L’intelligence des données à la rescousse des banques

Créé le

18.07.2022

La désintermédiation
des services financiers est
en marche. La banque doit plus
que jamais asseoir son rôle
d’acteur moderne. Les échéances
réglementaires à venir (Bâle III,
taxonomie verte, DORA...) sont
autant d’aiguillons. Le cloud
apparaît comme une solution.

Au cours des dix dernières années, les clients ont peu à peu diminué la fréquence de leurs visites auprès des agences bancaires. La tendance s’est accentuée avec la pandémie, les transactions à distance étant privilégiées. En conséquence, les banques ont dû faire face à un afflux de données sans précédent, qui ne s’est pas tari. Si elles souhaitent exploiter ces données pour mieux connaître les besoins de leurs clients et y répondre de manière personnalisée et en ont les moyens, elles doivent aussi trouver un équilibre avec les impératifs de la réglementation. Par ailleurs, elles sont confrontées à une concurrence accrue des fintechs : leur agilité et leur rapidité d’exécution peuvent les mettre à mal.

Le temps presse, car des dispositions réglementaires modifient le besoin de collecte et d’analyse de données des banques, dont Bâle III, la publication d’information sur les risques liés au respect de critères environnementaux, sociétaux et de bonne gouvernance (ESG) et le Digital Operational Resilience Act (DORA). Ainsi, le « paquet » réglementaire de Bâle III exige une transparence accrue de la part des établissements bancaires, afin de favoriser la discipline de marché et éviter les perceptions erronées. Pour y répondre, la mise en œuvre d’un reporting standardisé doit être soutenue par une véritable discipline de la part des banques, mais également une infrastructure numérique à niveau.

Soumises à des stress-tests de plus en plus fréquents, les banques doivent impérativement prouver leur conformité envers la réglementation et leur capacité de résilience auprès des superviseurs. Cela implique de disposer d’outil de collecte et d’analyse de données performant, englobant non seulement les données internes de la banque, mais aussi celles de son écosystème. La granularité fine de l’analyse est le maître mot de cette dynamique.

La data intelligence est ainsi devenue une véritable priorité pour les banques. Selon IDC, 44 % des institutions financières européennes considèrent comme une priorité le lancement de programmes analytiques leur permettant d’obtenir des informations commerciales ainsi que des données sur leurs offres et leurs écosystèmes. De fait, la plupart des banques européennes, qui s’étaient déjà engagées dans une migration vers le cloud, ont décidé en 2021 de s’y déployer à plus grande échelle. Un vrai coup d’accélérateur pour moderniser leurs services existants et personnaliser leurs offres.

Innover à tout prix

En effet, face à l’émergence de pure players qui bousculent le secteur, il faut innover et vite ! Une étude récente de Bain & Company montre que, pendant le confinement, 50 % des clients ayant réalisé des transactions à distance qu’ils effectuaient habituellement en agence souhaitent conserver ce mode d’interaction. Présentées par certains observateurs comme le « berceau de l’innovation », les fintechs dictent le rythme en la matière. Pour contrer ce phénomène, les banques traditionnelles doivent donc non seulement être capables de transparence (au même titre que leurs nouveaux concurrents), mais également gagner en agilité, et réduire au maximum leur time-to-market.

À cet égard, le cloud fait (presque) office de martingale, lorsque l’on sait qu’il ne faudrait, par exemple, que trois mois pour lancer un nouveau service bancaire via le cloud, contre six à dix-huit mois avec une solution On-Premise. Pourquoi ? Parce que le cloud est basé sur un univers de programmes pouvant naturellement se greffer les uns aux autres, via ce qu’on appelle des API (Application Program Interface). La facilité avec laquelle on peut ajouter, par exemple, des services de paiement, de crédit, de connaissance du client (KYC) est déconcertante. En revanche, dès qu’il s’agit de faire la même chose sur une informatique traditionnelle héritée des années 80, voire 90, le temps de programmation nécessaire est long, très long, et surtout incompressible.

Automatiser pour gagner du temps

Le cloud et les technologies associées permettent donc aux équipes digitales des banques d’optimiser leurs applications de front et de back end et (surtout) d’automatiser des tâches qui étaient auparavant gérées manuellement, libérant ainsi du temps aux équipes pour se concentrer sur l’innovation et l’accélération de la stratégie de transformation digitale.

Deux autres enjeux réglementaires peuvent être pris en compte plus facilement avec une bonne politique cloud et la résilience opérationnelle numérique (DORA).

Sur le premier point, la simulation menée en 2021 par la Banque Centrale Européenne (BCE) devait évaluer l’impact des dérèglements climatiques sur le secteur bancaire. À l’occasion de la présentation du rapport conclusif de ce stress-test, Frank Elderson, vice-président du Conseil de surveillance de la BCE, a insisté une nouvelle fois sur la demande pressante de transparence : « Plus les banques sont transparentes sur leurs risques climatiques et environnementaux, plus elles exposent leurs efforts concrets pour être en concordance avec les conclusions de l’Accord de Paris, plus les parties prenantes du marché pourront comparer les acteurs financiers. » Le dernier rapport du GIEC, groupe d’experts sur le climat, valide cette approche.

Par ailleurs, la migration vers le cloud, maintenant encadrée par DORA, devient synonyme de résilience opérationnelle robuste. Avec cette réglementation, l’Europe s’est dotée d’un cadre de surveillance des risques liés aux technologies de l’information et de la communication (TIC) des banques, qui englobe les fournisseurs de services tiers critiques. Là encore, les banques devront s’appuyer sur une analyse poussée de leurs données, pour montrer patte blanche auprès des superviseurs tout en servant au mieux les intérêts de leurs clients. n G. F.

À retrouver dans la revue
Revue Banque Nº868