immobilier sous la forme de pierre-papier, les OPCVM obligataires ou les produits structurés peuvent apporter des éléments de réponse, mais doivent-ils pour autant se loger dans une trésorerie d’exploitation ? Cette politique de taux bas pousse à se poser ces questions et, en cas de retournement de marché, cela pourrait amener aux mêmes conséquences qu’il y a 10 ans.
Épargne non placée : instabilité de la ressource
La stabilité de la ressource est elle aussi affectée. En effet, depuis 6 ans, les taux ne font que baisser et la ressource est restée stable ; mais qu’adviendra-t-il si les taux devaient remonter fortement ? Aujourd’hui à 0 %, l’épargne des TPE ou des petites PME n’est même plus placée et reste sur le compte courant de l’entreprise comme nous pouvons le voir sur le Graphique 1. Les comptes à terme offrent la possibilité d’avoir une date, même théorique, pour la mise à disposition des fonds auprès de l'établissement bancaire. En cas de remontée, les agents économiques devront comparer leur compte courant à 0 % avec n’importe quelle nouvelle offre proposée ce qui amènera inévitablement à surpayer la ressource à nouveau.
Les FinTechs et l’avenir du refinancement bancaire
Cette ressource, si chèrement acquise de 2010 à 2014, pourrait à nouveau devenir instable si ces taux négatifs devaient perdurer. Les politiques exceptionnelles doivent rester exceptionnelles. Maintenir un taux de dépôt négatif aussi longtemps pourrait avoir des effets contre-productifs importants.
Nous le voyons jour après jour, le modèle de rentabilité des banques impose de revoir le système de distribution des réseaux bancaires. Les acteurs de la FinTech vont accompagner ce mouvement en proposant de nouvelles solutions de distribution digitale qui rendront la « consommation » de services bancaires plus fluide et moins chère.
La transition prendra encore de nombreuses années, mais elle est déjà bien avancée. L’activité des courtiers en placement représente aujourd’hui plusieurs points de part de marché et convergera vers celle des courtiers en crédit immobiliers qui détiennent, quant à eux, déjà 30 % du marché en France. Aux États-Unis, leur activité représente 90 % du marché.
Aujourd’hui, le curseur technologique est principalement sur les paiements ou les financements alternatifs, c’est un début et la démarche est plus que positive comme l’indique le montant de capitaux investis. Mais il ne faudrait pas que les acteurs de ce changement oublient le métier fondamental de la gestion des dépôts, qui est certes moins rentable à taux négatifs, mais qui constitue le socle de l’activité principale du financement de l’économie.
Les banques resteront le maillon essentiel du financement de l’économie en France et c’est avec elles qu’il faut développer les partenariats essentiels pour assurer le financement des centaines de milliards de nouveaux crédits accordés par an.
En mettant en place des passerelles de communication avec les banques (API), les courtiers web de demain offriront la flexibilité et la réactivité qui permettra d’assurer un refinancement bancaire pérenne et durable.