Service au client

La donnée,
une richesse
encore trop peu exploitée

Créé le

24.07.2025

-

Mis à jour le

25.08.2025

La véritable compétition ne se joue plus au guichet, mais dans la maîtrise du numérique et la valorisation de la donnée. Seul ou avec d’autres, il convient de
la mettre au cœur du réacteur. Et au service du client et de la personnalisation.

La digitalisation n’est plus une option. Porté par la pression réglementaire, les attentes clients et la montée des fintechs, le secteur financier vit actuellement une profonde transformation. Les taux d’intérêt élevés et le ralentissement de l’activité pèsent sur la demande de crédit et accroissent les risques. Parallèlement, les exigences réglementaires se multiplient avec la finalisation de Bâle III pour les banques, les ajustements de Solvabilité 2 pour les assureurs, et l’entrée en vigueur de la directive NIS2 sur la cybersécurité. Parallèlement, les attentes sociétales se renforcent autour des critères environnementaux, sociaux et de gouvernance, sans oublier les questions autour de la donnée.

Ces dynamiques de marché obligent les banques et les compagnies d’assurance à repenser leurs modèles pour rester compétitives. Si l’expérience client est déjà le cœur de leur stratégie, les données en sont devenues essentielles pour offrir plus de personnalisation, de transparence et de fiabilité. Il faut moderniser les systèmes d’information, renforcer la conformité, protéger les données et intégrer l’intelligence artificielle (IA) aux processus.

Pas de sur-mesure
sans données

Sans surprise, la véritable compétition ne se joue plus au guichet, mais dans la maîtrise du numérique et la valorisation de la donnée. Selon le Boston Consulting Group, d’ici 2025, la quasi-totalité des produits et services bancaires sera accessible en ligne, tendance portée par une génération d’utilisateurs autonomes et connectés. Cette transformation oblige les établissements historiques à réinventer leurs modèles, en misant sur l’innovation, l’agilité et l’ouverture.

Le parcours client doit être simple, rapide et personnalisé : le sur-mesure est devenu incontournable. La promesse de services personnalisés « haute couture » devient un impératif stratégique. Cela suppose une exploitation intelligente des données, capables de transformer chaque interaction en opportunité de conseil, de fidélisation ou d’anticipation. Pour les métiers, l’impact est concret : les conseillers s’appuient sur des recommandations en temps réel, les gestionnaires de risques sur des simulations dynamiques, les équipes conformité sur l’IA pour détecter plus vite les anomalies. Ce repositionnement impose de passer d’une logique produit à une logique client.

Finies les rigidités,
vive la souplesse

La donnée doit désormais être considérée comme un levier central de génération de valeur métier. Cela implique également d’abandonner les architectures technologiques rigides au profit de systèmes ouverts, interopérables et orientés temps réel. Certaines initiatives en témoignent, à l’image de services bancaires conçus à partir des retours utilisateurs et intégrant, dans une interface unique et fluide, assurance, épargne, cashback et outils de gestion budgétaire.

Dans ce paysage en mutation rapide, croiser et analyser des données variées, qu’elles soient transactionnelles, comportementales, open data, ou données partenaires, devient indispensable pour enrichir la connaissance client et proposer des réponses personnalisées. Cette dynamique repose sur des infrastructures robustes : cloud souverain, interfaces sécurisées, plateformes interopérables, qui sont autant de fondations essentielles pour bâtir une finance plus fluide, prédictive et utile.

L’ère de la co-construction

Ce mouvement doit être opéré alors que la concurrence est soutenue. Les banques historiques subissent une double pression : celle des fintechs, rapides à innover, et celle des géants du numérique, comme les groupes venus du digital (Google, Apple, Facebook, Amazon), perçus comme les concurrents les plus menaçants par 52 % des salariés du secteur selon KeaPartners. Cette compétition impose des adaptations rapides, mais ouvre aussi la voie à des coopérations inédites, pour bâtir des écosystèmes plus intégrés.

Dans ce paysage, banques et fintechs apprennent à collaborer au sein d’un même écosystème. Les premières apportent leur assise réglementaire, leur solidité financière et leur maîtrise des risques ; les secondes, leur agilité, leur approche centrée usage et leur culture produit. Cette complémentarité donne naissance à des partenariats durables et créateurs de valeur d’où émergent des modèles hybrides de co-développement de plateformes, d’outils ou de solutions d’agrégation. Par exemple, certaines banques se sont alliées à des fintechs pour proposer des services de gestion de budget enrichis. De leur côté, certains assureurs coopèrent avec des plateformes d’assurance collaboratives pour développer des parcours clients digitaux simplifiés.

Un cadre réglementaire exigeant

Ces logiques de co-construction s’étendent également au secteur public, où différents acteurs institutionnels collaborent pour concevoir des services numériques favorisant l’inclusion financière. Par ailleurs, des initiatives conjointes entre structures publiques et établissements financiers ont permis de créer des plateformes partagées, facilitant l’accès au financement des PME dans une logique de guichet unique. Ces collaborations conjuguent personnalisation, performance et conformité, tout en enrichissant la relation client. Les conseillers bénéficient d’une vision élargie, en temps réel, et peuvent pleinement jouer leur rôle de partenaires de confiance. Elles se révèlent d’autant plus nécessaires que l’offre de services financiers se doit d’évoluer dans un cadre exigeant, conjuguant sécurité, compliance et gouvernance.

Un secteur aussi sensible que celui de la finance requiert que la donnée soit exploitée dans un cadre de confiance alliant sécurité, traçabilité, gouvernance et conformité. Ce secteur est soumis à un cadre réglementaire de plus en plus dense, qui intègre des normes spécifiques à l’IA (AI Act), à la cybersécurité (DORA), à la finance durable (SFDR, CSRD) et à la protection des données (RGPD), et joue le rôle d’accélérateur d’une innovation sécurisée. En effet, l’application des meilleures pratiques conduit à la sécurité dès la conception, assure une supervision continue des traitements, et établit des règles de partage précises avec les partenaires. Ce cadre permet d’ouvrir la voie à des innovations comme le partage sécurisé de données entre les banques et l’écosystème financier.

Le partage, nouvelle
frontière stratégique

Avec la transformation numérique et l’émergence de l’IA, la donnée devient un produit à part entière et une nouvelle source de revenus, de différenciation et d’innovation. Selon le cabinet McKinsey, « chaque entreprise est aujourd’hui une entreprise de données ». Plus que jamais dans le monde financier, elle devient la monnaie d’échange du futur : elle alimente les décisions, facilite la monétisation et contribue à une nouvelle génération de services reposant sur la simplification des parcours, la détection proactive des fraudes, ou la réduction des délais de traitement.

Ces évolutions impliquent des choix technologiques forts : mutualisation via des plateformes cloud ; interconnexion sécurisée via des interfaces (API) ; pilotage intelligent via des systèmes de gouvernance en temps réel.

Le partage de données sécurisées entre banques, assureurs, l’écosystème financier et partenaires digitaux constitue une nouvelle frontière stratégique. Il renforce la connaissance client, accélère les processus de décision, comme l’octroi de crédit ou l’accès à des aides, et optimise la gestion des risques. Partager, c’est démultiplier la valeur de la donnée, à condition d’instaurer un cadre de confiance. L’IA transforme déjà les métiers de la banque et de l’assurance grâce aux copilotes analytiques, aux assistants conversationnels et à la détection des signaux faibles. L’automatisation libère du temps pour les tâches à valeur ajoutée, tandis que la collaboration entre data scientists, opérationnels et régulateurs s’ancre durablement.

Le client d’abord

Mais innover ne se résume pas à adopter des technologies. Il s’agit aussi de repenser la donnée comme levier stratégique, véritable outil d’anticipation et vecteur de relation, en vue d’orchestrer des flux fiables, activables et sécurisés. Cette nouvelle approche de la donnée, centrée sur la valeur et l’agilité, alimente une transformation plus profonde encore, celle des modèles de service. Les logiques client-first s’imposent. Des néobanques structurent leurs services autour des besoins spécifiques de chaque segment de clientèle (freelances, très petites entreprises, professions libérales) et non autour de produits déjà établis. Cette orientation vers la valeur d’usage plutôt que la standardisation favorise l’engagement, la fidélité et la différenciation. À mesure que s’estompent les frontières entre finance, technologie et service public, s’impose une nouvelle manière d’exercer les métiers, plus prédictive, plus fluide, plus utile. La finance ne peut plus se contenter de réagir. Il lui incombe de comprendre, d’anticiper et d’accompagner, avec la donnée comme clé de lecture.

À retrouver dans la revue
Revue Banque Nº907