Climat

Les stress-tests sont arrivés

Dossier réalisé par Géraldine Dauvergne

Introduction

Les stress-tests sont arrivés

Fin 2019, l’Autorité bancaire européenne (ABE) et l’Autorité de contrôle prudentiel et de résolution (ACPR) ont chacune annoncé le lancement d’exercices pilotes climatiques, destinés à sensibiliser les établissements financiers tout en affinant les méthodes d’évaluation dans ce domaine. La crise de la Covid-19 est venue, si c’était nécessaire, confirmer l’urgence, pour les banques et les assureurs, d’envisager tous les scénarios, y compris les plus imprévisibles. Pour ce dossier, Revue Banque a réuni les contributions d’experts en première ligne, concepteurs et artisans de ces tests de résistance d’un genre nouveau.

Climat

« La crise de la Covid-19 a fait subir au projet européen un stress-test d’une ampleur inédite », écrivait en juillet dernier François Villeroy de Galhau, gouverneur de la Banque de France, dans sa Lettre au président de la République [1]. La crise sanitaire sans précédent a rappelé l’urgence, pour le système bancaire et les assureurs, à regarder en face la menace climatique, et à déployer d’exceptionnels efforts de coordination pour s’y préparer. « Le mandat de stabilité financière des banques centrales commence à être affecté par les risques liés au changement climatique, constataient au printemps plusieurs experts dans un article du Bulletin de la Banque de France [2]. La prise en compte des risques extrêmes (physiques et de transition), qualifiés de “Cygnes Verts”, dans la supervision de la stabilité financière est rendue particulièrement difficile par l’incertitude radicale, la non-linéarité et les effets de cascade qui leur sont associés. Les banques centrales peuvent contribuer à prévenir ces risques et à en atténuer les conséquences, notamment en développant des analyses de scénarios, mais celles-ci ne suffiront pas. »

Des exercices inédits

Les superviseurs avaient pourtant pris les devants. Fin 2019, l’Autorité bancaire européenne (ABE) et l’Autorité de contrôle prudentiel et de résolution (ACPR) ont annoncé le lancement d’exercices pilotes climatiques, afin de sensibiliser les établissements financiers tout en affinant les méthodes d’évaluation dans ce domaine.

Encore au stade de l’expérimentation, les stress-tests climatiques ont vocation à devenir un outil courant d’analyse de risques, pour les superviseurs comme pour les institutions financières, rappelle Nathalie Aufauvre, directrice générale de la stabilité financière et des opérations à la Banque de France. Toutefois, la question cruciale des données, difficilement comparables d'un établissement à l'autre, ralentit la généralisation opérationnelle des stress-tests climatiques.

Morgan Després, directeur adjoint de la Stabilité financière, et Thomas Allen, économiste à la Banque de France, détaillent le rôle du Réseau des banques centrales et des superviseurs pour le verdissement du système financier (NGFS), qui a publié en juin 2020 les premiers scénarios climatiques de référence, désormais à la disposition des  autorités et institutions financières internationales.

Laurent Clerc, directeur d’étude et d’analyse des risques à l’ACPR, s’arrête sur les caractéristiques du stress-test climatique lancé en juillet 2020. Par rapport à ceux conduits d’ordinaire par l’ABE ou l’Autorité européenne des assurances et des pensions professionnelles (EIOPA), ces nouveaux tests de résistance se distinguent par leur temporalité longue – 30 ans –, la dimension internationale des expositions et la décomposition granulaire de l’activité économique en 55 secteurs d’activité. Autre caractéristique innovante : le bilan dynamique, qui vise à évaluer la stratégie et la réponse des établissements face à la matérialisation du risque climatique.

La question cruciale des données

Société Générale est l’un des groupes bancaires français qui se sont portés volontaires pour les deux exercices, celui de l’ABE et celui de l’ACPR. Jérôme Brun, responsable Enterprise Risk-Management, présente la démarche retenue par Société Générale pour différents risques, et plus particulièrement celui de crédit d'un portefeuille.

La crise de la Covid-19 a accéléré la capacité des banques à traiter des changements de structure de l’économie anormalement rapides, notamment sur les risques de crédit, observe Frank Roncey, directeur des risques de BNP Paribas. Le dispositif d’analyse de scénarios des banques devrait continuer à s’enrichir progressivement sur cette lancée.

Le nouvel exercice proposé par l’ACPR lance une série de défis à l’ensemble du monde bancaire, note pour sa part Matthieu Ribes, associé chez Mazars. Parmi ces défis, la question de la donnée est prépondérante en raison du caractère inédit de l’exercice et de l’horizon temporel nécessitant une adaptation des acteurs.

Les nouveaux stress-tests portés par l’EIOPA et l’ACPR constituent un exercice prospectif intéressant pour appréhender l’impact à long terme des risques liés au changement climatique sur les activités d’assurance et d’investissement, considère Thomas Buberl, directeur général d’AXA. Mais là encore, sans données fiables, leurs conclusions risquent de reposer sur des estimations et projections qui pourraient rapidement devenir obsolètes.

Les scénarios climatiques qui se prétendent alignés sur les objectifs de l’Accord de Paris… ne le sont pas, estime quant à lui Paul Schreiber, chargé de campagne régulation des acteurs financiers pour Reclaim Finance. Ceux-ci, en visant une trajectoire supérieure à 1,5 °C, retiennent des hypothèses irréalistes ou infondées, risquant de faire d’eux de puissants outils de greenwashing.

 

Dossier réalisé par Géraldine Dauvergne

[1] « Lettre au Président de la République : les économies française et européenne à l’épreuve du Covid-19 », François Villeroy de Galhau, gouverneur de la Banque de France, juillet 2020.

[2] « Le “Cygne Vert” : les banques centrales à l’ère des risques climatiques », Bulletin de la Banque de France n° 229/8, mai-juin 2020.

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