Crypto-actifs, stablecoins,monnaies numériques de banque centrale... : la monnaie se métamorphose

Dossier réalisé par Séverine Leboucher, Journaliste

Introduction

Crypto-actifs, stablecoins,monnaies numériques de banque centrale... : la monnaie se métamorphose

La digitalisation de l’économie rend de plus en plus nécessaire l’émergence de formes numériques de la monnaie. Si le bitcoin, du fait de sa volatilité, ne remplit pas pleinement ce rôle, des cryptoactifs adossés à des devises officielles, et donc plus stables, le pourraient. L’émergence de ces stablecoins, en particulier lorsqu’ils sont promus par les BigTechs, inquiète toutefois les Pouvoirs publics. Une version numérique de la monnaie de banque centrale atténuerait certains risques. Mais répondrait-elle à l’ensemble des problématiques de souveraineté ?

Crypto-actifs, stablecoins, monnaies numériques de banque centrale... la monnaie se métamorphose

Il y a douze ans naissait le bitcoin. Ses promoteurs voyaient en lui une nouvelle monnaie, digitale, internationale et indépendante des Pouvoirs publics. C’est finalement surtout comme actif d’investissement – très volatil, certes – qu’il s’impose, y compris dans la sphère institutionnelle (dudek). Ce qui ne signifie pas que les velléités de créer des monnaies alternatives ont été abandonnées. En juin 2019, le projet Libra, porté par Facebook, a relancé les débats sur le rôle monétaire que pouvaient jouer certains crypto-actifs. Dans sa version initiale, le libra (depuis devenu diem) devait être adossé à un panier de devises internationales officielles, de sorte à conférer une certaine stabilité à sa valorisation. D’où sa dénomination de « global stablecoin ».

Si ce type d’initiatives peut être utile à l’inclusion financière des populations (lire l'article d'E. Brack) et à un meilleur fonctionnement des paiements transfrontières, les banques centrales des pays développés et les régulateurs y ont surtout vu un risque pour le système financier. Une utilisation massive de ces actifs émis par des entités privées pourrait déstabiliser la politique monétaire et la stabilité financière (lire l'article de C.Pfister). Elle accentuerait les risques en matière de blanchiment d’argent ou de financement du terrorisme (lire l'article de M. Lebrignonen) Elle remettrait en question le statut de « bien public » qui permet à la monnaie d’avoir la confiance de la population (lire l'article de JF. Ponsot). Au final, c’est la souveraineté monétaire des différentes juridictions, à commencer par l’Europe, qui serait en jeu (lire l''article de P. Agosti et E. Caprioli).

C’est pourquoi les banques centrales cherchent à développer en parallèle leur propre monnaie numérique (lire aussi le dossier du Revue Banque n° 854, mars 2021). La BCE, en particulier, a mené une vaste consultation fin 2020 sur l’opportunité de créer un « euro digital ». La décision de poursuivre ces travaux doit être prise au printemps. Le foisonnement d’initiatives en la matière crée une émulation entre les grandes zones géographiques, voire, d’ores et déjà, une certaine forme de concurrence. Le projet chinois est ainsi regardé de près (lire l'article de N. Janson) : un « yuan numérique » permettrait-il à la Chine d’obtenir le statut de puissance monétaire qui lui fait défaut aujourd’hui ?

Mais pour certains professionnels de l’univers des crypto-actifs, ces réflexions, encore très théoriques, sur les stablecoins globaux et les monnaies numériques de banques centrales occultent une partie du problème : l’émergence déjà bien réelle de stablecoins indexés au seul dollar (lire l'article de S. Polrot). Créés pour faciliter les échanges dans l’univers des actifs cryptographiques, ils n’ont, à ce stade, aucun équivalent en euro. La réglementation qu’est en train de mettre en place l’Europe tend même à décourager toute initiative dans ce sens.

Avec l’avènement du digital dans tous les aspects de la vie, la monnaie est indéniablement obligée de se métamorphoser elle aussi. La manière dont elle prendra ce virage numérique est, en revanche, encore difficile à anticiper. La puissance publique gardera-t-elle la main ? Les BigTechs verront-elles leur pouvoir se renforcer ? Quel rôle joueront les banques commerciales dans le futur système (lire l'article de N. Filali) ? Et surtout, comment l’Europe parviendra-t-elle à se positionner dans cette nouvelle donne monétaire ? Autant de questions sur lesquelles régulateurs, acteurs financiers, spécialistes des cryptoactifs mais aussi juristes, économistes et sociologues doivent plancher de concert pour inventer les pièces et billets de demain.

Dossier réalisé par Séverine Leboucher, Journaliste

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