Cet article appartient au dossier : Rétrospective 2016 : Banque, Finance, Assurance.

Rétrospective

Brexit, Trump, « No » italien…

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Revue Banque n°803

Numéro double 803-804 : Prospective 2017 - Rétrospective 2016

Trois scrutins ont marqué l’année 2016. Le référendum britannique en faveur du Brexit a ouvert le bal le 23 juin 2016. En attendant la sortie effective du Royaume-Uni, la situation est malsaine pour l’Europe, car ce pays demeure membre à part entière et continue de participer aux négociations au sein de l’Union européenne. Celle-ci n’est donc pas en bonne position pour se réinventer, à l’heure même où elle doit se réconcilier avec les citoyens.

La victoire massive du « Non » au référendum du 4 décembre organisé par le chef du gouvernement italien Mateo Renzi a souvent été interprétée à l’étranger comme un vote de colère contre l’Europe. Pourtant, la question posée aux Italiens portait sur leur constitution mais il est vraisemblable que beaucoup d’électeurs aient en réalité voté contre la politique de Mateo Renzi. Et le parti italien eurosceptique 5 étoiles avait fait campagne en faveur du Non. Il serait toutefois excessif de penser qu’une majorité d’Italiens rejette le projet européen dans son ensemble. Selon Raul Magni-Berton, Spécialiste des comportements électoraux à Sciences Po Grenoble, « le mouvement 5 étoiles est favorable à un référendum sur le maintien de l’Italie dans la zone euro. Mais même si ce référendum avait lieu, il est improbable que les Italiens votent pour une sortie. L'UE reste, en Italie, plutôt populaire, en dépit d'une critique croissante qu'on observe dans tous les autres pays également. »

Le troisième scrutin perçu lui aussi comme un vote protestataire et populiste est l’élection de Donald Trump aux États-Unis le 8 novembre. Certes, le Président Trump mènera une politique bien moins radicale que le programme du candidat Trump, mais son élection révèle la montée des idées antimondialisation, anti-establishment, anti-Wall Street…

En France, des élections se profilent également et la candidate la plus à droite, l’eurosceptique Marine Le Pen, s’est félicitée des trois scrutins (britannique, italien et américain). Son programme pour la présidentielle de 2017 ne sera connu qu’en février mais son programme de 2012 montrait déjà son hostilité à la monnaie unique. C’est toutefois François Fillon qui était donné gagnant du premier tour de la prochaine présidentielle française dans une enquête Cevipof-Ipsos-Le Monde révélée le 14 décembre. Dans le camp Fillon aussi, l’euro est critiqué mais la solution proposée est de le renforcer : « Il faut que la zone euro se dote d’un gouvernement économique piloté par les chefs d’États et de gouvernements et qu’elle se fixe un calendrier d’harmonisation de la fiscalité des entreprises », lit-on dans son programme. Mais attention aux sondages ! Le scrutin n’aura lieu qu’en mai et toutes les campagnes réservent des surprises. À gauche, le candidat PS ne sera connu que le 29 janvier 2017. Une seule chose est sûre : les dysfonctionnements de l’Europe et de la zone euro sont devenus des thèmes de campagne. S. G.

Ils ont dit

Comprendre et freiner le rejet de l’Europe

Sur le Brexit et l’élection de Donald Trump : « Les pays où ça craque sont des pays anglo-saxons qui ont beaucoup financiarisé leur économie et vendu à leur population, de façon naïve ou vicieuse, l’idée d’une mondialisation heureuse. »

Sur le rejet de l’Europe : « En France, il y a eu un divorce quand on a donné l’impression à ceux qui ont voté “non” en 2005 à la constitution européenne qu’on ne les écoutait pas. Si aujourd’hui l’Europe se comporte sur le mode “circulez, il n’y a rien à voir”, elle se prépare des jours difficiles. »

Pervenche Berès, députée européenne (Socialistes & Démocrates), Revue Banque n°802, décembre 2016, p. 13.

Pas de marché unique sans monnaie unique

« Ceux qui aujourd’hui prononcent la mort clinique de l’Union monétaire doivent nous dire comment alors le marché unique pourrait survivre à terme, sans cesse menacé par des crises de change. […] L’UEM d’aujourd’hui est peut-être insatisfaisante, mais le retour à la juxtaposition de politiques monétaires nationales dans une zone très intégrée commercialement et financièrement n’est pas préférable. »

Gilles Moec, Chef économiste, Bank of America-Merrill Lynch, Banque & Stratégie n° 351, octobre 2016, p. 5.

L’intégration de la zone euro n’est pas pour demain

« Face à la crise, les responsables politiques européens ont arrêté un discours officiel : l’UEM est “une maison inachevée”, il faut “aller de l’avant”, vers une intégration budgétaire et politique. Cette idée est-elle viable ? L’Europe est une unité de culture et de civilisation, mais rien ne lui est plus étranger que la notion “d’Europe-puissance”. Du fait des problèmes qu’elle soulève, l’intégration de la zone euro n’est pas pour demain. Inversement, le retour aux monnaies nationales qui, pour nombre de pays, impliquerait une dévaluation, semble tout aussi difficile. Une dévaluation doit être accompagnée d’un plan drastique d’assainissement. L’Italie, en situation d’excédent primaire, peut l’envisager. Pour la France, qui est devenue, suivant le mot de Bainville, “une immense mutuelle d’assurances sociales”, cette solution exige un grand courage, ce qui explique le penchant des élites pour les politiques menées à Berlin. »

Emmanuel Sales, président, Financière de la Cité, Banque & Stratégie n°351, octobre 2016, p. 10.

Rejet du gouvernement britannique, des élites et de l’Union

« Le Royaume-Uni n’a jamais été à l’aise avec l’Union et bénéficiait de beaucoup de privilèges en son sein.

La souplesse – certains diront la complaisance – de ses partenaires n’aura pas suffi à endiguer un mouvement de rejet global qui s’adressait autant au gouvernement britannique qu’aux élites du pays et à l’Union. »

Jean-Dominique Giuliani, président, Fondation Robert Schuman, Banque & Stratégie n°351, octobre 2016, p. 14.

Lien entre ultralibéralisme et le rejet de l’Europe

« Il est intéressant de noter que le Commissaire européen chargé des services financiers à la manœuvre pour mettre en place l’Union des marchés de capitaux était Jonathan Hill, qui avait dirigé une entreprise de lobbying à la City, Quiller Consultants. Celui-ci a lancé en 2015 une consultation pour identifier les “règles compromettant la capacité de l’économie à se financer et à croître”, notamment “les charges réglementaires inutiles”. Cette volonté d’approfondir la dérégulation financière démontre que la Commission européenne n’a pas tiré les leçons de la crise, et donne la priorité à la dérégulation financière sur l’objectif de stabilité. […] Il est étonnant que les autorités européennes ne se rendent pas compte du lien existant entre leur ultralibéralisme et le rejet de l’Europe par une partie croissante de l’opinion. »

Dominique Plihon, professeur, Université Paris XIII, Banque & Stratégie n°351, octobre 2016, p. 18.

Du pied dehors au pied dedans RELIRE

« Bien que le Royaume-Uni souhaite sortir de l’Union européenne, le gouvernement britannique sait qu’il n’est pas dans l’intérêt du pays de couper tous les liens avec l’UE. Le Royaume-Uni est parvenu à sculpter un statut de membre sur mesure et il est possible qu’il parvienne à reproduire ce schéma dans ses relations futures avec le bloc européen. […] La différence sera qu’en tant qu’État membre, le Royaume-Uni avait souvent un pied dehors et en étant dehors, il aura souvent un pied dedans. »

Vivien Pertusot, responsable d'IFRI Bruxelles, IFRI (Institut Français des Relations Internationales), Banque & Stratégie n°351, octobre 2016, p. 20.

Une influence accrue de la BCE

« Les conséquences immédiatement tangibles que seront, dans le secteur bancaire, la perte d’influence des autorités britanniques au sein de l'Autorité bancaire européenne (ABE), son futur déménagement dans un autre État membre de l'UE et, plus généralement, le départ progressif de nombre de collaborateurs britanniques des instances européennes devraient se traduire par une influence accrue de la BCE, tant au sein de l’UE, que des instances internationales (Comité de Bâle et Financial Stability Board). »

Carlo Comporti, directeur général, et Anne Hyvernaud, Directrice, Promontory Financial Group France, Banque & Stratégie n°351, octobre 2016, p. 24.

 

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